L’armistice du 11 novembre 1918 vient d’être commémoré. Je propose aux lecteurs d’Apostolia un petit aperçu de la mission d’aumônier militaire, pendant la Première Guerre mondiale, par l’intermédiaire de la lettre du sous-lieutenant Paul Colin, du 18ème bataillon de Chasseurs à pied, écrite à sa famille, le 13 avril 1916.
13 avril 1916,
Je viens d’assister et de prendre part à une cérémonie touchante. Nous pouvons monter en ligne d’un moment à l’autre, peut-être cette nuit, peut-être demain, peut-être dans plusieurs jours. L’aumônier a dit ce soir, à 19h30, une messe « des vivants et des morts », comme il a dit en commençant. Un sermon court comme il sait en faire et sachant remuer le cœur de tous, officiers et hommes, effrayant peut-être un peu sous l’habit bleu, mais amenant quand même un regard de fierté et une petite larme à l’œil de ces braves chasseurs.
« Nous sommes à Pâques, dit-il… Ceci est une messe de Pâques… Pâques de guerre… Pâques de lutte ! Jour d’union, je dirai plus, jour de communion. Pour communier, il faut être à jeun, il faut se confesser… Vous sortez de table et vous n’avez pas le temps de vous confesser… à l’impossible nul n’est tenu… Que ceux qui veulent recevoir l’absolution s’agenouillent. »
Et, dans un mouvement sublime, l’église (ou plutôt la grange, car de la cathédrale il ne reste qu’une cloche intacte au milieu des décombres), l’église entière s’est agenouillée, et d’une voix qu’il affermissait à grand-peine, l’aumônier a donné l’absolution à tous ces hommes, puis la communion… « Votre musique, c’est le canon », avait-il dit à un moment de son sermon, et, en effet, à ce moment, l’artillerie faisait rage ! Puis la messe s’est terminée au milieu des cantiques.
De nouveau, l’aumônier prit la parole : « Mes enfants, j’ai oublié quelque chose, j’ai oublié votre pénitence, la voici ! Allez ! Et battez-vous bien ! »
Et la grange s’est vidée dans un silence de mort, et en sortant j’ai entendu cette réflexion venue je ne sais d’où : « Heureux ceux qui croient ». Oh ! Comme il a dit vrai ! Dans un pareil moment, tout est beau…
J’avais vu des messes impressionnantes, j’avais vu des choses bien dures, jamais je n’ai été ému comme je viens de l’être… Et tout le bataillon était là.
Que vous dirai-je maintenant ? La confiance illimitée dans laquelle je suis en ce moment. Il me semble que je vais à une simple promenade et j’y vais le sourire aux lèvres !
Je vous embrasse.
A quand la prochaine lettre ?
Paul*
Ce très jeune officier sera tué au bois de la Caillette, à Douaumont (Meuse), sept jours plus tard, le 20 avril 1916. Il n’avait que 21 ans.
(*) Recueil de lettres « choisies par des pères et mères qui pleurent un enfant mort pour la France et par d’anciens combattants réunis sous la présidence de Monsieur le maréchal Ferdinand Foch » (1923).

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