Ajouté le: 18 Septembre 2019 L'heure: 15:14

C’est par beaucoup d’afflictions qu’il nous faut entrer dans le royaume de Dieu (Actes 14, 21)

« Tous les chemins de notre vie sont parsemés de croix très diverses et compliquées, que nous rencontrons presque à chaque pas : afflictions, besoins, malheurs, maladies, la perte des êtres chers, échecs professionnels, moyens insuffisants, dégâts de toutes sortes, soucis familiaux (…), le sort terrestre de chacun est plus ou moins difficile à vivre. (…) Tu as de la peine mais est-ce par hasard que cela t’arrive ? Le Seigneur existe, qui te regarde et prend soin de toi comme un père. C’est lui qui t’a envoyé les afflictions (…). Donc sois attentif et peut-être tu verras les bons projets que Dieu a conçu pour toi dans les afflictions qui t’ont frappé. (…) Et si tu ne vois pas ce que Dieu veut te donner par cette épreuve, ravive dans ton cœur, sa ns analyser, la ferme certitude d’ordre général que tout arrive avec la volonté de Dieu et que tout ce qui vient de Lui est pour notre bien. »

Saint Théophane le Reclus, Réponses aux questions d’intellectuels, tome 2 

La souffrance accompagne l’homme tout au long de sa vie, qu’il soit croyant ou incroyant, coupable ou innocent, jeune ou vieux, riche ou pauvre : « Rien ne peut nous épargner ces croix, ni le haut rang, ni la richesse, ni le pouvoir, ni aucune gloire terrestre. Elles se sont incorporées à notre vie terrestre à partir du moment où a été fermé le paradis terrestre, et resteront telles quelles jusqu’au moment où s’ouvrira le paradis céleste » (Saint Théophane le Reclus, ibid.). 

Même nos moments de joie et de bonheur sont une source de souffrance car ils ne sont jamais durables et deviennent de plus en plus rares et précaires à mesure que nous avançons en âge. Chacun de nous peut facilement constater que son âme n’est jamais entièrement satisfaite et cherche toujours quelque chose de plus et quelque chose d’autre que ce que lui offre son existence terrestre. C’est pourquoi aucune âme humaine ne peut trouver en ce monde un bonheur constant et durable, mais en revanche, la souffrance est présente sous une forme ou une autre tout au long de notre existence. C’est pourquoi « le sentiment fondamental de notre cœur est la tristesse. Cela signifie que notre être pleure d’avoir perdu le paradis et que, quels que soient nos efforts pour étouffer ces pleurs, ils retentissent au fond de notre cœur, en dépit de tous les divertissements qui nous étourdissent » (Saint Théophane le Reclus, op. cit.). 

Tous les hommes souffrent mais pas de la même façon. Pour l’homme sans Dieu la souffrance est d’autant plus cruelle qu’elle n’a pas de sens et semble arbitraire, injuste et sans aucune utilité. La seule explication de la souffrance pour un homme qui a perdu la foi en Dieu, est d’ordre matériel et extérieur, autrement dit une explication de type scientifique, sans doute exacte sur le plan de la réalité matérielle mais qui ne peut apporter aucune consolation, aucun soutien moral à l’homme qui souffre. Ainsi, la science peut fort bien expliquer les causes d’une catastrophe naturelle mais n’a aucun moyen d’apaiser la souffrance d’une mère qui a perdu son enfant. 

Les vérités dites « objectives » de la science font de l’homme un objet d’étude comme un autre, sans tenir compte de l’âme humaine, qui représente notre personne réelle, avec ses sentiments, ses désirs, ses souffrances, qui restent en dehors du champ d’investigation scientifique. Les vérités scientifiques ne sont exactes qu’en apparence car elles ne tiennent pas compte du cœur de l’homme et considèrent qu’« il n’y a aucune instance au-dessus de la raison » (S. Freud, « L’avenir d’une illusion »). 

L’orgueil de l’homme qui place sa raison au-dessus de toute chose le rend aveugle devant la réalité et renie la raison elle-même qui devient insensée, car elle oublie ses propres limites et imperfections, qui sont de la même nature que celles de notre corps : « Notre intelligence tient dans l’ordre des choses intelligibles le même rang que notre corps dans l’étendue de la nature » (Pascal, « Pensées »). 

La vérité du Christ n’est pas scientifique car elle ne vient pas de ce monde et n’est pas le produit de l’intelligence humaine. Sa vérité vient de Dieu et non de l’homme et elle est avant tout une vérité du cœur et non de la raison, car elle contredit souvent la logique humaine. En effet, le Christ nous dit que ceux qui souffrent en son nom doivent se réjouir car leur récompense sera grande dans les cieux ; il nous dit qu’il faut aimer nos ennemis, que nous serons ressuscités des morts, que les petits enfants connaissent la vérité mieux que les savants et les érudits, et autres affirmations contraires à la raison et « anti-scientifiques », que la logique humaine ne peut pas admettre, puisque « l’homme naturel ne reçoit pas les choses de l’Esprit de Dieu, car elles sont folie pour lui » (1 Cor. 2, 14). 

Mais le vrai fou est celui qui place sa propre raison au-dessus de tout : « Qui voudrait ne suivre que la raison serait fou prouvé ». Car « nous connaissons la vérité non seulement par la raison mais encore par le cœur » (Pascal, op. cit.) : « Souviens-toi que l’intelligence est au service du cœur, qui est notre vie. Si elle conduit le cœur à la vérité, à la paix, à la joie et à la vie, elle remplit son rôle, elle est vérité. Mais si elle conduit le cœur au doute, à l’agitation, à la tristesse, au découragement et aux ténèbres, elle ne remplit pas son rôle, elle est tout entière mensonge, science qui n’en mérite pas son nom » (Saint Jean de Cronstadt, « Ma vie en Christ »). En effet, considérées dans une perspective chrétienne, les sciences matérialistes sont fausses car elles ignorent la finalité de l’existence humaine, et cette ignorance du sens de sa vie plonge l’homme dans la détresse et le désespoir. La pensée scientifique qui ne reconnaît pas la vérité de Dieu, conduit forcément au désespoir car elle s’appuie sur « l’idée qu’on pense juste et bien si l’on pense que l’on vient de rien et que l’on va vers rien et que l’on n’est rien » (Bertrand Vergely, « Expérience de la transmission de la foi »). 

Aucune vérité scientifique – mathématique, chimique, biologique, astronomique etc. – ne pourra jamais remplacer la vérité du Christ, la seule qui donne un sens et une valeur à la vie humaine et qui nous apporte l’espoir du salut et de la vie éternelle : « Quelles que soient les voies où marchent les hommes dans le monde, ils n’y trouvent pas la paix tant qu’ils n’approchent pas l’espérance de Dieu. Le cœur n’est pas en paix, loin des peines et des obstacles, tant qu’il n’a pas atteint l’espérance. Mais quand il l’a trouvée, celle-ci l’apaise et le comble de joie. C’est là ce qu’a dit la bouche adorée, la bouche pleine de sainteté : « Venez à moi, vous tous qui êtes épuisés et accablés, et je vous donnerai le repos » (Mt. 11, 28). Approche, dit-Il, espère en moi et tu te reposeras de toute œuvre et de toute crainte » (Saint Isaac le Syrien, « Discours ascétiques »). 

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