Ajouté le: 19 Décembre 2015 L'heure: 15:14

L’Enfant qu’elle a concu vient du Saint-Esprit (Mt. 1, 20)

« Comme les hommes en croient plus leurs yeux que leurs oreilles, comme ils doutent de ce qu’ils ne voient pas, voilà pourquoi le Verbe a daigné, par le moyen d’un corps, paraître et s’offrir à mes yeux, afin de m’ôter tout doute et toute incertitude. (...)

L’être qui existe se montre et paraît, celui qui n’existe point, passe du néant à l’existence. (...) Depuis que Dieu est descendu sur terre et que l’homme a été élevé dans les cieux, tout s’est rapproché, tout s’est réuni. Jésus Christ tout entier dans le ciel est venu sur la terre, et s’est trouvé tout entier sur la terre et dans le ciel. Étant Dieu, il est devenu homme, sans cesser d’être Dieu. (...) Marie, gratifiée d’une heureuse nouvelle, a enfanté selon la chair le Verbe qui est pour nous le principe d’une vie éternelle »

Saint Jean Chrysostome, « Homélie sur l’incarnation du Verbe »

La chute d’Adam, c’est la mort de l’homme, car séparé de Dieu l’homme n’est que poussière et retournera dans la poussière (Ge. 3, 19). La naissance du Christ sur terre, est aussi une sorte de « chute » car le Fils de Dieu, éternel, immortel, tout puissant, infini, descend du ciel pour habiter dans le corps de chair de l’homme mortel. Mais tandis que la chute d’Adam a causé la mort de l’homme, la descente de Dieu sur terre lui rend la vie qu’il avait perdue. Dieu est né comme un homme, a vécu comme un homme, a souffert comme un homme, est mort comme un homme, afin que l’homme redevienne le fils de Dieu, tel qu’il était avant la chute d’Adam : « Dieu est apparu parmi nous afin de nous ramener à l’état initial, celui de notre création » (Starets Thaddée, « Paix et joie dans le Saint-Esprit »).

C’est en tant qu’homme que le Christ est né du Saint- Esprit et de la Vierge Marie, car en tant que Dieu, Il est éternel comme le Père et consubstantiel à Lui : « Dieu ne donne pas naissance de la même façon que l’homme. Car Dieu étant hors du temps, sans commencement, impassible, incorporel, unique, sans fin, Il donne naissance hors du temps, sans commencement, impassible, incorruptible et sans accouplement. La naissance que donne Dieu est incompréhensible et n’a ni début, ni fin. (Saint Jean Damascène, « La dogmatique »).

L’enfant Jésus, telle que le représente l’imagerie de Noël, nous semble identique à un bébé humain et nous oublions le plus souvent que la naissance de Dieu sur terre est un mystère impénétrable pour l’esprit humain et un événement cosmique de la même importance que la création du monde et de l’homme. C’est une nouvelle naissance de l’homme, tel qu’il était avant la chute d’Adam, par l’union de la créature de chair avec l’Esprit de Dieu : « Si quelqu’un est en Christ, il est une nouvelle créature » ( 2 Cor. 5, 17) : « Le Christ, qui est « l’image du Dieu invisible » (Col. 1, 15), est le prototype de l’Image éternelle selon laquelle nous nous renouvelons. C’est selon lui et par lui que nous rétablissons le « à l’image de Dieu » de notre âme. (...) Par conséquent, ce renouvellement n’est rien d’autre qu’une incorporation au Christ et une christification » (Saint Justin Popovitch, « L’homme et le Dieu-Homme »).

La naissance du Christ est la seconde création de l’Homme éternel fait à l’image et à la ressemblance de Dieu, et en tant que telle, sa naissance sur terre est bien plus importante que la naissance de notre corps de chair, car « le principe ontologique de l’homme ne se trouve pas en son être biologique mais en son être en Christ » (Panayotis Nellas, « Le vivant divinisé »). La naissance du Christ est aussi une nouvelle création du monde, car séparé de Dieu, le monde n’est plus qu’un lieu de souffrance, de mort et de désespoir : « L’enfer n’est pas autre chose que la séparation de l’homme de Dieu » (Paul Evdokimov, « Les âges de la vie spirituelle »). Avec la naissance de l’enfant Jésus commence une nouvelle ère de l’histoire de l’humanité, car le christianisme est devenu une religion planétaire qui a changé la face du monde et qui apporte une réponse à toutes les questions de l’homme et lui ouvre la voie du salut et de la vie éternelle. Le Christ est entré dans le temps de ce monde et dans l’histoire des hommes, pour nous délivrer du temps et de l’histoire profane. Lorsqu’elle perd sa dimension divine et sa finalité spirituelle, l’histoire de l’homme sur terre devient incompréhensible, cruelle et criminelle, car elle nous fait souffrir et nous tue sans raison : « La terreur de l’histoire c’est l’expérience d’un homme qui n’est plus religieux, qui n’a donc aucun espoir de trouver une signification ultime du drame historique et qui doit subir les crimes de l’histoire sans en comprendre le sens » (Mircea Eliade, « L’épreuve du labyrinthe »).

Rompre le lien entre l’homme et Dieu, entre le Créateur et la création, c’est le retour au chaos, à la fois dans le monde et dans l’esprit de l’homme, catastrophe spirituelle individuelle et collective, qui dans les temps modernes a atteint des proportions mondiales : « Où est allé Dieu ? (...) Nous l’avons tué – vous et moi ! Nous tous, nous sommes des assassins ! (...) Qui nous a donné l’éponge pour effacer l’horizon ? Que faisions-nous lorsque nous détachions cette terre de son soleil ? Ne tombons-nous pas sans cesse ? N’errons-nous pas comme à travers un néant infini ? Le souffle du vide ne nous effleure-t-il pas de toutes parts ? Ne fait-il pas plus froid ? Ne voyez-vous pas venir la nuit et toujours la nuit ? » (Nietzsche, « Le forcené », dans le « Gai savoir ».) Nietzsche a très bien vu la catastrophe mondiale qu’entraînera la disparition de Dieu de l’esprit et de l’existence de l’homme moderne, mais il a forgé le mythe d’un surhomme susceptible de prendre la place de Dieu – succombant à la même tentation qu’Adam : « vous serez comme des dieux » (Ge. 3, 5) –, et il est devenu l’un des plus acharnés adversaires de Dieu et du christianisme, au point de s’attribuer le surnom d’Antéchrist.

Le XXe siècle a été en effet le siècle des Antéchrist, des faux messies marxistes ou nazis, censés sauver l’humanité et bâtir un monde nouveau – la société communiste ou le règne de mille ans du IIIe Reich. Ces utopies démoniaques ont plongé le monde dans l’enfer de la deuxième guerre mondiale, des camps de la mort, des catastrophes nucléaires, du Goulag et des dictatures communistes etc. Le siècle des « surhommes » qui ont voulu remplacer Dieu a été le plus infernal et le plus dément de l’histoire de l’humanité.

Fêter chaque année la naissance de l’enfant Jésus est une occasion de nous rappeler qu’il n’y a qu’un seul Messie, un seul Sauveur, un seul Christ, un seul Dieu, et que tous les autres soi-disant guides et sauveurs de l’humanité sont des imposteurs et des « faux prophètes, qui viennent à vous déguisés en brebis, mais au-dedans ce sont des loups ravisseurs. C’est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez » (Mt. 7, 15-16).

Sans Dieu, l’homme est incapable de sauver sa propre personne, comment pourrait-il sauver l’humanité ? La mort de Dieu proclamée par Nietzsche est en fait la mort de l’homme. Sans Dieu qui nous donne l’être et la vie « nous sommes de petits néants » (Sœur Emmanuelle), car « ce qui n’est pas essence, n’est pas du tout » (Saint Grégoire de Nysse.) Or l’essence de l’homme, du monde et de tout ce qui existe, ne se trouve ni dans l’homme, ni dans le monde, ni nulle part ailleurs qu’en Dieu. Lorsqu’il se sépare de Dieu, l’homme ne tue pas Dieu mais se tue lui-même : « Là où il n’y a pas Dieu, il n’y a pas d’homme non plus. Dieu et l’homme sont corrélatifs comme le Père et son enfant » (P. Evdokimov, op. cit.).

La naissance du Christ sur terre sauve l’homme et l’humanité de l’enfer d’un monde sans Dieu et rétablit l’unité vitale entre le Ciel et la terre, entre l’homme et Dieu : « L’étoile qui conduisit les mages vers la grotte, cesse d’être un conte attendrissant : de nouveau nous entendons l’éternelle vérité des paroles du psaume : « Les cieux racontent la gloire de Dieu, et l’œuvre de Ses mains, le firmament annonce ». L’univers tout entier aspire à l’unité, à la paix, à l’amour. Mais où pourra-t-il les trouver ? dans l’économie ? dans le cliquetis des armes ? dans les rivalités ? (...) Seul le christianisme est capable de répondre à toutes les interrogations, de satisfaire totalement l’esprit investigateur de l’homme, la soif du cour humain. (...) Les adversaires du christianisme, en dernier ressort, n’ont pas d’autres arguments que la calomnie et la propagande. En réponse retentit avec une même force, dans les Églises, l’hymne : « Ta Nativité, ô Christ, notre Dieu, a fait resplendir dans le monde la lumière de la Connaissance ». Avec la même conviction, la même fermeté, nous confessons que là où il y a une quête véritable, une soif, un amour de la vérité, – ils conduisent, tôt ou tard, au Christ » ( Père Alexandre Schmemann, « La Nativité » dans « Vous tous qui avez soif »).

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