« Accorde-moi, Seigneur, de pouvoir recevoir dans ta paix tout ce que ce jour m’apportera. Rends-moi digne de me soumettre entièrement à ta Sainte Volonté, et à chaque instant aujourd’hui conseille-moi et guide-moi en toute chose. Et quelles que soient les nouvelles que je recevrai au cours de cette journée, apprends-moi à les accueillir avec tranquillité, fermement établi dans la foi que ta Sainte Volonté est par-dessus tout. (…) Ne me laisse pas oublier, lorsque le malheur frappe, que tout ce qui arrive vient de Toi. (…) Et donne-moi, Seigneur, la force de porter la charge de ce jour et d’endurer tout ce que Tu m’auras donné. Dirige ma volonté et apprends-moi à prier, à croire et à espérer, à être patient, à pardonner et à aimer. Amen. »
(La prière des starets du monastère d’Optina)
L’homme moderne, qui s’est éloigné de Dieu, vit dans un état permanent de stress, d’inquiétude, de peur. Les ennemis qui menacent sa personne sont partout et peuvent frapper à n’importe quel instant, venant à la fois de l’extérieur – accidents de la route, virus mortels, attentats terroristes, catastrophes naturelles, nucléaires, aériennes etc. – et de son propre organisme : les maladies qui peuvent le frapper et le tuer sont en effet aussi nombreuses que ses organes et ses cellules. Un homme menacé à chaque instant, de tous les côtés, durant toute sa vie, et qui finira par succomber tôt ou tard sous les coups de ses ennemis – telle est la situation sur terre de l’homme sans Dieu : « Le dernier acte est sanglant quelque belle que soit la comédie en tout le reste. On jette enfin de la terre sur la tête et en voilà pour jamais » (Pascal, « Pensées »).
Un condamné à mort, pourrait-il vivre heureux et sans souci en attendant le jour de son exécution ? Oui, il le pourrait, à condition que sa foi en Dieu soit totale et inébranlable. Car l’homme qui croit en Dieu ne croit pas à la mort, et l’homme qui croit à la mort, ne croit pas en Dieu : « La mort, si l’homme sait la comprendre, est immortalité. Mais pour les ignorants, qui ne la comprennent pas, la mort est vraiment la mort. Ce n’est pas cette mort-là qu’il faut craindre, mais la perdition de l’âme, laquelle est dans l’ignorance de Dieu. C’est cela qui, pour l’âme, est redoutable » (Saint Antoine le Grand, « Exhortations »).
Nous n’avons peur – quelle que soit la cause réelle ou imaginaire de cette peur – que dans la mesure où notre foi est faible et chancelante. La source unique de toutes nos inquiétudes et de toutes nos peurs est notre intelligence humaine qui ne connaît et ne peut connaître que les choses de ce monde – et même cette connaissance-là est loin d’être complète et parfaite. Dès lors que nous nous fions à notre raison humaine, en tant que critère suprême de vérité – « il n’y a aucune instance au-dessus de la raison » proclamait avec une ahurissante fatuité le père de la psychanalyse (« L’avenir d’une illusion ») – nous plaçons l’intelligence humaine au-dessus de la sagesse de Dieu et nous prétendons savoir parfaitement ce qui est vrai et ce qui ne l’est pas, ce qui est bon ou mauvais pour nous et pour les autres, ce qui est bien et ce qui est mal. Nous succombons par conséquent à la même tentation qu’Adam qui a voulu égaler Dieu en mangeant du fruit de la connaissance du bien et du mal. La connaissance humaine est insuffisante et imparfaite même lorsqu’il s’agit de ce monde-ci, qui reste en grande partie inexplicable et impénétrable au moyen de notre intelligence et de nos sciences. Celui qui met son intelligence au-dessus de la sagesse de Dieu, se prosterne devant une idole forgé à l’image de l’homme mortel qui ne peut connaître rien d’autre que des choses mortelles comme lui. Autrement dit, quel que soit son objet d’étude – les galaxies, les atomes, les océans, les organismes vivants, les civilisations humaines – l’homme qui se fie à sa propre intelligence ne peut connaître, en dernière instance, qu’une seule vérité ultime et suprême : la mort, car tout ce qui existe en ce monde doit disparaître un jour ou l’autre.
La source principale de toutes nos peurs est par conséquent la connaissance limitée et imparfaite de l’homme mortel qui ne pouvant tout comprendre, sombre dans le désespoir, la détresse et la peur. Le seul remède contre toutes nos peurs est la foi en Dieu, dont la sagesse surpasse infiniment l’intelligence de l’homme et qui étant le Bien suprême ne peut vouloir et faire que le bien, même si ses voies sont souvent impénétrables pour l’intelligence humaine : « Confie-toi en l’Éternel de tout ton cœur, / Et ne t’appuie pas sur ta sagesse ; / Reconnais-le dans toutes tes voies, / Et il aplanira tes sentiers. / Ne sois pas sage à tes propres yeux » (Prov. 3, 5-7).
Nous ne devons pas nous fier à notre propre intelligence, car l’esprit humain s’est séparé de Dieu, à la suite du péché d’Adam. Ayant mangé du fruit défendu, celui-ci n’a pas acquis la connaissance du bien et du mal, mais seulement la connaissance du mal car toute volonté contraire à celle de Dieu est mauvaise et ne peut engendrer que le mal. Ce n’est pas l’esprit de l’homme mais l’Esprit de Dieu qui fait de nous des hommes, de sorte que, en se détachant de Dieu, l’homme cesse d’exister, même s’il reste biologiquement vivant : «Dieu n’est pas pour l’homme un « principe » extérieur dont il dépendrait, mais son principe ontologique et sa fin. (…) Pour être vrai, il faut qu’à chaque instant il soit et vive centré sur Dieu. Qu’il renie Dieu, et c’est lui-même qu’il renie, c’est lui-même qu’il détruit » (Panayotis Nellas, « Le vivant divinisé »).
Chaque fois que nous serions tentés – et nous le sommes cent fois par jour – de substituer notre propre volonté, dévoyée et ignorante, à la Volonté de Dieu, rappelons-nous « que nous sommes un vase qui ne contient rien, un vase vide ; soyons en même temps conscients du fait qu’il nous est impossible de remplir par nos propres forces cet espace vide ; enfin, soyons persuadés que seul Dieu peut le faire, et non seulement Il le peut, mais le veut et sait comment le faire » (Saint Théophane le Reclus).
Lorsque nous sommes tentés de maugréer face à l’adversité et de juger injustes les épreuves que nous traversons, rappelons-nous que rien ne peut advenir et rien ne peut exister ne fût-ce qu’une seconde sans la permission de Dieu, car « c’est la providence de Dieu qui dirige le monde. Aucun lieu n’est privé d’elle. La providence est la raison absolue qui a modelé la matière pour faire le monde. Elle est le créateur de tout ce qui est » (Saint Antoine le Grand, op. cit.).
Avoir la foi c’est confier entièrement notre vie à Dieu et accepter avec la même confiance absolue en sa sagesse, sa justice et son amour, aussi bien les joies et les bienfaits qu’Il nous accorde que les épreuves qu’Il juge nécessaire de nous envoyer : « Croyez avec fermeté qu’aucune souffrance, aucun chagrin ne peuvent nous arriver – pas même un cheveu ne peut tomber de notre tête – sans la volonté de Dieu. Même si nous avons toujours tendance à attribuer nos malheurs à la méchanceté ou à la bêtise d’autres hommes, ils ne sont en réalité rien d’autre que des instruments dans les mains de Dieu. Des instruments destinés à œuvrer en vue de notre salut. Donc prends courage et prie notre Seigneur, qui agit sans cesse pour notre salut, en utilisant pour cela aussi bien ce que nous appelons bonheur que ce que nous appelons chagrin »(Le starets Macaire du monastère d’Optina, « Lettre à ses fils spirituels »). Toutes les souffrances et les épreuves que nous traversons en ce monde seront transfigurées, si l’esprit du Christ demeure en nous et que nous gardons toujours vivante au fond de notre cœur cette parole de notre Sauveur: « Sois sans crainte, crois seulement » (Marc 5, 36).

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