Ajouté le: 14 Octobre 2017 L'heure: 15:14

Le combat contre les mauvaises pensées

« Autant il est plus facile de pécher en pensée que de pécher par action, autant le combat que nous menons au milieu des pensées est plus dur que le combat au milieu des choses. Les choses sont en dehors de l’intelligence, mais leurs pensées sont au-dedans. C’est donc dans l’intelligence qu’il nous est donné d’user bien ou mal des unes et des autres. Car le mauvais usage des choses suit l’usage erroné des pensées. (…) Ne fais pas un mauvais usage des pensées, pour n’être pas contraint de faire aussi un mauvais usage des choses. Car si l’on ne péchait pas d’abord en pensée, on ne pécherait jamais en action »

Saint Maxime le Confesseur, « Centurie II – sur l’amour »

Les pensées constituent notre corps invisible, notre être intérieur, qui représente notre personne réelle, dont le corps visible n’est qu’une enveloppe. C’est pourquoi, lorsque nous sommes plongés dans nos pensées, il nous arrive d’oublier notre corps de chair et le monde extérieur. C’est la pensée qui décide toutes nos actions, nos choix, nos objectifs et l’orientation générale de toute notre vie, l’homme corporel n’étant qu’un simple exécutant des décisions prises par notre esprit. De là, l’importance primordiale de nos pensées qui déterminent l’ensemble de nos actes et de notre existence : « Notre vie est à l’image des pensées qui nous occupent. (…) La pensée est à l’origine de tout, en bien ou en mal. (…) Tout ce qui se manifeste sur cette terre, toutes les bonnes choses comme tout ce qui est négatif, tout provient de la pensée » (Starets Thaddée, « Paix et joie dans le Saint-Esprit »). 

Les paroles du starets cité ci-dessus ont été pleinement confirmées par l’histoire du XXe siècle, le siècle des idéologies totalitaires. En effet, c’est la pensée démente d’Hitler qui, en contaminant comme une peste mentale l’esprit de ses contemporains, a causé le malheur du peuple allemand et a provoqué la seconde guerre mondiale. C’est l’idéologie nazie qui a tué des millions d’hommes, de femmes et d’enfants juifs, les chambres à gaz n’ont été qu’un instrument de ce système de pensée démoniaque, qui a mis en pratique les idées mégalomanes de Nietzsche. Celui-ci, qui s’est donné lui-même le surnom d’Antéchrist, n’a pas tué de sa propre main, mais sa pensée selon laquelle « la morale est une manifestation contre-nature » et la vertu une « hémiplégie» de l’esprit (Cf. « La volonté de puissance »), cette pensée satanique, farouchement antichrétienne, récupérée par la doctrine nazie, a fait des millions de victimes humaines, de même que la pensée de Marx, dans ses diverses versions, stalinienne, maoïste, cambodgienne, etc. 

La pensée humaine a le pouvoir de créer ou de détruire, d’apporter la joie ou le malheur, de donner la vie ou la mort. « Il nous faut donc faire beaucoup d’efforts, car nous sommes en fait un appareil à réfléchir qui propage des pensées, des rayons de pensées par lesquels nous exerçons une influence sur tous les êtres pensants, sur le monde animal et l’univers des plantes (celles-ci disposent aussi d’une sorte de système nerveux), et tous attendent que nous leur apportions paix, réconfort et amour » (Starets Thaddée, op. cit.). 

Le plus souvent nos pensées sont changeantes, instables et contradictoires, l’esprit humain étant un lieu de combat perpétuel entre des pensées qui semblent provenir de plusieurs volontés différentes ou opposées l’une à l’autre, qui habitent dans un seul et même esprit. En effet, selon saint Jean Cassien, « il y a trois principes de nos pensées : Dieu, le démon et nous-mêmes. (…) Il nous faut être continuellement en éveil quant à cette triple cause de nos pensées, et appliquer à toutes celles qui émergent dans nos cœurs un sagace discernement » (Saint Jean Cassien, « Les Collations »). 

De ces trois catégories de pensées, seules celles qui viennent de Dieu et orientent notre esprit et notre cœur vers Lui, sont bénéfiques et nécessaires, et doivent être préservées, cultivées et raffermies. Car les pensées qui viennent de l’homme seul, l’attachent à sa personne mortelle et à ce monde périssable, où « tout est vanité et poursuite du vent » (Eccl. 1, 14) : « L’Éternel connaît les pensées de l’homme, / Il sait qu’elles sont vaines » (Ps. 94, 11). Quant aux pensées qui viennent du démon, elles sont facilement reconnaissables car, depuis la tentation d’Adam et jusqu’à nos jours, elles nous suggèrent toujours de faire le contraire de la volonté de Dieu, donc le contraire de ce qui est bon pour nous, en nous présentant le mal sous l’apparence du bien, et le bien sous l’apparence du mal, car Satan sait se déguiser en ange de lumière (Cf. 2 Cor. 11, 14). Cette inversion des valeurs est la marque même du démon, et ceux qui tombent dans ce piège courent à leur perte : « Malheur à ceux qui appellent le mal bien, et le bien, mal, / Qui changent les ténèbres en lumière et la lumière en ténèbres » (Esaïe 5, 20). 

Les pensées sont, certes, immatérielles, et de ce fait nous semblent inoffensives et irréelles, c’est pourquoi « on dit que les pensées n’ont aucune valeur. Il s’agit en fait d’une force et d’un pouvoir énormes » (Starets Thaddée, op. cit.), car elles déterminent l’ensemble de notre existence et peuvent détruire notre âme si nous en faisons un mauvais usage : « Les tentations et les pièges des passions commencent par des imaginations insignifiantes, qui se glissent furtivement et insensiblement comme une fourmi, mais à la fin gonflent à tel point qu’ils représentent pour celui qui en est victime un danger non moindre que l’attaque d’un lion » (Saint Nikodème l’Athonite, « La garde des cinq sens »). 

Pour nous persuader du danger très réel que représentent les forces maléfiques qui se manifestent par les mauvaises pensées, les Saints Pères utilisent souvent des métaphores et des allégories empruntées au monde naturel et aux êtres corporels, au milieu desquels nous vivons et que nous connaissons mieux que le monde des esprits. Ainsi les mauvaises pensées sont présentées par Évagre le Pontique comme étant l’équivalent sur le plan spirituel des maladies et des bêtes nuisibles, qui au lieu de détruire notre corps, détruisent notre âme : « Les pensées de l’homme en colère sont des vipères qui dévorent le cœur de celui qui les a engendrées ». « Des renards habitent dans une âme rancunière ». «L’orgueil est une tuméfaction de l’âme pleine de pus ». « La tristesse est une gueule de lion qui engloutit l’homme triste ». « Un ver du cœur est la tristesse, qui dévore la mère (l’âme) qui lui donne naissance » (Évagre le Pontique, « Le combat contre les pensées »). 

La force des mauvaises pensées est telle que notre volonté est souvent insuffisante pour les combattre, ce qui prouve l’existence d’une volonté maléfique, plus forte que la nôtre, qui nous envoie ces pensées et que nous ne pouvons vaincre qu’avec l’aide de Dieu: « Car nous n’avons pas à lutter contre la chair et le sang, mais contre les principautés, contre les pouvoirs, contre les dominateurs des ténèbres d’ici-bas, contre les esprits du mal dans les lieux célestes ». « Revêtez-vous de toutes les armes de Dieu, afin de pouvoir tenir ferme contre les manœuvres du diable (…) : ayez à vos reins la vérité pour ceinture ; revêtez la cuirasse de la justice ; mettez pour chaussures à vos pieds les bonnes dispositions que donne l’Évangile de paix ; prenez en toute circonstance le bouclier de la foi, avec lequel vous pourrez éteindre tous les traits enflammés du Malin ; prenez aussi le casque du salut et l’épée de l’Esprit, qui est la parole de Dieu » (Éphésiens 6, 11-17).

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