Ajouté le: 17 Décembre 2019 L'heure: 15:14

Le saint qui naîtra de toi, sera appelé Fils de Dieu (Luc 1, 35)

N’est-ce pas pour nous que Dieu le Verbe éternel du Père éternel, recevant la naissance, a habité le sein immaculé de la Vierge et qu’il s’est fait chair en vérité ? (…) Lui qui est incréé, et non seulement cela, mais même créateur et artisan de toute la création, n’a-t-il pas accepté d’agir parmi les créatures, pour nous rendre participants de sa nature incréée (cf. 2 Pierre 1, 4) ? Lui qui est immatériel et incorporel, n’a-t-il pas jugé bon de devenir corps et chair, afin de nous élever au-dessus de ces corps et de ces chairs corruptibles, en revêtant nos corps d’incorruptibilité et en gratifiant nos chairs d’immortalité ?

Saint Sophrone de Jérusalem, « Homélie sur la naissance du Sauveur »

La Naissance du Fils de Dieu sur terre, dans le corps et la chair d’un petit enfant, est à la fois un événement historique, attesté par des témoins oculaires et par les auteurs des Évangiles, et un mystère qui dépasse infiniment l’entendement de l’esprit humain : « Dieu devient Enfant et est porté dans les bras d’une mère. Lui qui nourrit tout souffle, est à présent nourri par sa Création » (Saint Jean de Cronstadt, « Homélie sur la Nativité du Christ »).

Comment le Dieu tout puissant et éternel a-t-il pu habiter dans la chair d’un petit enfant faible, simple d’esprit et mortel ? Quelle que soit la théorie théologique ou philosophique par laquelle nous essayons de répondre à cette question, la pensée rationnelle est et sera toujours insuffisante pour percer le mystère de cette réalité historique qu’a été la Naissance du Christ : « Pour quelle raison nomme-t-on « mystère » cette réalité ? Parce qu’elle n’est pas simplement visible mais aussi spirituelle, ineffable ; (…) lorsqu’on regarde vers la seule apparence, on n’en reçoit aucun profit » (Saint Grégoire Palamas, « Homélie sur les saints et terribles mystères du Christ »). 

Un très grand nombre d’œuvres iconographiques et artistiques représentent la réalité visible de la Nativité – l’Enfant Jésus dans sa crèche ou dans les bras de sa Mère – mais ces images que nous rencontrons si souvent dans les musées, les livres d’art et les cartes de vœux risquent de nous faire oublier la réalité spirituelle, invisible et éternelle, de la Naissance du Christ, qui nous apparaît surtout sous son aspect visible et terrestre.

Saint Basile de Césarée nous met en garde contre cette tendance – et cette tentation – de réduire les réalités divines à l’échelle de la créature humaine : « N’enferme pas Dieu en des concepts corporels, ne le mesure pas à ton aune » (Homélie : « L’homme créé à l’image de Dieu »). 

L’art religieux authentique n’est jamais « réaliste » au sens matérialiste du terme, mais cherche à nous communiquer à travers une image visible une réalité spirituelle invisible. De même, la Nativité représente avant tout une réalité spirituelle et divine qui se manifeste dans l’espace et le temps à travers l’apparence visible et corporelle d’un nouveau-né appelé Jésus. Considérée dans cette perspective spirituelle, la Naissance de l’enfant Jésus devient une source de vérité et de vie, qui annonce et préfigure l’enseignement du Christ.

Ainsi, l’innocence du petit enfant, qui ignore le mal et le péché, est une incarnation vivante de la parole du Christ : « Heureux ceux qui ont le cœur pur car ils verront Dieu » (Matthieu 5, 8). La Vierge Marie incarne elle aussi cette pureté à la fois du corps et de l’esprit, car elle ne fait pas sa propre volonté mais se soumet entièrement à la volonté de Dieu : « Mon âme exalte le Seigneur, et mon esprit se réjouit en Dieu, mon Sauveur, parce qu’il a jeté les yeux sur la bassesse de sa servante » (Luc 1, 46-48). Contrairement à Ève qui, par sa désobéissance à la parole de Dieu, est devenue la mère de l’humanité déchue, la Vierge Marie deviendra, par sa soumission à la volonté de Dieu, la mère d’une nouvelle humanité, rétablissant, par la Naissance du Christ, le lien entre l’esprit de l’homme et l’Esprit de Dieu, entre la terre et le ciel, entre l’homme mortel et la vie éternelle : « Le mur qui séparait les Cieux de la terre est détruit. L’épée qui barrait le passage vers l’Arbre de Vie disparaît. (…) Par la bouche des Saints Apôtres, le Saint Esprit s’écrie : « En Christ soyez réconciliés avec Dieu » (Saint Jean de Cronstadt, ibid.).

La Naissance du Christ représente une nouvelle création de l’homme, un nouvel Adam pur de tout péché et entièrement soumis à la volonté de son Père. Il y a cependant une différence essentielle entre Adam, qui a été fait à l’image et à la ressemblance de Dieu, et le Christ, qui n’a pas été créé car il est Dieu lui-même. Ainsi, le Dieu tout puissant descendu sur terre par amour de l’homme, sous l’apparence humble et fragile d’un petit enfant, incarne déjà, par sa naissance parmi les hommes, trois autres vertus fondamentales que nous enseigne le Christ – l’amour, le don de soi et l’humilité : « Lui qui délimite toute chose et qui n’est délimité par rien, est circonscrit par une crèche rudimentaire et petite. Lui qui contient et étreint tout dans sa main, est entouré de menus langes et serré par des nœuds ordinaires. Lui qui possède la richesse de trésors inépuisables, se soumet volontairement à une pauvreté telle qu’il n’y a pas de place pour Lui à l’hôtellerie. Ainsi entre dans la grotte, et est enfanté dans ces conditions, Celui qui a été engendré par Dieu hors du temps, et sans commencement » (Saint Grégoire Palamas, « Homélie sur la Nativité »).

La naissance dans le temps de Celui qui existe hors du temps, rétablit le lien entre la créature mortelle et l’Être éternel de Dieu, ainsi que l’unité entre la volonté de l’homme et la volonté de son Père, unité que la chute d’Adam avait brisée. Ainsi par la Naissance du Christ dans le monde, le Royaume des cieux se manifeste sur la terre et ouvre de nouveau ses portes à l’homme déchu : « Les cieux sont reliés à la terre, l’invisible avec le visible, Dieu avec l’homme, voilà la réalité de la Nativité. C’est cela la véritable manifestation du Royaume de Dieu au milieu des hommes » (Père Matta El-Maskîne, « L’aspect caché de la Nativité »).

Le Fils de Dieu est venu parmi nous pour nous montrer la voie de retour au Royaume des cieux, que nous avions perdu après la chute d’Adam : « Le Royaume des cieux est personnifié en Jésus-Christ », de sorte que « la foi en Christ est la clé du Royaume » (Père Matta El-Maskîne, ibid.)

Par conséquent, la Naissance de l’enfant Jésus représente une étape décisive à la fois dans l’histoire de l’humanité et dans l’histoire personnelle de chacun de nous : «  L’œuvre que le Seigneur qui est né a forgée, touche chacun d’entre nous. Ceux qui entrent en communion avec Lui reçoivent de Lui la liberté, la guérison et la paix » (Saint Théophane le Reclus, « Nativité de notre Seigneur Jésus-Christ).

L’Enfant Jésus est né dans le monde pour que le Fils de Dieu puisse naître en chacun de nous. Quel que soit l’homme extérieur – son sexe, son aspect physique, sa nationalité, sa profession, sa situation sociale, son état civil etc. – l’homme intérieur doit suivre autant que possible la voie du Christ, depuis Sa naissance jusqu’à Sa mort sur la croix et Sa Résurrection, à l’exemple de l’apôtre Paul qui affirme « ce n’est plus moi qui vis c’est Christ qui vit en moi » (Gal. 2, 20). 

L’enfant Jésus réunit dès sa naissance les trois attributs par lesquels le Christ se caractérise Lui-même (cf. Jean 14, 6) : il est le chemin, car l’homme ne peut être sauvé qu’en rétablissant l’unité entre la volonté de l’homme et la volonté de son Père céleste : « Moi et le Père, nous sommes un » (Jean 10, 30) ; il est la vérité, car l’homme est fait à l’image et à la ressemblance de Dieu ; et il est la vie, car il nous ouvre la voie de la vie éternelle : « qui croit en moi a la vie éternelle » (Jean 6, 47). 

Ainsi, en contemplant le Christ enfant, né dans l’étable, nous pourrons contempler « la simplicité, l’humilité de son entrée dans le monde » et «nous pourrons saisir le mystère de la volonté de Dieu, le mystère de Son Royaume, qui se trouve maintenant à notre portée, comme le doux enfant couché dans sa crèche » (Père Matta El-Maskîne, ibid.)

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