Ajouté le: 11 Juin 2020 L'heure: 15:14

Je vous donne la paix qui est la mienne (Jean 14, 27)

Nul n’a l’intelligence, s’il n’a pas l’humilité. Celui qui n’a pas l’humilité ne comprend rien. Et nul n’est humble s’il n’est pas en paix. (…) Quelles que soient les voies où marchent les hommes dans le monde, ils n’y trouvent pas la paix tant qu’ils n’approchent pas l’espérance de Dieu. Le cœur n’est pas en paix, loin des peines et des obstacles, tant qu’il n’a pas atteint l’espérance. Mais quand il l’a trouvée, celle-ci l’apaise et le comble de joie. C’est là ce qu’a dit la bouche adorée, la bouche pleine de sainteté : « Venez à moi, vous tous qui êtes épuisés et accablés, et je vous donnerai le repos » (Mat. 11, 28) » Approche, dit-Il, espère en moi, et tu te reposeras de toute œuvre et de toute crainte.

Saint Isaac le Syrien, « Discours ascétiques »

Dans la pensée d’Isaac le Syrien, l’humilité, la paix et l’espoir forment une unité indissociable et constituent la véritable connaissance. En effet, on ne peut rien connaître sans être humble, car l’homme orgueilleux ne voit que lui-même partout et ne peut connaître que ses illusions sur la valeur de sa personne. Ses rêves de grandeur se dissiperont tôt ou tard et lui révéleront sa faiblesse, son ignorance et son impuissance : « L’orgueil est la maladie de celui qui se tient loin de Dieu et attribue ses victoires à ses propres forces. De même que celui qui monte sur une toile d’araignée tombe et se retrouve en bas, de même tombe celui qui se fie à son propre pouvoir » (Évagre le Pontique, « Le combat contre les pensées »). 

L’homme orgueilleux ne connaît jamais la paix car il doit défendre sans arrêt la fausse image qu’il se fait de lui-même et qui l’empêche de connaître sa véritable nature. L’orgueil fait obstacle à la connaissance de Dieu, car il attribue à l’homme la puissance et les vertus d’une divinité. L’homme orgueilleux, qui croit en lui-même et non en Dieu et qui n’obéit qu’à sa propre volonté, n’a plus aucun espoir de sauver sa vie, de sorte que l’orgueil est aussi la source du désespoir. Seule l’humilité, qui place sa foi en Dieu et non en notre propre personne, peut nous apporter la paix et l’espérance, comme nous le fait comprendre la parole du Christ : « Prenez mon joug sur vous et soyez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur ; et vous trouverez du repos pour vos âmes » (Matthieu 11, 29). 

Avoir la foi c’est soumettre à la volonté de Dieu nos soucis, nos peines, nos chagrins, avec une totale humilité et une espérance infinie : « Aucune autre vertu ne peut comprendre la volonté divine autant que l’humilité, l’abandon de toute pensée et de toute volonté propre (…) L’espérance naît elle-même de la foi certaine : on n’a aucun souci de sa propre vie et de sa mort, mais on remet à Dieu tout souci » (Saint Pierre Damascène, « La Philocalie »).

Plus on s’éloigne de Dieu plus notre âme se trouble et notre inquiétude grandit, car la paix intérieure ne peut venir du monde – plein d’agitation, de soucis, d’obstacles, de complications –, ni de l’homme de chair, être faible, fragile, menacé de dangers sans nombre, et sans défense devant la mort. Si bien que toute créature humaine, connaissant sa nature périssable et son impuissance – c’est en cela que l’humilité est un moyen de connaissance – devrait adresser à Dieu cette prière :

« Regarde-moi et aie pitié de moi,
Car je suis abandonné et malheureux.
Les angoisses de mon cœur augmentent ;
Tire-moi de ma détresse.
Vois ma misère et ma peine, 
Et pardonne tous mes péchés » (Ps. 25, 16-18).

Car le péché est la cause de tous les malheurs de l’homme et de la mort elle-même, puisqu’il éloigne l’homme de la vie éternelle qui vient de Dieu, et l’attache à la vie mortelle qui vient de ce monde. C’est pourquoi le père Païssios l’Athonite estime que « le pire ennemi de notre âme, plus redoutable que le diable lui-même, est l’esprit du monde ». Comme les hommes « s’éloignent de plus en plus de Dieu, ils ne trouvent nulle part le repos. Aussi, tournent-ils anxieux autour de la lune même, car notre planète est insuffisante pour contenir toute leur inquiétude » (Païssios l’Athonite, « Paroles », T. 1 »).

Ces derniers temps l’inquiétude a atteint les proportions d’une terreur planétaire face à la virulence et à la propagation vertigineuse d’une épidémie mondiale, qui rappelle à l’homme orgueilleux de l’ère scientifique et technique que ses propres forces sont et seront toujours insuffisantes pour vaincre le malheur, sous ses multiples formes, et la mort, qui avec ou sans épidémie, frappera inévitablement un jour ou l’autre chacun de nous et l’humanité tout entière. Aucun masque, aucun désinfectant, aucun vaccin, aucun remède humain, ne peuvent nous protéger de la maladie mortelle de l’homme qui s’est détaché de la source de vie qui vient de Dieu : « L’esprit du monde est une maladie ». « Recevant en eux l’esprit du monde, les hommes ont chassé de là le Christ » et avec Lui, la paix que seul Dieu peut nous donner : « Lorsque nous voyons un homme éprouver angoisse, tristesse et contrariété alors que rien ne lui manque au plan matériel, nous devons savoir qu’il lui manque Dieu » (Païssios l’Athonite, op. cit.). 

Le trouble, l’inquiétude, l’angoisse ne viennent jamais de Dieu mais de l’ennemi de l’homme qui – lorsque notre foi faiblit –, nous précipite dans l’enfer intérieur de la dépression nerveuse et du désespoir : « La détresse est une terrifiante chambre de torture des âmes, une douleur indicible et un châtiment plus amer que tout autre châtiment. Parce qu’elle est semblable à un ver venimeux qui attaque non seulement notre corps mais notre âme elle-même, et c’est une mite qui ronge non seulement les os mais aussi la pensée, et un bourreau perpétuel qui ne brise pas seulement nos côtes mais détruit la puissance de l’âme, une nuit sans fin et des ténèbres privées de toute lumière, une tempête et une tornade, un incendie invisible, plus dévastateur que n’importe quelle autre flamme, une guerre sans armistice, une maladie qui obscurcit pour beaucoup de gens les choses visibles ; car pour ceux qui se trouvent dans un tel état, le soleil et la nature transparente de l’air semblent se troubler et sont pareils à une nuit profonde en plein jour » (Saint Jean Chrysostome, « Lettres de l’exil »).

Notre détresse et nos tourments intérieurs sont le signe que nous nous sommes éloignés de Dieu et que nous nous trouvons sous l’influence de « celui qui peut faire périr l’âme et le corps dans la géhenne » (Matthieu 10, 28). C’est pourquoi le père Païssios l’Athonite nous avertit : « N’ayez jamais d’inquiétude, pour rien au monde. L’inquiétude provient du diable » (op. cit.).

Avoir la foi, c’est conserver notre paix intérieure en toute circonstance, et attendre avec patience et confiance absolue non pas le secours des hommes mais le secours de Dieu :

« L’Éternel est ma lumière et mon salut :
De qui aurais-je crainte ? 
L’Éternel est le soutient de ma vie 
De qui aurais-je peur ? » (Ps. 27, 1).

La confiance, la paix et l’espérance que nous donne le Christ, nous ne les trouverons nulle part dans le monde. Quels que soient les coups durs qui nous frappent et les épreuves que nous traversons, notre Sauveur nous dit : « Que votre cœur ne se trouble pas et ne s’effraie pas » (Jean 14, 27). « Vous aurez de l’affliction dans le monde, mais prenez courage, moi, j’ai vaincu le monde » (Jean 16, 33). « Sois sans crainte, crois seulement » (Marc 5, 36).

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