« Dieu est au centre de toute existence. Il se trouve dans notre cœur, que nous Le respections ou non. (…) Mais nous l’avons enfoui sous les soucis et les contrariétés de ce monde qui détruisent notre paix intérieure, et c’est pourquoi nous n’avons ni paix ni repos. Sur cette terre, nul ne pourra nous donner cette paix intérieure, car ni la richesse, ni la gloire, ni les honneurs, ni les positions éminentes, ni nos parents proches ou lointains ne pourront nous donner cette paix immuable. La seule Source de vie, le seul Donneur de la paix et de la joie, c’est Dieu. Il apporte la paix, le calme et la joie aux anges et aux saints, à nous sur cette terre et à toutes les créatures » (Staretz Thaddée, « Paix et joie dans le Saint-Esprit »).
L’esprit agité, soucieux, inquiet, toujours insatisfait, qui désire toujours plus et toujours autre chose et ne trouve jamais la paix, c’est l’esprit du monde d’aujourd’hui, qui domine les peuples et les nations et s’étend comme une contagion sur la surface de la planète car « l’esprit du monde est une maladie » : « Plus les hommes s’éloignent de la vie naturelle et avancent vers le luxe, plus augmente en eux l’inquiétude ; et comme ils s’éloignent de plus en plus de Dieu, il est normal qu’ils ne trouvent nulle part la paix. (…) Quand nous voyons un homme en proie à une grande inquiétude, à une grande détresse, même s’il a tout et ne manque de rien, nous devons savoir qu’il lui manque Dieu » (Païssios l’Athonite, « Paroles » T. 1). L’esprit du monde est entré dans le cœur de l’homme moderne et se substituant à l’Esprit de Dieu, lui dicte à chaque instant ses pensées, ses sentiments, ses désirs, ses actes : « L’homme a introduit au-dedans de lui le monde et a chassé de là le Christ. » (Païssios l’Athonite, op. cit.).
Mais l’esprit du monde est aussi limité et mortel que l’homme de chair et périra en même temps que lui. Ainsi celui qui s’attache aux choses de ce monde et à son existence terrestre, s’attache non pas à la vie mais à la mort, car sans Dieu, la mort devient toute-puissante comme un dieu. La conscience de notre finitude et de notre condition mortelle, présente dans l’esprit et le cœur de chaque homme, est la source de l’inquiétude profonde, constante et incurable de l’homme qui s’est détourné ou éloigné de Dieu. Car il sait, même s’il s’efforce de l’oublier, que « tout ce qui existe en ce monde est semblable à l’écume qui apparaît et disparaît à la surface de l’eau, semblable à un rêve ou à une ombre. (…) Car au moment de la mort nous devons tout abandonner, non seulement ce que nous possédons, mais ce monde lui-même et notre propre corps » (St. Tikhon de Zadonsk – "Lettres de sa cellule"). C’est parce qu’il sait que la fin de sa vie terrestre est inéluctable, qu’elle approche un peu plus tous les jours et peut survenir à n’importe quel moment, c’est parce qu’il sait que tôt ou tard il va tout perdre, que l’homme sans Dieu ne trouvera jamais la paix et même ses moments de joie seront une source d’amertume, puisqu’ils sont aussi éphémères et périssables que toutes les choses de ce monde : « Nos bonheurs ont un goût de mort » (Sœur Emmanuelle).
Là où Dieu n’est pas, rien ne peut exister. Ce qu’on appelle la mort n’est rien d’autre que l’absence de Dieu, de même que l’absence de l’oxygène entraîne la mort du corps et l’absence de l’eau, la mort du poisson : « Ce qui arrive au poisson qui est sorti de l’eau arrive à l’intelligence quand elle est sortie de la mémoire de Dieu et se disperse dans la mémoire du monde » (St. Isaac le Syrien, « Discours ascétiques »).
Mettre le monde à la place de Dieu, c’est mettre la mort à la place de la Vie. En effet, la doctrine matérialiste affirme que, « au moment de la mort physique, l’homme disparaît irrémédiablement, totalement », et nous fait croire que la mort est la destination finale et naturelle de l’existence et que l’homme mortel est le seul réel : « On peut toujours me répéter que la mort est un phénomène naturel, une loi parfaitement évidente : mon moi sent très bien que pour lui, elle ne l’est pas, qu’elle est même contre nature » (Père Alexandre Schmemann, « Vous tous qui avez soif »).
Si tous les hommes étaient aveugles de naissance, la cécité serait considérée comme une chose normale et naturelle. De même, parce que tous les hommes sont mortels, les doctrines matérialistes nous font croire que la mort et le néant sont la destination finale et naturelle de toutes les créatures vivantes – l’homme étant à cet égard parfaitement égal à une mouche ou à une fourmi. Croire à l’homme mortel c’est une forme de folie, semblable au délire d’un aliéné qui ayant oublié son identité réelle se prend pour un personnage imaginaire. Car l’homme réel a été créé immortel, à l’image et à la ressemblance de son Père. Croire à la mort c’est ne pas croire en Dieu, et ne pas croire en Dieu c’est croire en l’ennemi de la Vie, de Dieu et de l’homme. Ainsi l’homme qui a oublié ou a renié Dieu, s’est forgé une idole à l’image de son propre ennemi, le père du mensonge, de la souffrance et de la mort, qui n’étant que néant ne peut nous donner rien d’autre que le néant. Cette absence essentielle de la vraie Vie et de l’Être réel qui ne meurt jamais, chaque homme, croyant ou non, la ressent au fond de soi. C’est pourquoi « le sentiment fondamental de notre cœur est la tristesse. Cela veut dire que notre âme pleure d’avoir perdu le Paradis et que, quels que soient nos efforts pour étouffer ces pleurs, ils s’élèvent du fond de notre cœur, malgré nos réjouissances étourdissantes, et disent à l’homme d’une voix bien distincte : « Cesse de te réjouir dans l’oubli de soi ! Toi, qui par ta chute, as beaucoup perdu ! Essaie plutôt de voir s’il y a un moyen de retrouver ce que tu as perdu ! » (St. Théophane le Reclus, « Enseignements et lettres sur la vie chrétienne »). Tant qu’elle n’aura pas retrouvé sa vraie nature divine et immortelle, l’âme humaine ne connaîtra jamais la paix mais seulement la torpeur léthargique de la conscience, par laquelle l’ennemi cherche à paralyser les forces vives de l’esprit et à nous faire cesser nos efforts pour sauver notre âme : « Quand l’homme est sous l’emprise du démon et qu’il connaît durablement une trompeuse paix intérieure, il ne rencontre pas de tentations et le démon ne le dérange pas ». C’est pourquoi « les Saints Pères disent : « Si tu vois que tu jouis d’une paix inaltérable, prends garde, tu n’es pas sur le bon chemin ». Cela signifie que tu fais quelque chose conforme à la volonté de l’ennemi ; il ne te dérange pas car il te tient en son pouvoir » (Starets Thaddée, op. cit.).
La fausse paix intérieure est une conséquence de l’orgueil qui obscurcit notre esprit et nous empêche de voir notre véritable état, tel un malade qui ignore sa maladie. Tandis que la paix qui vient de Dieu engendre le repentir, l’humilité et le renoncement à notre volonté propre, dévoyée et asservie par notre ennemi. Ce n’est que lorsque nous aurons chassé de notre cœur les idoles de l’homme terrestre et la sagesse de ce monde qui « est une folie devant Dieu » (1 Cor. 3,19) , que nous pourrons recevoir dans notre esprit et notre cœur la connaissance vivante de Dieu : « Nul n’a l’intelligence, s’il n’a pas l’humilité. Celui qui n’a pas l’humilité ne comprend rien. Et nul n’est humble s’il n’est pas en paix. Celui qui n’a pas la paix ne peut être humble. Et nul ne se réjouit s’il n’a pas la paix. Quelles que soient les voies où marchent les hommes dans le monde, ils n’y trouvent pas la paix tant qu’ils n’approchent pas l’espérance de Dieu » (St. Isaac le Syrien, op. cit.).
Que ce soit dans le monde ou dans l’âme de l’homme, là où règnent l’inquiétude, l’insécurité, l’angoisse, Dieu est absent, et son ennemi a pris sa place : « Pour rien au monde l’inquiétude ne doit troubler votre cœur. L’inquiétude est l’apanage du diable » (Païssios l’Athonite, op. cit.). Croire en Dieu c’est croire à la Vérité et non au mensonge, croire au Bien et non au mal, croire à la Joie et non à la souffrance, croire à la Vie et non à la mort.
Croire en Dieu c’est croire que rien n’arrive sans Sa permission et que dès lors, même les peines, les épreuves, les chagrins, les défaites que nous rencontrons dans ce monde nous sont utiles et bénéfiques – d’une manière qui surpasse l’intelligence humaine –, sans quoi Dieu ne nous les aurait pas envoyés. En effet, « si tout vient de Dieu, comment le mal viendrait-il du Bon ? » (St. Basile de Césarée, « Dieu n’est pas l’auteur des maux »).
Par conséquent l’homme qui a la foi, n’a aucune raison d’être inquiet car « Dieu est le seul qui répond à tout ce que l’âme humaine désire. (…) Dans l’époque schizophrénique où nous vivons, rien ne nous importe plus que d’avoir la paix dans les cœurs et les têtes, la paix du Seigneur » (Starets Thaddée, op. cit.). Nous devons préserver cette paix au fond de notre cœur en toute circonstance et la communiquer à ceux qui sont rongés par l’inquiétude, la détresse, l’angoisse, le chagrin : « Heureux ceux qui procurent la paix, car ils seront appelés fils de Dieu ! » (Mt. 5, 9).

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