Ajouté le: 11 Avril 2020 L'heure: 15:14

Le Christ est ressuscité, et il n’existe plus de morts dans les tombes (Saint Jean Chrysostome « Homélie pour le saint et grand jour de la Pâque »)

Personne ne peut imaginer sans frémir sa mort et son dernier soupir. Quel chagrin pour les parents quand ils voient mourir leurs enfants bien-aimés, quand ils les voient étendus sans vie sous leurs yeux ! Mais, frères, ne craignez pas et ne souffrez pas outre mesure. Par sa mort, Jésus Christ, notre Sauveur, a vaincu notre mort, et par sa résurrection il a posé les fondements de notre résurrection. (…) Ainsi, en célébrant la résurrection du Christ, et notre propre résurrection d’entre les morts, apprenons à mourir continuellement au péché, à ressusciter spirituellement d’entre les œuvres mortes, à nous enrichir de vertus, à ne pas pleurer inconsolablement nos défunts. Apprenons à rencontrer la mort sans crainte, comme une décision de notre Père du ciel, qui, en vertu de la résurrection du Christ d’entre les morts, a perdu son horreur.

Saint Jean de Cronstadt, « Ma vie en Christ »

 

Notre existence terrestre est un phénomène dynamique, inscrit dans le temps, donc soumis à un changement perpétuel, où chaque moment présent doit mourir, pour qu’advienne le moment suivant, qui mourra à son tour, remplacé par un nouveau moment, ainsi de suite, indéfiniment. Le nouveau-né doit mourir à sa vie intra-utérine pour venir au monde, et chaque étape de la vie, l’enfance, l’adolescence, la jeunesse, l’âge adulte, la vieillesse, nécessite la mort de l’étape précédente. Nos cellules elles-mêmes, nous disent les biologistes, meurent et se renouvellent sans arrêt durant toute notre vie. Ainsi ce cycle naissance – mort – renaissance se reproduit tout au long de notre existence et dans notre vie de tous les jours : « Entre notre naissance initiale et notre mort finale, tout le cours de notre existence est constitué d’une série de « petites » morts et naissances. Chaque fois que nous nous endormons, la nuit venue, c’est un avant-goût de la mort ; chaque fois que nous nous réveillons le matin suivant, c’est comme si nous ressuscitions d’entre les morts. Nous n’avons pas peur de nous endormir chaque nuit, parce que nous savons que nous allons nous réveiller une fois de plus le lendemain matin. Ne pouvons-nous pas avoir la même confiance envers notre ultime endormissement, la mort ? Ne pourrions-nous pas nous attendre à nous réveiller, recréés dans l’éternité ? » (Mgr. Kallistos Ware, « De la mort et de la résurrection »).  

Croire en Dieu c’est ne pas croire à la mort et attribuer un sens spirituel à toute notre existence terrestre, de manière à lire notre vie en ce monde comme une parabole du Christ, où toute chose matérielle – la semence, l’arbre, la vigne, le pain, l’argent etc. – nous fait comprendre une vérité spirituelle, si on sait la voir avec les yeux de la foi. Ainsi, « par le moyen des choses naturelles nous pouvons recevoir des enseignements très clairs sur toutes les choses spirituelles » (Saint Jean Climaque, « L’échelle sainte »). 

De même que nous n’avons pas peur de nous endormir chaque nuit, puisque nous savons que nous allons nous réveiller le lendemain matin, de même, si nous croyons en la Résurrection du Christ, nous ne devons pas avoir peur de mourir, car « si nous sommes morts avec Christ, nous croyons que nous vivrons aussi avec lui, sachant que Christ ressuscité d’entre les morts ne meurt plus ; la mort ne domine plus sur lui » (Rom. 6, 8-9).

Tout comme « il est impossible de regarder d’un œil le ciel, et la terre de l’autre » (Saint Jean Climaque, op. cit), on ne peut croire à la fois au Christ et à la mort, car si l’on croit au Christ, la mort n’existe plus, et si l’on croit à la mort, c’est le Christ ressuscité qui n’est plus présent dans notre esprit et notre vie.

Ainsi, la foi en Celui qui a dit « moi, je suis le chemin, la vérité et la vie » (Jean 14, 6) détermine et sanctifie toute notre existence terrestre, dont les moments successifs de mort et de résurrection reproduisent à petite échelle et sous une forme personnelle, propre à chaque homme, la mort et la Résurrection du Christ : « Pour les chrétiens, ce modèle mort-résurrection, répété à l’infini dans notre vie, prend son sens le plus profond dans la vie, la mort et la résurrection de notre Sauveur Jésus-Christ. Notre propre histoire doit être comprise à la lumière de son histoire, que nous célébrons chaque année pendant la Semaine sainte, mais aussi chaque dimanche dans la Liturgie eucharistique. La mort du Christ, selon la Liturgie de saint Basile « est créatrice de vie ». Sûrs de son exemple, nous croyons que notre propre mort est aussi « créatrice de vie » (Mgr. Kallistos Ware, op. cit.)

La mort n’a pas été créée par Dieu, qui « n’est pas le Dieu des morts mais des vivants » (Matthieu 22, 32). C’est Adam qui en se détachant de Dieu par son péché, est devenu le « créateur » de la mort. La Résurrection du Christ, c’est la victoire définitive et universelle de la vie sur la mort : « comme tous meurent en Adam, de même aussi tous revivront en Christ » (1Cor 15, 22). La loi de la mort, qui vient de l’homme déchu, a été abolie et remplacée par la loi de la vie, qui vient de Dieu : « Le Christ est ressuscité, et voici que règne la vie » (Saint Jean Chrysostome op. cit.) : « En Christ nous vivons, nous nous mouvons et nous existons. Vivants et morts, tous nous sommes en lui. Il serait plus juste de dire : nous sommes tous vivants en lui et il n’y a pas de mort » (Père Macaire Gloukharev (1792-1847), cité par Kallistos Ware, op. cit.).

Le monde entier est sauvé et régénéré par la Résurrection du Christ, événement d’une importance cosmique qui renouvelle toute la Création, rétablissant l’alliance, rompue par le péché d’Adam, entre la créature mortelle et le Père éternel, qui donne l’être et la vie à tout ce qui existe sur la terre et dans le ciel :

« Tout est inondé de Lumière
Le ciel et la terre et les enfers
Que toute créature célèbre la Résurrection du Christ
Car en elle, elle reçoit sa puissance. (…)
Hier, ô Christ je partageais ton tombeau,
Aujourd’hui avec toi je ressuscite »

(Canon pascal de Saint Jean Damascène).

La Lumière éternelle de la Résurrection du Christ, nous devons la conserver dans notre cœur et notre esprit en toute circonstance et dans notre vie de tous les jours, car elle est le remède unique de toutes les souffrances et les épreuves que nous aurons à affronter durant notre existence terrestre.

J’ai perdu mon emploi, j’ai des soucis d’argent ? Qu’importe, le Christ est Ressuscité ! Une catastrophe naturelle a détruit ma maison et tout ce que je possédais ? Qu’importe, le Christ est ressuscité ! Je suis vieux et malade, sur un lit d’hôpital ? Qu’importe, le Christ est Ressuscité ! 

« Que nul ne déplore sa pauvreté
car le Royaume est apparu pour tous
Que nul ne se lamente de ses fautes
car le pardon a jailli du tombeau.
Que nul ne craigne la mort
Car la mort du Sauveur nous en a libérés.
Il a détruit la mort celui que la mort avait étreint »

(Saint Jean Chrysostome, op. cit.).

 

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