Ajouté le: 12 Octobre 2011 L'heure: 15:14

L’Université d’été de l’Archevêché roumain d’Europe occidentale : août 2011

L’Ecriture Sainte dans la vie liturgique et les sacrements

L’Université d’été de l’Archevêché roumain d’Europe occidentale : août 2011

Entre les deux grandes fêtes de la fin de l’année liturgique – clôture de la Dormition de la Mère de Dieu le 23 août, et repos du Précurseur le 29 – l’Université d’été de l’Archevêché Orthodoxe Roumain d’Europe Occidentale a connu sa troisième édition. Le thème général retenu par le Conseil métropolitain était la place de la Bible dans la prière et la vie des chrétiens orthodoxes.

Cette « université » a été en bonne partie celle des jeunes ! Des activités enrichissantes ont été organisées chaque jour (Andreea Ionescu, Adriana Moise, paroisse Sainte-Parascève-et-sainte-Geneviève, Paris, diacre Claude Delangle, Louveciennes) pour la vingtaine de petits enfants ; les adolescents – un peu moins d’une dizaine – ont pu avoir leur entretien quotidien avec le diacre Jean-Marie Cuny (paroisse de Besançon), le prêtre Adrian Iuga (paroisse de Nantes) ou le prêtre Ràzvan Ionescu (Paris). Ceci fut un « plus » par rapport à l’an passé : merci à ceux qui ont eu la joie de rendre ce service !

Les « grandes personnes », un peu moins de quatre-vingt – bien peu par rapport au nombre de fidèles et de prêtres ne serait-ce que dans le Doyenné de France – se sont réjouies avec les enfants et les adolescents de la vie liturgique et communautaire (divine liturgie et vêpres au quotidien) qu’ils avaient déjà pu connaître en 2009 et 2010, avec toutefois des moments plus importants laissés aux échanges, notamment après les repas. Ceux-ci – les repas – étaient toujours aussi agréablement préparés, tenant compte des jours d’abstinence !

Comme par le passé, tous les matins, nous avons eu le bonheur de participer à une séance de mémorisation de l’Evangile (le prologue de Saint-Jean) avec Hélène Séjournet (paroisse Sainte-Geneviève-et-saint-Martin, Paris): la Bible n’est pas seulement un livre à vénérer, à lire ou à écouter : elle est également La Nourriture !

Un rapide résumé des conférences permet d’évaluer l’intérêt de cette session de formation des clercs et des laïcs les plus engagés dans l’Eglise, organisée par les conseillers métropolitains (notamment le prêtre Yves Dulac).

Sandrine Caneri (Métropole antiochienne de France) a ouvert les travaux en insistant sur la relation que la Foi établit avec la Parole des saintes Ecritures, selon Origène, qui dit « crois d’abord » et encore : « si tu ne comprends pas, n’accuse que toi ! » - c’est-à-dire : approfondis ta foi, purifie-toi pour t’approcher de la Parole. L’Ecriture est une parole, elle contient la Parole, indivisible et transmise oralement. Le Christ, a fait remarquer la conférencière, a, dans son humanité réelle, appris les Ecritures par sa mère, la Mère de Dieu, comme tout petit Juif. La question de l’interprétation est fondamentale dans cette transmission. Les saints Pères cherchent la version de l’Ancien Testament qui concorde avec la Foi, laquelle constitue la norme de l’exégèse. La Bible elle-même transmet un « continuum exégétique » (en simple : la continuité dans la compréhension cohérente des textes). La pluralité textuelle (versions hébraïques, diverses versions grecques à côté de la Septante) ne pose pas de problème en milieu oral, semble-t-il. En tout cas, la compréhension ultime de la Parole consiste à mettre en actes la « gnoséologie » (en simple : la démarche de connaissance).

Le prêtre Gérard Reynaud (paroisses de Vichy et de Clermont-Ferrand) a montré que la divine liturgie (notamment celle que patronne saint Basile le Grand) est tissée de la Parole de Dieu et s’identifie à elle. Le Verbe (Parole, Logos) Lui-même s’offre dans la sainte liturgie, et est offert et distribué. C’est une Parole sacerdotale et célébrante, une Parole eucharistique envoyée par le Père céleste et retournant à lui, pour se donner en communion à tous ceux qui croient. La divine liturgie manifeste les deux natures de la Parole divine faite Homme ; la parole, les paroles, les mots divins sont unis aux paroles humaines dans l’unique personne du Verbe, le Fils de Dieu. D’où l’importance de la prière qui précède la proclamation du saint Evangile (« Fais luire dans nos cœurs la lumière incorruptible de la connaissance de ta divinité, ô Seigneur... ouvre les yeux de notre intelligence... Inspire-nous également la crainte de tes saints commandements, afin que nous menions une vie selon l’Esprit... »), véritable épiclèse (= appel de l’Esprit) sur la Parole, symétrique avec l’épiclèse sur l’Agneau. La place du saint Esprit est ainsi éminente : Il repose sur la Parole, Il la remplit et Il l’accomplit. C’est pourquoi, ajoute Père Gérard, la crainte aimante et l’émerveillement peuvent nous ouvrir à la Parole qui se distribue dans la sainte liturgie.

L’anthropologie chrétienne est une anthropologie biblique, a expliqué le prêtre Philippe Dautais (paroisse Sainte-Foy-et-saint-Nectaire, Monestier) : elle est fondée sur le dialogue divino humain dont témoigne toute l’Ecriture et qui révèle la primauté de la personne – personne divine et personne humaine. La personne transcende la nature et l’accomplit ; l’amour est premier, et premier cet appel divin à l’être humain : « veux-tu vivre ? » L’existence humaine dans sa profondeur est un Oui à la vie proposée par Dieu, vie biologique et surtout Vie éternelle. C’est pourquoi les commandements du Seigneur conduisent à la déification de l’être humain par l’épanouissement de son « esprit » (l’intellectuel noûs et le « charismatique » pneuma). Prolongées par le prêtre Jean Boboc (cathédrale métropolitaine des Saints-Archanges, Paris), ces réflexions ont conduit à l’étude de cas concrets où la « bioéthique » chrétienne veut servir précisément la personne. Certaines situations pastorales, Père Jean en a témoigné, – liées par exemple au soupçon de malformation de l’embryon – sont particulièrement poignantes et relèvent, avant toute décision, de la prière intense et du conseil spirituel, notamment celui de l’Evêque, en qui se manifeste le charisme de l’économie (= dépassement ponctuel d’une règle pour le bien de la personne et de la communauté).

C’était encore enthousiasmant d’entendre, dans deux interventions distinctes, le prêtre Vasile Mihoc (Sibiu, Roumanie) venu spécialement, à l’invitation du Métropolite, participer à nos travaux. Présentant l’exégèse (= interprétation) biblique, Père Vasile – dont l’une de nous dit « qu’il a marqué tout le monde de sa présence charismatique forte et discrète à la fois, et que sa parole a été une nourriture riche et théologique » - a montré qu’on a « toujours expliqué la Parole » pour souligner son autorité. A chaque génération, on explique l’Ecriture afin de l’appliquer à la vie : « tout a été écrit pour chaque génération ». Toutefois, si la Bible fait autorité, elle est soumise à l’autorité du Christ, car le Verbe transcende sa propre parole, orale ou écrite : il n’y a pas de place pour une « biblolâtrie », la Bible n’est pas « à la place du Christ » ; du reste, tout n’est pas contenu dans l’Ecriture, comme le dit l’évangéliste saint Jean. Reprenant les exposés précédents, P. Vasile souligne que la Bible est pleinement divine et pleinement humaine, et que la vie consiste à dire Oui à l’Evangile.

Une place importante a été faite pour les rapports de la Bible aux sacrements ou « mystères », principalement le saint baptême et le saint mariage. Père Aurel Grigoras (paroisse de la Descente-du-saint-Esprit, Paris/Clichy) montre que la Parole manifestée dans les Ecritures est à la droite du Père ; c’est une parole hypostasiée (= assumée par la personne ou hypostase du Verbe, le Christ), et, comme telle, sacramentelle. Elle est pleine du saint Esprit, et Celui-ci se manifeste en elle, notamment dans la célébration des sacrements, qui ont toujours pour cœur la proclamation de la Parole. Par l’omniprésence du saint Esprit, les croyants sont incorporés au Christ et à l’Eglise : toute leur vie, et en particulier leur vie conjugale et familiale, est, par la puissance sacramentelle de la Parole et par les énergies divines irradiant des sacrements, sanctifiée et christifiée, selon toutefois la mesure de leur foi. On retrouve l’importance de la personne humaine, la sanctification étant principalement son épanouissement.

L’ordre des conférences a fait que, suivant une bonne pédagogie (!), la dernière conférence soulignait l’universalité de l’œuvre du Christ dans son incarnation et sa résurrection. Laurent Kloeble (paroisse de Limours) a présenté ce thème à partir de la réflexion du philosophe et historien des religions René Girard qui expose dans ses divers ouvrages ces idées intéressantes : le sacrifice est universel dans les civilisations ; il consiste à immoler une victime censée innocente (pratique du « bouc émissaire ») pour que la communauté soit affranchie de la violence qui l’agite en raison du « désir mimétique » (rivalité dans la possession d’un même objet désiré, et désiré surtout parce qu’un autre le désire). Mais, finalement, seul le Christ est la victime absolument innocente, et Lui seul met fin à la violence. Il faut toutefois que soit « dévoilé » le mécanisme de la violence pour que le sacrifice porte ses fruits, et qu’il cesse : le sacrifice de Jésus Christ, parce qu’il est voulu, précise un intervenant, est le dernier des sacrifices dont la chaîne se transmet dans l’Histoire par imitation d’un meurtre initial. Cela veut dire que la passion du Christ, et la Résurrection, correspondent à une attente universelle dans toutes les civilisations.

On ne saurait rendre compte des interventions venues de l’auditoire. Elles ont été très nombreuses et très riches, permettant de clarifier certains points, mettant en lumière quelquefois des divergences d’opinion ou d’interprétation. Après les conférences, des « ateliers » réunissaient les participants et les conférenciers pour aller plus loin dans ce qui avait été dit. Pendant ces rencontres, Monseigneur Joseph réunissait les clercs majeurs ou leurs épouses.

Un des intervenants a été frappé par la qualité des discussions – quelles que soient par ailleurs leurs inévitables limites – entre les participants et avec les conférenciers : « les débats riches qui ont suivi chaque intervention ont montré comme il est simple dans ces réunions de dire un désaccord ; comme c’est facile de donner une opinion contraire et qu’au terme on ne tranche pas nécessairement... liberté de parole, liberté de l’Esprit, liberté de mûrir les questions... dans cette Eglise qui par son attitude demande à chacun d’accueillir l’autre comme un frère, sans jugement, sans irritation, sans agacement - bref une Eglise vivante, grouillante de vie, pétillante dans ses recherches, où les hiérarques sont eux-mêmes tant à l’écoute de toutes leurs brebis qu’ils attendent vraiment d’elles les indices du chemin à prendre, de la direction à suivre… (...) Une Eglise également qui accueille constamment ceux qui viennent d’ailleurs... Et tout cela dans une atmosphère bon enfant, familiale, détendue, pleine de joie et d’humour, où la fraternité se palpait à chaque instant ».

Cette « université » avait sa place dans une manifestation de la vie de l’Eglise ; elle constituait un événement ecclésial, et non un compartiment intellectuel à part. Preuve en est l’importance de la vie liturgique, la possibilité du conseil spirituel et, dimanche 28, la grande célébration pontificale, tous les degrés de la hiérarchie – évêque, prêtre, diacre et Peuple – étant réunis, ainsi que l’ordination d’un diacre et d’un prêtre. Ainsi l’activité théologique et catéchétique est une manifestation de l’Esprit au sein du Corps du Christ.

Rédaction :
Marc-Antoine Costa de Beauregard, doyen de France

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