Ajouté le: 18 Mai 2017 L'heure: 15:14

Heureux ceux qui pleurent car ils seront consolés (Mt. 5, 4)

« Pour l’homme qui a la foi, le dard empoisonné de l’affliction a perdu son pouvoir. L’espoir confiant a remplacé l’amer désespoir de la souffrance, et ses peines ne sont plus insupportables, car elles produisent un doux fruit. Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car la souffrance est le feu qui révèle l’or véritable. La souffrance est le burin du sculpteur qui rend la statue encore plus merveilleuse. Les souffrances sont les chemins pleins d’épines et effrayants qui conduisent vers des sommets ensoleillés et des splendeurs de Paradis. Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse ! Jésus Christ Lui-même a sanctifié le chemin de la souffrance par Ses propres pieds ! »

Archimandrite Seraphim Aleksiev, « Le sens de la souffrance »

Le Christ « qui est la mesure de toutes choses, divines et humaines » (Archimandrite Sophrony) nous a montré par son propre exemple le sens et la valeur de la souffrance : « Quiconque ne porte pas sa croix et ne marche pas sur mes traces, ne peut pas être mon disciple » (Lc. 14, 27). Car sans le Christ l’homme est bien trop faible et impuissant devant toutes les adversités, les souffrances, les épreuves et les malheurs de toutes sortes, qu’il aura a affronter tout au long de son existence terrestre. Sans Dieu, la vie humaine est un combat perdu d’avance, une défaite totale et inévitable, qui anéantit tout ce que nous possédons et notre vie elle-même : « Le dernier acte est sanglant quelque belle que soit la comédie en tout le reste. On jette enfin de la terre sur la tête et en voilà pour jamais » (Pascal, « Pensées »). 

L’homme n’a pas été fait pour souffrir, ni pour mourir. La souffrance et la mort sont entrées dans le monde par le péché d’Adam qui a rompu son alliance avec Dieu et a fait un pacte avec l’ennemi de l’homme et de la vie. Le péché est une maladie de l’âme et la souffrance nous rappelle tout au long de notre existence que nous sommes malades et que nous devons guérir. Mais il est impossible à l’homme de rétablir par ses propres moyens la bonne santé de son âme et de vaincre à lui seul le pouvoir du péché et la domination de la mort. La souffrance est aussi un moyen de ramener l’homme déchu auprès de Dieu, sans lequel il n’y a aucun salut pour l’homme ni aucun remède contre la mort. 

Àmesure que l’homme progresse dans sa connaissance rationnelle du monde et de la vie, « la souffrance dévoile à son intellect contemplatif à la fois sa propre imperfection et celle du monde qui l’entoure » (Archimandrite Sophrony, « Sa vie est la mienne »). Lorsqu’il prend conscience du fait que sa situation sur terre est sans issue et qu’il n’a aucun moyen de vaincre le péché et la mort par ses propres forces, l’homme n’a pas d’autre choix, s’il veut sauver son âme, que de se tourner vers Dieu : « L’angoisse de notre esprit est si suffocante qu’aucune douleur physique ne peut se comparer à cette souffrance métaphysique. Avec les dernières forces qui nous restent, nous implorons l’aide d’en Haut. Plongés dans le péché, nous nous voyons séparés de Dieu et du fond de l’abîme nous crions : « La mort m’a frappé. Viens me guérir. Viens et purifie-moi de toute souillure. (…) Je suis en captivité dans les ténèbres. Je n’ai pas de force pour m’élever jusqu’ à Toi » (Archimandrite Sophrony, op. cit.). 

De même qu’un malade ne peut guérir un autre malade, aucun être humain ne peutsauver l’homme. C’est pourquoi le Christ a dit : «sans moi vous ne pouvez rien faire » (Jn. 15, 5). 

La chair et le sang du Christ sont infiniment plus précieux que notre propre chair et notre propre sang, car notre corps de chair est mortel, tandis que la chair et le sang du Christ nous donnent la vie éternelle, qui ne vient pas de l’homme mais de Dieu : « Dieu qui nous a ramenés de l’inexistence à l’existence, est davantage notre Père que ceux qui nous ont engendrés et qui ont reçu eux aussi de Lui et leur existence et la capacité d’engendrer ». (Saint Jean Damascène, « La dogmatique »). 

Ce que nous appelons « la vie » n’est que le parcours tragique de l’homme déchu qui le conduit inéluctablement à la mort. Le vrai nom de la vie est Dieu, et c’est le Christ qui nous a redonné cette vie que nous avions perdue, qui vient du Père et qui ne meurt pas : « Si l’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité le Christ-Jésus d’entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous » (Rom. 8, 11). 

C’est parce que la voie du Christ conduit à la résurrection et à la vie éternelle que ses souffrances et sa mort sur la croix n’ont rien tragique. « La tragédie de la création vint avec la chute » et prend fin avec elle, car « en Dieu, il n’y a nulle tragédie » (Archimandrite Sophrony op. cit.). De même, si nous suivons la parole et la voie du Christ, nos souffrances en ce monde et notre nature mortelle perdent leur caractère tragique et deviennent un chemin de vie et de résurrection : « Si nous sommes morts avec Christ, nous croyons que nous vivrons aussi avec lui, sachant que Christ ressuscité d’entre les morts, ne meurt plus ; la mort ne domine plus sur lui » (Rom. 6, 8-9). 

L’existence de l’homme sans Dieu n’est que ténèbres : aucune issue, aucun secours, aucune lueur d’espoir nulle part. C’est pourquoi « l’âme doit savoir une seule chose : ce n’est qu’en Dieu qu’elle trouvera la paix et la fin de sa quête » (Moniale Ardalionova, « La vie de la mère supérieure Arsenia ») : 

« L’Éternel est ma lumière et mon salut : 
De qui aurais-je crainte ? 
L’Éternel est le soutien de ma vie : 
De qui aurais-je peur ? » (Ps. 27, 1). 

Chaque fois que nous traversons une épreuve douloureuse, chaque fois qu’un malheur nous frappe, souvenons-nous que le Christ a sanctifié les souffrances de l’homme et en a fait un moyen de salut : « Vous aurez de l’affliction dans le monde ; mais prenez courage, moi, j’ai vaincu le monde » (Jn. 16, 33). 

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