Ajouté le: 19 Avril 2018 L'heure: 15:14

Si nous sommes morts avec Christ, nous croyons que nous vivrons aussi avec Lui

« C’est seulement dans la lumière de la Résurrection du Christ, que le Dieu-Homme Jésus montre dans une merveilleuse clarté et son visage et son œuvre. (…) Jusqu’à sa Résurrection, le Seigneur a donné un enseignement sur la vie éternelle, mais par sa Résurrection, il a montré qu’il est lui-même vraiment la vie éternelle. (…) Jusqu’à sa Résurrection, il a enseigné que la foi en lui fait passer de la mort à la vie, mais par sa Résurrection, il a montré qu’il a lui-même vaincu la mort et garanti de cette manière aux défunts le passage de la mort à la résurrection. (…) Mais pour que l’homme ressuscite avec le Christ , il faut d’abord qu’il meure avec le Christ et qu’il vive la vie du Christ comme la sienne propre »

Saint Justin Popovitch, « L’homme et le Dieu-Homme »

Lorsque le Christ affirme : « Moi, je suis la résurrection et la vie » (Jean 11, 25), il montre clairement le caractère personnel et vivant de son enseignement, que l’on ne peut suivre qu’en réalisant concrètement sa parole dans notre vie personnelle, de manière à devenir une Parole incarnée, comme l’a été le Christ lui-même. Pour que chacun puisse ressusciter avec le Christ, chacun doit revivre, à sa manière personnelle, la vie et la mort du Christ, comme nous le fait comprendre saint Paul lorsqu’il dit : « Je suis crucifié avec le Christ, et ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi » (Galates 2, 20). 

Notre vie sur terre sans le Christ n’est pas la vraie vie puisque sa destination finale est la mort. Le seul moyen de vaincre la mort c’est notre union personnelle avec le Christ, qui nous a fait don de son sang et de sa chair, afin que nous ayons son Esprit en nous, par lequel nous serons ressuscités des morts et nous recevrons la vie éternelle, car la vie de notre corps de chair n’a aucune substance propre ni aucune valeur si la vie du Christ n’habite pas en nous, la seule vie qui ne meurt jamais. Chacun de nous doit porter sa propre croix sur terre, qui doit s’unir à la croix du Christ pour que nos épreuves et nos souffrances en ce monde, et la mort elle-même, puissent devenir une source de félicité et de vie immortelle : « La croix personnelle de chacun, lorsqu’elle s’unit à la Croix du Christ, alors la puissance et l’action de celle-ci se communiquent à nous comme à travers un canal par lequel la Croix du Christ déverse sur nous ses bienfaits et ses dons parfaits. Par conséquent, les croix personnelles de chacun sont tout aussi nécessaires pour notre salut que la Croix du Christ. Vous ne rencontrerez aucun homme sauvé qui n’ait pas porté sa croix » (Saint Théophane le Reclus, « La Vie intérieure »). 

La croix, instrument de supplice et de mort, devient par le Christ une voie de salut qui nous donne accès à la vie éternelle. La passion du Christ, sa mort et sa Résurrection mettent en lumière cet aspect ambivalent de la croix : souffrance et abolition de la souffrance, mort et anéantissement de la mort. Ces deux aspects complémentaires sont indissociables et constituent par la personne du Christ une unité parfaite de sorte que, si nous suivons la voie du Christ, toutes nos souffrances en ce monde et notre mort elle-même perdent leur caractère tragique, car par sa Résurrection le Christ nous apporte la preuve qu’« en Dieu il n’y a nulle tragédie. La tragédie ne se trouve que dans le sort de l’homme dont le regard ne se porte pas au-delà des confins de cette terre. Le Christ Lui-même ne symbolise nullement la tragédie ; ses souffrances aux dimensions pancosmiques ne comportent aucun caractère tragique. Le chrétien qui a reçu le don de l’amour du Christ, bien qu’il soit conscient que ce don n’est pas encore complet, échappe lui aussi au cauchemar d’une mort qui détruit tout » (Archimandrite Sophrony, « Sa vie est la mienne »). 

Vivre sans le Christ, c’est vivre sans l’espoir de la résurrection et d’une vie après la mort, voie sans issue qui confère un caractère tragique et absurde à l’existence humaine. 

La soif de vivre la vie terrestre le plus intensément et le plus longtemps possible – tendance caractéristique des temps modernes – est en fait une forme de désespoir camouflée, qui reflète la croyance selon laquelle la mort et le néant sont la destination finale et définitive de notre existence terrestre, après laquelle il n’y a plus rien : « Pour la première fois dans l’histoire, nous voici dans une civilisation que cerne de toutes parts le néant. Jamais la mort n’a été autant refoulée, jamais pourtant elle n’a été aussi nue : la Bible et l’Évangile nous ont appris que chacun est unique, incomparable ; mais nous avons oublié la résurrection (pourquoi ? qui saurait répondre à ce pourquoi ?). Reste alors seulement la hideuse fosse noire où descend le cercueil, ou l’urne tiède, mais d’une tiédeur monstrueuse, qui n’est pas celle de la vie. Et l’horreur, sans autre remède que l’oubli, cette autre forme de mort » (Olivier Clément, « Corps de mort et de gloire »). 

Rien ne peut subsister là où Dieu n’est pas. Si nous existons c’est parce que Dieu existe. Dès que nous nous séparons de Lui, nous ne sommes que néant et la mort est la seule destination de notre vie sur terre. Car Dieu est pour l’homme « son principe ontologique et sa fin. (…) Pour être vrai, il faut qu’à chaque instant il soit et vive centré sur Dieu. Qu’il renie Dieu, et c’est lui-même qu’il renie, lui-même qu’il détruit » (Panayotis Nellas, « Le vivant divinisé »). 

La mort est entrée dans le monde par le péché d’Adam qui, en transgressant la volonté de Dieu, est devenu son propre ennemi et s’est donné lui-même la mort. La Résurrection du Christ rétablit le lien entre la créature mortelle et l’Être éternel, entre le monde terrestre et le Royaume des cieux qui est notre vraie demeure et le seul but réel de notre existence sur terre : « Où que s’en aille un homme, il finit toujours par revenir chez lui. Ainsi en est-il du chrétien, quel qu’il soit (…), où qu’il puisse être, quelle que soit la place qu’il occupe dans la société, quoi qu’il fasse, il doit se rappeler qu’il n’est pas chez lui, mais en voyage, en chemin, et qu’il lui faut revenir à la maison, vers son père, sa mère, ses frères et sœurs aînés. Cette maison, c’est le ciel ; son père, c’est Dieu, sa mère, la très pure Mère du Seigneur, ses frères et ses sœurs aînés sont les anges et les saints de Dieu. Et il doit aussi se rappeler que toutes ses obligations et occupations terrestres sont mensongères, que sa véritable obligation est le salut de son âme, l’accomplissement des commandements divins, la purification de son cœur » (Saint Jean de Cronstadt, « Ma vie en Christ »). 

En affirmant : « Mon royaume n’est pas de ce monde » (Jean 18, 36), le Christ nous fait comprendre que le Royaume des cieux doit être le seul but de l’existence humaine, en dehors duquel « tout est vanité et poursuite du vent » (Eccl. 1, 14). 

Tous les hommes, qu’ils soient croyants ou non, portent leur croix dans ce monde et auront à affronter les épreuves et les adversités de la vie. Mais pour les incroyants, la croix n’est qu’un instrument de supplice et de mort, tandis que pour ceux qui portent leur croix avec le Christ, les épreuves et les souffrances de cette vie, et la mort elle-même, leur ouvrent la voie vers une nouvelle naissance au Royaume des cieux : « La femme lorsqu’elle enfante a de la tristesse, parce que son heure est venue ; quand elle a donné jour à l’enfant, elle ne se souvient plus de sa douleur, à cause de la joie de ce qu’un homme soit né dans le monde. Vous donc aussi, vous avez maintenant de la tristesse ; mais je vous verrai de nouveau, votre cœur se réjouira, et nul ne vous ôtera votre joie. (…) Vous aurez de l’affliction dans le monde ; mais prenez courage, moi, j’ai vaincu le monde » (Jean 16, 21-23 ; 33).

Les choses et les êtres de ce monde nous semblent vrais mais ils ne contiennent aucune vérité propre car une vérité qui passe, qui n’existait pas hier et n’existera plus demain, n’est pas la vérité. La Résurrection du Christ est la seule vérité éternelle survenue sous une forme humaine dans le monde des choses mortelles. C’est pourquoi « le Dieu‑Homme ressuscité est la seule existence sous le ciel par laquelle l’homme sur cette terre puisse vaincre la mort, le péché et le diable, et siéger dans le bonheur et l’immortalité, en concitoyen du Royaume éternel de l’Amour du Christ. C’est pour cela, par son existence humaine, que le Seigneur ressuscité est tout en tous, dans tous les mondes. (…) Il est tout notre Amour, toute notre Vérité, toute notre Joie, tout notre Bien, toute notre Vie, il est la Vie éternelle dans toutes les éternités et infinités divines. Pour cela, disons-le à nouveau, et souvent et d’innombrables fois : le Christ est ressuscité ! » (Saint Justin Popovitch, op. cit.).

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