Ajouté le: 9 Décembre 2020 L'heure: 15:14

Nous avons vu son étoile en orient et nous sommes venus l’adorer (Matthieu 1, 35)

Les mages d’Orient nous conduisent nous aussi aujourd’hui à la Crèche de Bethléem, et de là, à la crèche au-dedans de nous, là où le Christ désire être reçu pour naître et nous donner naissance : le cœur pur ! Ils nous encouragent à ne pas oublier que, si éloignés que nous soyons du Christ, si nous Le cherchons avec un cœur pur, nous Le trouverons, car c’est Lui-même qui guide nos pas. (...) L’étoile illumine, cherchant le chemin vers chaque cœur qui désire recevoir le Fils céleste, le Sauveur.

Métropolite Joseph, « Le cœur pur, la crèche où le Christ veut naître »

Aveuglé par la lumière froide et impersonnelle des sciences de la matière, l’homme des temps modernes ne sait plus voir l’étoile de Bethléem dans un ciel qui, privé de la présence de Dieu, prend l’apparence effrayante d’un gouffre infini, où des milliards d’étoiles, des milliards de galaxies tournent depuis des milliards d’années, telle une machine cosmique monstrueuse et absurde, sans âme, sans intelligence et sans aucun but. Nous vivons dans un monde qui tourne en rond de la même façon, le même cycle rotatif toujours recommencé – naissance, vie, mort –, si bien qu’il n’y a plus aucune différence essentielle entre la vie d’un homme et la vie d’une mouche, vouées toutes les deux au même néant final. Car notre monde a perdu ses repères spirituels, qui de même que l’étoile de Bethléem, guidaient les pas de nos ancêtres et donnaient un sens divin et immortel à leur existence humaine mortelle. C’est pourquoi dans un monde privé de la lumière de l’étoile sainte, un monde plongé dans les ténèbres, qui ne sait plus où il va, « le désordre et la confusion règnent dans tous les domaines ; ils ont été portés à un point qui dépasse de loin tout ce qu’on avait vu précédemment, et, partis de l’Occident, ils menacent d’envahir le monde tout entier ; nous savons bien que leur triomphe ne peut jamais être qu’apparent et passager, mais, à un tel degré, il paraît être le signe de la plus grave de toutes les crises que l’humanité ait traversée au cours de son cycle actuel » (René Guénon, « La crise du monde moderne »).

L’homme d’aujourd’hui a besoin plus que jamais d’une étoile de Bethléem qui puisse lui montrer le chemin qui conduit à la Vérité et à la Vie incarnées par le Christ, sans Lequel l’existence humaine n’est que mensonge et illusion, car une vie qui conduit inéluctablement à la mort, n’est pas et ne peut pas être la vraie vie : « La vie sans le Christ, la mort sans le Christ, la vérité sans le Christ, le soleil sans le Christ, l’univers entier sans lui – tout n’est qu’un horrible non-sens, un insupportable martyre, un tourment de Sisyphe, l’enfer ! » (Saint Justin Popovitch, « L’homme et le Dieu-Homme »). 

Un univers sans Dieu est un univers sans l’homme, aveugle, sourd, irrationnel, qui ne tient pas compte de l’âme humaine, de ses désirs, de ses espoirs, de ses souffrances, et ne répond pas aux questions de l’homme : « Dans un univers soudain privé d’illusions et de lumières, l’homme se sent un étranger. Cet exil est sans recours puisqu’il est privé des souvenirs d’une patrie perdue ou de l’espoir d’une terre promise. Ce divorce entre l’homme et sa vie, l’acteur et son décor, c’est proprement le sentiment de l’absurdité. (…) L’absurde naît de cette confrontation entre l’appel humain et le silence déraisonnable du monde » (Albert Camus, « Le mythe de Sisyphe »). 

Par la Naissance du Christ parmi les hommes Dieu répond à l’appel de l’humanité souffrante. L’univers devient du même coup à la fois humain et divin, comme la personne du Christ, et l’homme retrouve sa vraie nature et sa place au centre de la Création : « Le grand mystère de l’humanité c’est la naissance de Dieu en tant qu’homme, et le grand mystère de la divinité, c’est la naissance de l’homme en Dieu. Par le Christ, Dieu devient visage et l’homme, à son tour, découvre son propre visage » (Métropolite Joseph, « Dieu est avec nous »). 

La Naissance du Christ est à la fois humaine, inscrite dans le temps et l’espace de ce monde, et divine, éternelle, toujours présente, toujours vivante, que chacun de nous est appelé à vivre comme un événement réel dans sa propre vie, car « le Christ Lui-même naît et grandit en nous » (Métropolite Joseph – « L’année agréable à Dieu »). Ainsi la Naissance du Fils de Dieu est toujours nouvelle pour chacun de nous et renouvelle chaque homme qui la reçoit dans son cœur. Car « nous naissons pour mourir » mais « Jésus naît pour vivre d’une vie sans ombre ni limite et communiquer cette vie » (Olivier Clément, « Sources – les mystiques chrétiens des origines »). 

La Naissance de l’Enfant Jésus associe deux termes apparemment opposés et incompatibles – l’extrême faiblesse et fragilité d’un nourrisson, et la toute puissance de Dieu réunies en un seul et même être : « Dieu le Verbe, issu de Dieu, S’est dépouillé ineffablement, il est descendu des hauteurs jusqu’à l’extrême de l’humain, il a assumé la même pauvreté que nous ; ainsi, des réalités inférieures, il fit des supérieures, ou plutôt, il mêla les deux, et montra de la sorte à tous que la voie qui conduit aux réalités supérieures, c’est l’humilité, en S’offrant Lui-même en exemple aux hommes et aux saints anges » (Saint Grégoire Palamas, « Homélie sur la Nativité » ).   

L’Enfant Jésus est la confirmation vivante et exemplaire de la parole de Saint Paul qui affirme : quand je suis faible, c’est alors que je suis fort » (2 Cor. 12 ,10). 

L’étoile qui éclaire le chemin des trois mages est le signe qui annonce que la Naissance du Christ rétablit le lien et la paix entre la terre et le ciel, entre l’homme et Dieu, effaçant les conséquences néfastes de la chute d’Adam : « Le Dieu qui était en colère contre le genre humain et qui l’avait exposé à de terribles malédictions, est venu dans la chair pour offrir Sa Paix aux hommes et les réconcilier avec le Père Très-Haut. Car voici, est-il dit, Il n’a pas été engendré pour nous, les anges, (…) mais pour vous, les hommes, ce qui signifie : par vous et pour vous un Sauveur est né, le Christ Seigneur, dans la ville de David » (Saint Grégoire Palamas, op. cit.).

La Naissance du Christ que nous célébrons chaque année doit être vécue par chacun d’entre nous comme une nouvelle naissance, car « nous devenons en Lui et par Lui, le petit Enfant de la crèche de Bethléem, enfants et fils du Très-Haut, qui est devenu Lui-même Fils de l’Homme d’en bas » (Métropolite Joseph, « La Naissance du Christ – notre réconciliation avec Dieu »). 

Quel que soit le chemin que chacun suit dans sa vie personnelle, nous devons tous suivre un seul et même chemin intérieur, celui que nous montre l’étoile de Bethléem, qui conduit à la crèche de l’Enfant Jésus, qui par sa Naissance parmi les hommes mortels a vaincu la mort et nous a ouvert la voie de la vie éternelle. Nous savons bien « que nous sommes des voyageurs, de passage dans cette vie (…). Mais nous avons l’espoir que sur ce chemin nous ne sommes pas seuls, que nous sommes accompagnés pour toujours par le petit Enfant né dans la crèche, que nous fêtons aujourd’hui, qui a pris notre chemin pour que nous puissions nous aussi prendre le Sien, le chemin céleste » (Métropolite Joseph ibid.). 

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