Ajouté le: 8 Juillet 2020 L'heure: 15:14

Nul ne connaît les choses de Dieu, sinon l’Esprit de Dieu

La parole de Dieu ne veut pas tout livrer dans la clarté, ni non plus tout abandonner dans l’obscurité, mais elle fait ce qui est bon. C’est là, dit Jean Chrysostome, un grand bienfait de Dieu, que certains passages des divines Écritures soient clairs et d’autres obscurs. Par les uns nous accédons à la foi et à la ferveur, alors qu’une totale incompréhension pourrait nous faire tomber dans l’incroyance et la nonchalance. Par les autres, nous nous éveillons à la recherche et à la peine, nous nous délivrons du désespoir et nous trouvons l’humilité, car nous ne pouvons pas comprendre par nous-mêmes.

Saint Pierre Damascène, « La Philocalie »

 

La passion du savoir est profondément enracinée dans l’esprit humain, depuis qu’Adam a mangé du fruit de la connaissance du bien et du mal, voulant égaler la sagesse omnisciente de Dieu. Chaque chose de ce monde fait l’objet d’une science, depuis les particules microscopiques invisibles à l’œil nu, jusqu’aux astres et aux galaxies situées à des milliers d’années-lumière. Les sciences qui nous font connaître le monde extérieur – et étudient l’homme lui-même comme une chose extérieure – , nous apportent des milliers d’informations sur les microbes, les grenouilles, les dinosaures, les atomes, les océans, les planètes, ainsi de suite, mais aucune science de ce monde n’est capable de répondre à la seule question fondamentale, vitale, pour toute créature humaine : quel est le sens de la vie : « Qui de la terre ou du soleil tourne autour de l’autre, cela est profondément indifférent. Pour tout dire, c’est une question futile. En revanche, je vois que beaucoup de gens meurent parce qu’ils estiment que la vie ne mérite pas d’être vécue. (…) Je juge donc que le sens de la vie est la plus pressante des questions » (Albert Camus, « Le mythe de Sisyphe »).

Personne sur cette terre ne peut répondre à cette question. La réponse ne peut venir que de Dieu, car c’est Lui qui nous a donné l’être et la vie : « Dieu, qui nous a amenés de l’inexistence à l’existence, est davantage notre Père que ceux qui nous ont engendrés » (Saint Jean Damascène, « La dogmatique »). C’est pourquoi les scientifiques qui cherchent à comprendre la nature de l’homme en étudiant les lois biologiques et génétiques, font fausse route. Nos connaissances scientifiques, fondées sur l’étude du monde matériel, sont semblables aux sables du désert : elles se déploient dans toutes les directions, mais chacune de ces directions conduit au même néant : « C’est la dispersion dans la multiplicité, et dans une multiplicité qui n’est plus unifiée par la conscience d’aucun principe supérieur ; c’est, dans la vie courante comme dans les conceptions scientifiques, le morcellement indéfini, une véritable désagrégation de l’activité humaine dans tous les ordres où elle peut encore s’exercer. (…) Ce sont les conséquences naturelles et inévitables d’une matérialisation de plus en plus accentuée, car la matière est essentiellement multiplicité et division » (René Guénon, « La crise du monde moderne »). 

La foi chrétienne, selon laquelle la Parole de Dieu est le principe spirituel unificateur des tous les éléments de la Création, se situe donc dans une perspective diamétralement opposée à celle des sciences matérialistes, qui étudient la multiplicité infinie du monde, en divisant tout ce qui existe en parcelles de plus en plus petites : « Le fondement de notre vision chrétienne se trouve dans la Découverte d’en haut : « Au commencement était la Parole … et la Parole était Dieu… Tout a été fait par elle, et rien de ce qui a été fait n’a été fait sans elle. En elle était la vie » (Jean 1, 1-4). Le postulat propre à la science contemporaine est le suivant : « Au commencement était l’atome d’hydrogène, et à partir de là, par la voie de l’évolution, durant des milliards d’années, est apparu tout ce qui existe ». (…) Le véritable Être-Premier est absolument inaccessible à la science » (Saint Sophrony, « Le mystère de la vie chrétienne »). 

La Parole de Dieu qui donne l’Être et la Vie est toute différente de la parole humaine qui vient de ce monde et ne connaît que les choses de ce monde. C’est pourquoi saint Basile de Césarée nous avertit du danger qui consiste à réduire l’Être infini de Dieu à nos proportions humaines : « N’enferme pas Dieu en des concepts corporels, ne le mesure pas à ton aune » (« Homélie : L’homme créé à l’image de Dieu »).

La connaissance rationnelle est aussi limitée que l’intelligence humaine, c’est pourquoi on ne peut connaître Dieu que par la foi, qui est la connaissance du cœur, sans aucune explication ni aucun argument logique : « Toutes les choses de Dieu sont au-dessus de la nature, de la parole et de l’intelligence. (…) La foi est un assentiment qui ne cherche pas l’explication des choses » (Saint Jean Damascène, op. cit.). 

Par conséquent, l’esprit scientifique qui cherche l’explication de toute chose, est une manifestation de l’absence de foi : « La recherche d’une connaissance claire, logique, et la méfiance des « émotions du cœur » a conduit à l’atrophie spirituelle du cœur. À l’intérieur de l’être humain, on a donné la priorité à son jugement qui décide la hiérarchie des valeurs. (…) En dernière instance, l’humanisme nie Dieu et réduit par conséquent l’homme à une seule dimension, un seul plan, où l’existence cosmique est déterminée par les lois naturelles » (Saint Sophrony, op. cit. ). 

C’est parce que la connaissance rationnelle ne peut dépasser les limites naturelles de l’homme, que la vérité de Dieu n’est pas accessible aux érudits et aux savants, mais ne peut être connue que par les cœurs purs et innocents : « Je te loue, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d’avoir caché ces choses aux sages et aux intelligents et de les avoir révélées aux enfants » (Matthieu 11, 25). 

Avoir un cœur pur ne signifie nullement être sans péché – personne ne l’est sur cette terre, même pas les enfants –, mais se montrer devant Dieu tel que l’on est, en toute humilité, avec nos faiblesses, nos infirmités, nos mauvais penchants, notre déchéance morale, notre désespoir, notre misère intérieure : « Aussi abjects que vous vous sentiez, rien, rien – c’est inconditionnel et absolu – ne peut vous exiler de Dieu. La vie religieuse commence le jour où naît en vous la conviction que vous pouvez vous jeter dans les bras de Dieu tels que vous êtes. (…) Vous ne pouvez rien truquer avec Dieu, vous ne pouvez pas faire semblant d’être autres que vous êtes, vous ne pouvez pas tricher. Dieu sonde les cœurs et les reins. Vous ne pouvez qu’être complètement vrais. Complètement vrai, tel que je suis mais avec une confiance et un amour d’enfant qui sait qu’il ne sera pas rejeté » (Arnaud Desjardins, « En relisant les Évangiles »). 

Avoir la foi c’est se confier entièrement à Dieu sans essayer de comprendre ses raisons, ses intentions et ses voies, qui dépassent infiniment l’intelligence humaine, de même qu’un petit enfant qui ignore tout de ses parents mais leur fait une confiance absolue. 

Tout ce que Dieu donne ou permet est bon et nécessaire – même si cela nous paraît scandaleux, injuste, inacceptable –, car Dieu ne peut se tromper ni faire le mal. Se révolter contre ce qui arrive avec la volonté ou la permission de Dieu, dire non lorsque Dieu dit oui, c’est se révolter contre Dieu et pactiser avec son ennemi : « C’est le non qui brûle en enfer » (Maître Eckhart cité par A. Desjardins, op. cit.). 

Être chrétien c’est accepter avec humilité et confiance absolue la volonté de Dieu dans toutes les circonstances de la vie, même les plus douloureuses et incompréhensibles pour la raison humaine : « Quand le révoltant, le trop injuste, se présentera, souvenez-vous : c’est Dieu Lui-même qui vient à vous : c’est une bénédiction sous le déguisement d’une tragédie. (…) L’inacceptable, l’impossible à comprendre (…), c’est Dieu Lui-même à l’œuvre. Si vous pouvez, sans restriction, dans un élan de foi et d’amour, accepter ce qui dépasse toute possibilité de comprendre, alors vous trouverez cette paix dont il est justement dit qu’elle « surpasse tout entendement » (A. Desjardins, op. cit.). 

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