Ajouté le: 16 Mai 2016 L'heure: 15:14

Comme tous meurent en Adam, de même, tous ressusciteront en Christ (1 Cor. 15, 22)

« Le Seigneur a accompli notre salut par Sa mort sur la Croix ; par la Croix, il a effacé nos péchés et nous a réconciliés avec Dieu le Père ; par la Croix il a fait descendre sur nous le don de la grâce et toutes les bénédictions du Ciel. Telle est la Croix du Seigneur en elle-même. Mais chacun de nous reçoit en partage sa puissance de rédemption seulement par sa propre croix. La croix personnelle de chacun doit s’unir à la Croix du Christ, pour que la puissance et l’action de celle-ci nous soient communiquées, devenant une sorte de canal par lequel la Croix du Christ nous dispense ses bienfaits et chacun de ses dons divins. Par conséquent, notre croix personnelle est tout aussi nécessaire pour notre salut que la Croix du Christ. Aucun homme n’a été sauvé sans avoir porté sa croix »

Saint Théophane le Reclus, « Trois paroles sur la nécessité de porter sa croix »

Pourquoi avons-nous besoin de Dieu ? Le philosophe Léon Chestov (1866-1938) donne la réponse suivante à cette question : « La seule vraie issue est précisément là où il n’y a pas d’issue au jugement humain. Sinon, qu’aurions-nous besoin de Dieu ? On ne se tourne vers Dieu que pour obtenir l’impossible. Quant au possible les hommes suffisent » (L. Chestov cité par A. Camus dans le « Mythe de Sisyphe »).

Aucun homme ne se contente du possible. C’est possible de devenir millionnaire, star de cinéma, artiste célèbre, président de la république, mais ce ne sera jamais suffisant car tout ce qui est possible est humain, et ce qui est humain est soumis à l’usure du temps et sera anéanti tôt ou tard. Ce qui n’existe qu’un certain temps – que ce soit une minute, un siècle ou dix mille ans –, est de la même nature qu’une projection cinématographique : lorsque le film est fini, l’écran reste parfaitement blanc et vide car rien de ce qu’on avait vu et entendu n’était réel : « Tout ce qui passe est mensonge : seul ce qui est éternel est vrai » (Saint Tikhon de Zadonsk, « Lettres de sa cellule »).

Le Christ nous a enseigné par sa parole et par ses actes que ce qui passe n’est pas la vérité : « Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront pas » (Marc 13, 31). La vie que nous recevons de nos parents vient de ce monde et passera comme le monde, mais la nouvelle vie que nous donne le Christ, par sa Résurrection qui a vaincu la mort, ne passera jamais : « Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi vivra, quand même il serait mort ; et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais » (Jn. 11, 25).

Ce que nous appelons « science » vient de ce monde et ne peut connaître que les choses de ce monde, qui, n’étant pas éternelles, ne sont pas la vérité. C’est pourquoi « la sagesse de ce monde est folie devant Dieu. » Aussi est-il écrit : « Il prend les sages dans leur fourberie » (Job 5, 13). Et encore : « Le Seigneur connaît les raisonnements des sages, / Il sait qu’ils sont vains. (Ps. 94, 11) » (1 Cor. 3, 19-20).

La science de ce monde nous trompe lorsqu’elle affirme et nous fait croire que seul ce qui est possible selon la raison humaine, est vrai : « Comme un voile posé sur tes yeux, telles sont les pensées terrestres » (Saint Maxime le Confesseur). Ce qui est possible appartient à ce monde, et ce monde a pris, après la chute d’Adam, une voie contraire à la vérité et à la vie.

La situation sur terre de l’homme dit « normal » est celle d’un condamné à mort qui attend le jour de son exécution. Mais la mort n’est pas un phénomène normal, car l’homme a été créé éternel, à l’image de son Créateur. Sa condition mortelle étant contraire à sa nature réelle, l’homme ne se contente jamais des choses qui passent : « L’âme est immortelle, c’est pourquoi elle ne peut se contenter de la matière corruptible et périssable, mais seulement de la divinité vivante et immortelle » (Saint Tikhon de Zadonsk, op. cit.).

Le Christ ne nous promet pas le possible – un meilleur salaire, une bonne santé, une existence plus confortable, une vie plus longue etc. –, car le monde des choses qui passent n’est pas le monde réel. C’est pourquoi le Christ a dit : « Mon royaume n’est pas de ce monde » (Jn. 18, 36).

Cette vie ici-bas n’est pas la vraie vie et la créature mortelle n’est pas l’homme réel. C’est le message que nous adresse le Christ par sa mort sur la croix, en tant qu’homme, et sa Résurrection en tant que Dieu. La défaite de l’homme terrestre devient ainsi la victoire de l’homme divin : « Dans le Christ, toutes choses en ce monde (…) deviennent une ascension, une entrée vers et dans une nouvelle vie (…). En ce monde, souffrance et maladie sont, en vérité, « normales », mais c’est précisément cette « normalité » qui est anormale. Elles révèlent la défaite ultime et permanente de l’homme et de la vie, défaite qu’aucune victoire partielle de la médecine (…) ne peut finalement surmonter. Mais dans le Christ la souffrance n’est pas abolie : elle est transformée en victoire. La défaite elle-même devient victoire, voie et entrée dans le Royaume et c’est là la seule véritable guérison » (Père Alexandre Schmemann, « Pour la vie du monde »).

Le Christ n’a pas changé la condition de l’homme en ce monde. Après sa mort et sa Résurrection, les hommes souffrent et meurent comme avant. Croyants ou non, nous portons tous la croix de la condition humaine, nous monterons tous sur le Golgotha et nous serons tous crucifiés. Mais de même que les deux brigands crucifiés en même temps que le Christ, nous avons le choix : souffrir et mourir avec le Christ, ressusciter avec Lui et entrer avec Lui au Royaume de son Père : « En vérité, je te le dis, aujourd’hui tu seras avec moi au paradis » (Luc 23, 43) ; ou souffrir et mourir sans le Christ et sans aucun espoir de salut ni sur cette terre ni dans l’autre monde.

Avec le Christ, toutes les faiblesses, les imperfections, les souffrances de l’homme et la mort elle-même, deviennent un moyen de salut et une voie vers la vie éternelle : « Semé corruptible, on ressuscite incorruptible. Semé méprisable, on ressuscite glorieux. Semé plein de faiblesse, on ressuscite plein de force. Semé corps naturel, on ressuscite corps spirituel. (…) »

Lorsque ce corps corruptible aura revêtu l’incorruptibilité, et que ce corps mortel aura revêtu l’immortalité, alors s’accomplira la parole qui est écrite : « La mort a été engloutie dans la victoire » (Es. 25, 8). « O mort, où est ta victoire ? / O mort, où est ton aiguillon ? » (Os. 13, 14) (1 Cor. 15, 42-44 ; 54-55).

Ce que l’homme sans Dieu, qui ne connaît que ce monde, appelle « vie » est en vérité la victoire de la mort, puisque tous les êtres vivants de la terre doivent mourir un jour ou l’autre. Le Christ lui-même est mort comme tous les hommes et il n’a pas inventé un remède ou un vaccin contre la mort biologique de l’homme, comme le ferait un médecin.

Tous les hommes doivent mourir mais leur mort n’est pas la même. L’homme attaché à sa chair et à ce monde va mourir en même temps que sa chair et que les choses de ce monde. L’homme qui reçoit le Christ dans son cœur et dans son esprit mourra lui aussi, mais sa mort sera transformée par l’esprit du Christ en vie éternelle, car cette vie ne vient pas de l’homme mais de Dieu. En nous donnant sa vie, son corps et son sang, le Christ devient notre propre vie et nous devenons immortels comme Lui : « En Lui la mort elle-même devient un acte de vie, car Il l’a remplie de lui-même, de son amour, de sa lumière. (…) Et si je fais mienne cette nouvelle vie, miennes cette faim et cette soif du Royaume, (…) mienne la certitude que le Christ est vie, ma mort elle-même sera un acte de communion avec la vie (…). Je sais que dans le Christ, ce grand passage, la « Pâques » du monde, a commencé, je sais que la lumière du « monde à venir » nous vient dans la joie et la paix de l’Esprit-Saint, car le Christ est ressuscité et c’est le règne de la vie. » (Père Alexandre Schmemann, op. cit.).

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