Ajouté le: 11 Octobre 2016 L'heure: 15:14

Esperant contre toute esperance (Rom. 4, 18)

« L’incarnation de Dieu dans l’homme, qui fait de l’homme un dieu autant que Dieu lui-même est devenu homme, cette incarnation est une ferme raison de se confier dans l’espérance de la déification de la nature humaine. Car il est clair que Celui qui, sans péché, est devenu homme, déifiera la nature sans rien changer à la divinité, et qu’il l’élèvera à travers lui-même autant qu’il s’est abaissé à travers l’homme. C’est ce qu’enseigne mystiquement le grand Apôtre, quand il dit que sera montrée dans les siècles à venir la surabondante richesse de la bonté de Dieu pour nous (Cf. Ephés. 2, 7) ».

Saint Maxime le Confesseur, « Centurie III sur la théologie »

L’homme sans Dieu est un homme sans espoir. Les menaces qui pèsent sur son existence, sur ses proches et sur les biens qu’il possède sont innombrables et viennent de tous les côtés : catastrophes naturelles, guerres, terrorisme, maladies incurables, accidents de la route, crise économique, chômage, pauvreté, persécutions, injustices, et une quantité incalculable de soucis, chagrins, déceptions, adversités et épreuves diverses que nous traversons durant toute notre vie, avec, en fin de parcours, l’inévitable destination finale de toute existence terrestre: la vieillesse et la mort. Sans Dieu et sans l’espoir de la vie éternelle, l’existence humaine n’est pas plus heureuse que celle des bestiaux qui finiront leurs jours à l’abattoir, ni plus importante que celle d’un moucheron qui s’agite l’espace d’un instant au milieu du néant cosmique : « Je ne vois que des infinités de toutes parts, qui m’enferment comme un atome et comme une ombre qui ne dure qu’un instant sans retour. Tout ce que je connais est que je dois bientôt mourir » (Pascal, « Pensées »).

Quand on connaît la fin inéluctable de notre existence terrestre – et tous les hommes la connaissent – tous les espoirs que nous pouvons concevoir en ce monde – et ils sont innombrables – apparaissent dérisoires et vains: « L’espoir, c’est la forme normale du délire », remarquait Émile Cioran (« Précis de décomposition »).

Les espoirs de l’homme terrestre, attaché aux choses de ce monde, sont en effet tout le contraire des espoirs que nous donne la parole du Christ, qui nous enseigne à amasser des trésors non pas sur la terre mais dans le ciel (Cf. Mt. 6, 19-20). L’homme terrestre espère trouver le bonheur en ce monde, le Christ affirme : « Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés ». Le cœur de l’homme terrestre est plein d’orgueil, d’avidité et d’appétits impurs, le Christ nous enseigne : « Heureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu ». L’homme terrestre voudrait ne jamais subir aucun préjudice, aucune persécution ou injustice, le Christ nous dit : « Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des cieux est à eux ». L’homme terrestre cherche le pouvoir, la gloire et les honneurs de ce monde, sans se soucier du salut de son âme, le Christ nous enseigne tout le contraire : « Heureux serez-vous, lorsqu’on vous insultera, qu’on vous persécutera, qu’on répandra sur vous toutes sortes de calomnies à cause de moi. Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, parce que votre récompense sera grande dans les cieux » (Mt. 5, 4-11).

Ceux qui mettent leurs espoirs dans les choses périssables de ce monde sont privés en fait de tout espoir, car tout ce qu’ils auront acquis et possédé sur terre, leur sera ôté à l’heure de la mort, de sorte qu’ils n’auront obtenu ni les trésors de ce monde ni les trésors du ciel.

Les espoirs illusoires qui nous attachent à ce monde sont en fait une source de désespoir car ils nous éloignent du seul espoir réel et nécessaire, la foi en Dieu et en la vie éternelle : « Le désespoir c’est l’inconscience où sont les hommes de leur destinée spirituelle » (Kierkegaard, « Traité du désespoir »).

L’homme sans Dieu considère la mort comme la fin totale et définitive de l’existence et met tous ses espoirs dans sa vie terrestre – « Tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir », dit un bien connu dicton français – , tandis que pour le chrétien qui croit à la résurrection des morts et à la vie éternelle, «la mort n’est nullement la fin de tout (…) ; et elle implique infiniment plus d’espoir que n’en comporte pour nous la vie, même débordante de santé et de force » (Kierkegaard, op. cit.).

Avoir la foi c’est espérer en Dieu contre toute espérance terrestre, en affrontant les malheurs, les souffrances et les épreuves de la vie avec sérénité et confiance inébranlable, car le croyant « tient du christianisme un courage qu’ignore l’homme naturel » (Kierkegaard, op. cit.) : « Si quelqu’un a arraché son âme à l’attachement et au désir des choses sensibles et l’a unie à Dieu, non seulement il méprisera l’argent et les choses qui l’entourent (…) et il ne souffrira pas s’il en est privé, mais il supportera aussi les afflictions de son corps avec joie et avec l’action de grâce qui convient. Car il voit continuellement, selon l’Apôtre divin, l’homme extérieur dépérir et l’homme intérieur se renouveler de jour en jour (Cf. 2 Cor. 4, 16). Il n’est pas possible autrement de supporter avec joie les souffrances que nous endurons de par Dieu. Car il faut ici une connaissance parfaite et une sagesse spirituelle. Celui qui est privé de ces choses ne cesse de marcher dans les ténèbres de l’ignorance et du désespoir » (Saint Syméon le Nouveau Théologien, « Chapitres pratiques et théologiques »).

Cet homme perdu dans les ténèbres de l’ignorance et du désespoir est celui qui croit être une créature humaine seulement – mammifère vertébré, bipède, doté de raison et de langage articulé – et rien d’autre. L’homme qui a oublié ou ignore et renie sa nature divine, semblable à un amnésique qui ne sait plus qui il est, est malheureusement devenu le modèle anthropologique dominant du monde moderne, le seul considéré comme vrai par les sciences matérialistes d’aujourd’hui. Cette vision fausse de l’homme et de la destinée humaine est la source principale de tous les déséquilibres, désordres, convulsions et crises que traverse le monde contemporain. Car « l’esprit de ce monde est une maladie » et « la connaissance privée de la lumière d’en haut, une catastrophe » (Païssios l’Athonite, « Paroles (T. 1) »).

L’homme possède, certes, une nature propre – l’ensemble des traits caractéristiques de l’espèce humaine – mais n’existe pas par sa propre nature, car il est entièrement composé d’éléments matériels et spirituels qui ne viennent pas de lui, mais lui ont été attribués par son Créateur : « Qu’as-tu que tu n’aies reçu ? Et si tu l’as reçu, pourquoi te glorifies-tu, comme si tu ne l’avais pas reçu ? » (1 Cor. 4, 7).

L’homme n’existe pas par lui-même. La vie et l’être lui ont été donnés par Dieu, sans Lequel il n’est que poussière et retournera dans la poussière (Cf. Gn. 3, 19) : « Nous devons être humbles et bien conscients de notre néant devant Dieu, en comprenant que la seule chose qui fait de nous des hommes véritables est le souffle de vie que Dieu, notre Créateur, a mis en nous. Sans celui-ci nous ne sommes que poussière » (Archimandrite Zacharie Zacharou, « L’homme caché du cœur »).

L’homme mortel n’est pas le véritable homme et tous ses espoirs terrestres sont vains et illusoires, car il n’est rien par lui-même et ne peut rien bâtir qui ne soit tôt ou tard anéanti. L’être réel de l’homme c’est l’Esprit de Dieu, qui lui a donné la vie et demeure dans son corps mortel : « Ne savez-vous pas ceci : votre corps est le temple du Saint-Esprit qui est en vous et que vous avez reçu de Dieu, et vous ne vous appartenez pas à vous-mêmes ? » (1 Cor. 6, 19).

L’oubli de notre identité réelle, qui vient de Dieu et non de nos parents terrestres, est un danger mortel pour notre âme, un aveuglement spirituel d’origine démoniaque, destiné à couper le lien avec l’Esprit de Dieu et à nous attacher à notre corps mortel et aux biens

périssables de ce monde. Pour ne jamais oublier que « Dieu est le seul qui répond à tout ce que l’âme humaine désire », « les Saint Pères disent que, dès notre réveil, notre attention doit se fixer sur le Seigneur, afin que nos pensées soient unies au Seigneur et que nous puissions ainsi tout au long de la journée nous souvenir du Seigneur. Les Saints Pères priaient : « Seigneur, sauve-moi de l’oubli » (Starets Thaddée, « Paix et joie dans le Saint-Esprit »).

Espérer contre toute espérance, c’est se souvenir en toute circonstance – et tout particulièrement lorsque nous avons à affronter les adversités et les épreuves de la vie –, que Dieu est partout présent, que tout se fait selon sa volonté et qu’Il veille sur nous à chaque instant comme un père sur ses enfants : « C’est pourquoi ne vous affligez nullement car au-dessus de tous et de tout il y a Dieu » (Païssios l’Athonite, « Paroles t. 2 »).

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