Ajouté le: 11 Juillet 2015 L'heure: 15:14

Lorsque l’amour s’en va, ce qui reste, c’est l’enfer (Saint Païssios l’Hagiorite, « Paroles spirituelles – t. I »)

« Quand je parlerais les langues de hommes et des anges, si je n’ai pas l’amour, je suis un airain qui résonne et une cymbale qui retentit. Et quand j’aurais le don de prophétie, la science de tous les mystères et toute la connaissance, quand j’aurais même toute la foi, jusqu’à transporter des montagnes, si je n’ai pas l’amour, je ne suis rien. (...)

L’amour est patient, l’amour est serviable, il n’est pas envieux ; l’amour ne se vante pas, il ne s’enfle pas d’orgueil, il ne fait rien de malhonnête, il ne cherche pas son intérêt, il ne s’irrite pas, il ne médite pas le mal, il ne se réjouit pas de l’injustice, mais il se réjouit de la vérité ; il pardonne tout, il croit tout, il espère tout, il supporte tout. L’amour ne passe jamais. (...) Maintenant donc ces trois choses demeurent : la foi, l’espérance et l’amour ; mais la plus grande, c’est l’amour » (I Cor. 13, 1-13).

La Rochefoucauld (1613-1680), fin connaisseur de l’âme humaine, affirmait avec raison : « Il n’y a qu’une sorte d’amour, mais il y en a mille différentes copies » (« Maximes »).

En effet, aucun mot n’a été aussi galvaudé, dévoyé et mal employé que le mot « amour », qui peut cacher tout le contraire de ce qu’il prétend exprimer. On appelle souvent amour l’instinct de possession, le désir charnel, la recherche du plaisir, la volonté de dominer et d’asservir son partenaire, le besoin de sécurité affective et matérielle, la dépendance névrotique à l’égard d’une autre personne, l’angoisse de se retrouver seul, et d’autres multiples formes de déséquilibre affectif et nerveux que l’on prend pour de l’amour... Dans la plupart des cas, il s’agit d’une sorte de transaction commerciale: je te donne mon amour, si tu me donnes ce que je désire, et si tu ne me le donnes plus, je ne t’aime plus...

Cette même attitude « commerciale » nous l’avons souvent à l’égard de Dieu lui-même, que nous accusons d’être injuste avec nous et dont nous nous détournons lorsqu’il ne satisfait pas nos désirs et ne répond pas à nos espoirs terrestres : « Nous ne savons pas comment il faut aimer le Seigneur et nos proches. Dans l’amour divin que le Seigneur a semé en nous, il arrive qu’interviennent divers esprits capables de nous détourner du droit chemin et de l’amour véritable et juste. En réalité une telle démarche est influencée par les sens charnels et les impressions tirées de ce monde, les plaisirs terrestres, ce qui conduit à l’esclavage. (...) Est-ce cela l’amour ? On voit que des esprits malins se mêlent parfois à cet amour qui a été semé en nous par le Seigneur » (Starets Thaddée, « Paix et joie dans le Saint Esprit).

Toute forme d’amour qui s’écarte, ne fût-ce que sur un seul point, de la définition de Saint Paul citée ci-dessus, n’est pas l’amour. Et tout ce qui n’est pas l’amour est le contraire de l’amour, un simulacre, un déguisement, une ruse du malin, qui prend l’apparence de l’amour, de même que Satan peut se déguiser en ange de lumière (cf. 2 Cor. 11,14) : « Quel est le contraire de l’amour ? C’est la méchanceté, et la méchanceté est la même chose que la souffrance » C’est pourquoi « la pire souffrance est celle du diable, car il est le plus éloigné de Dieu, de l’amour » (saint Païssios l’Hagiorite, op. cit .).

Tout ce qui est fait sans amour est fait sans Dieu, et ce qui est fait sans Dieu n’est que mensonge, illusion et source de tourment : « Ne méprise pas le commandement de l’amour. C’est par lui que tu seras le fils de Dieu. Mais si tu le transgresses, tu te retrouveras fils de la géhenne » (saint Maxime le Confesseur, « Centurie IV – Sur l’amour »).

Perdre l’amour c’est perdre Dieu et l’unique chemin qui mène à la vie éternelle : « Ne consens pas à perdre l’amour spirituel, car nulle autre voie de salut n’a été laissée aux hommes. ( ...) Donc, celui qui a l’amour a Dieu lui-même, puisque « Dieu est amour » (I Jn. 4, 8) » (saint Maxime le Confesseur, ibid.).

Nous ne pouvons en effet connaître Dieu ni par notre intelligence, ni par notre savoir, ni par aucun autre moyen que l’amour, la seule forme d’union réelle, vivante et éternelle entre l’homme et son Créateur. Car c’est par amour que Dieu nous a donné l’être et la vie et l’amour de Dieu étant éternel, il ne faiblit et ne s’éloigne jamais de nous : « J’ai acquis depuis longtemps la certitude que Dieu est amour, qu’Il cherche chacun de nous avec une ferveur infatigable, qu’Il nous désire auprès de Lui, qu’Il ne change jamais dans son amour pour nous, même si nous changeons à son égard (...) (Archimandrite Sophrony, « Lettres du Mont Athos »).

Cependant, lorsque nous voyons toute la souffrance qui existe dans le monde – catastrophes naturelles, atrocités, massacres, crimes de guerre, misère, famine, maladies mortelles etc. – il nous arrive de douter de l’amour de Dieu pour les hommes, puisqu’Il demeure silencieux et apparemment inactif et indifférent face à nos malheurs.

Vouloir juger Dieu, l’Être éternel, selon l’intelligence limitée et imparfaite de l’homme mortel, c’est l’erreur fondamentale des sceptiques et des incroyants. De même, nous avons tendance à mettre un trait d’égalité entre l’amour humain – limité à ce monde et à l’homme mortel – et l’amour éternel de Dieu, qui ne connaît pas les limites de l’espace et du temps, ni les imperfections et l’inconstance des sentiments humains. Dieu n’éprouve pas une émotion plus ou moins intense ou un sentiment plus ou moins profond et durable que l’on appelle « amour ». Dieu EST amour. L’amour n’est pas un attribut ou une manifestation de la divinité, c’est l’être même de Dieu. Dire que Dieu est amour c’est dire que l’Amour est partout où quelque chose existe. Nous sommes pour ainsi dire immergés de la tête aux pieds dans l’amour de Dieu, comme les poissons dans l’eau. De même que ceux-ci ignorent l’existence de l’océan et de l’élément aquatique, sans lequel ils seraient tous morts, de la même façon, le plus souvent, nous ne ressentons pas la présence de l’amour de Dieu, précisément parce qu’Il est toujours et partout présent, et qu’Il fait partie de notre être même : « Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu et que l’Esprit de Dieu habite en vous ? » (I Cor. 3, 16).

Tout comme il n’y a qu’un seul Dieu, qui donne l’être et la vie à tout ce qui existe, de même, il n’y a qu’un seul Amour. Aimer Dieu, aimer son prochain, aimer l’ensemble des créatures et de la Création, et s’aimer soi-même, c’est un seul et même Amour, qui réunit l’homme à Dieu, à ses semblables et à toute la Création, ainsi que le système sanguin qui réunit toutes les parties du corps : « Ceux qui vivent en profondeur le christianisme considèrent que le Christ est la tête et que le chrétien est un membre du corps du Christ. Tête et corps sont une seule vie, un seul sang. (...) Ce sont le même sang, la même vie, qui animent le Christ au ciel et le chrétien sur terre » (Sœur Emmanuelle, « La folie d’amour »).

En tant que chrétiens, nous sommes tous unis en un seul et même corps par le sang et la chair du Christ, dont le sacrifice sur la croix est la forme suprême de l’amour : « Car vous êtes tous fils de Dieu par la foi en Christ-Jésus : vous tous qui avez été baptisés en Christ, vous avez revêtu le Christ. Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni homme libre, il n’y a plus ni homme ni femme, car vous tous, vous êtes un en Christ-Jésus » (Gal. 3, 26-28).

Notre être réel n’est pas notre personne mortelle et notre vraie vie n’est pas notre existence terrestre. Notre être réel est le Christ – « ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi » (Gal. 2, 20) –, car Il nous donne la vie éternelle et rétablit l’unité primordiale entre l’homme et Dieu, et entre le Ciel et la terre : « Il est l’image du Dieu invisible, le premier-né de toute la création. Car en lui, tout a été créé dans les cieux et sur la terre, ce qui est visible et ce qui est invisible (...) Il est avant toute chose et tout subsiste en lui. (...) Car il a plu à Dieu de faire habiter en lui toute plénitude et de tout réconcilier avec lui-même, aussi bien ce qui est sur la terre que ce qui est dans les cieux, en faisant la paix par lui, par le sang de la croix » (Col. 1, 15-20).

Suivre une voie contraire à celle du Christ, c’est suivre une voie contraire à l’amour, à la vérité et à la vie, la voie de la discorde, du mensonge et de la mort, qui conduit aux « ténèbres du dehors, où il y aura des pleurs et des grincements de dents » (Mt. 25, 30).

De même qu’on ne peut vivre sans respirer, sans boire et sans manger, l’âme humaine ne peut vivre sans la nourriture que nous donne le Christ, dont le sang rétablit pour l’éternité l’union d’amour entre l’homme et Dieu, entre le Ciel et la terre, entre l’être mortel et l’Être éternel : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang, demeure en moi, et moi en lui. Comme le Père qui est vivant m’a envoyé, et que je vis par le Père, ainsi celui qui me mange vivra par moi. C’est ici le pain descendu du ciel. (...) Celui qui mange ce pain vivra éternellement » (Jean, 6, 56-58).

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