« L’âme de l’homme a été faite par Dieu comme une coupe, comme un calice qui est l’esprit de l’homme ou son cœur. Dans ce calice demeure son « souffle » qui donne la vie. (...) Si tu respires avec Dieu, c’est une respiration humano-divine. Si tu respires sans Dieu, sa place ne restera pas vide, mais sera occupée soit par des énergies démoniaques, soit par des énergies animales. Si tel est le cas, les œuvres et la vie de l’homme seront humano-démoniaques, ou animales. Par conséquent, s’il ne choisit pas la voie spirituelle, il choisira, en fait, la voie du démon ou de la bête »
Mère Silouana Vlad, « Ouvre le Ciel par de petites choses »
Notre corps de chair est devenu de nos jours un objet de culte et une forme d’idolâtrie. La beauté du corps, la santé du corps, les plaisirs du corps, les désirs du corps, constituent pour un grand nombre de nos contemporains l’objectif principal de leur existence et le centre de leur être. Si, comme l’affirme saint Paul, notre corps est le temple du Saint-Esprit, alors les pensées, les soucis, les désirs qui viennent du monde et nous attachent à ce monde, sont semblables aux marchands du temple qui occupent l’espace sacré réservé à Dieu : « Jésus entra dans le temple. Il chassa tous ceux qui vendaient et achetaient dans le temple (...) Et il leur dit : Il est écrit : « Ma maison sera appelée une maison de prière. » Mais vous, vous en faites une caverne de voleurs » ( Mt. 21, 12-13).
De la même façon, notre temple intérieur, destiné à recevoir l’Esprit de Dieu, est occupé la plupart du temps par l’esprit de ce monde : « Nous nous trouvons infiniment enchevêtrés dans les activités matérielles de ce monde. Nous sommes tellement empêtrés dans ce monde-ci qu’il ne nous reste pas assez de temps pour nous interroger sur notre âme, notre paix intérieure que nous ne cessons de détruire » (Starets Thaddée, « Paix et joie dans le Saint-Esprit »).
L’esprit du monde est l’esprit de l’homme profane qui réduit toute chose, toute activité et la personne humaine elle-même à leur dimension uniquement terrestre, de sorte que privé de son lien intérieur avec Dieu, l’homme se trouve privé de sa propre âme. C’est pourquoi « le pire ennemi du salut de notre âme, pire que le diable lui-même, est l’esprit de ce monde » (Païssios l’Hagiorite, « Correspondance »).
Il ne faut pas confondre l’esprit de ce monde et les choses de ce monde, qui placées dans une perspective spirituelle, ont leur place, leur rôle et leur importance dans l’évolution et la croissance de notre être intérieur. Ainsi toute chose de ce monde et toute activité, même la plus modeste, la plus insignifiante, peut être sanctifiée par la présence de Dieu dans notre esprit et dans notre cœur : « Seigneur, regarde, maintenant je fais la lessive ; Seigneur, regarde, maintenant j’essuie la poussière ; Seigneur, regarde, maintenant je fais le lit. C’est tellement simple ! (...) Nous devons faire de cet appel vers Dieu et des actions que nous Lui montrons une liturgie permanente » ( Mère Silouana Vlad, op. cit.).
Se rappeler à chaque instant que l’Esprit de Dieu habite en nous, c’est vivre dans la réalité et connaître notre véritable être. Oublier la présence de Dieu en nous, c’est vivre dans le monde irréel de notre imagination humaine et de nos illusions terrestres : « Dieu est au centre de toute existence. Il se trouve dans notre coeur, que nous Le respections ou non. Il ne Se sépare pas de nous car Il est Source de vie, Celui qui donne la vie à chaque créature. Mais nous L’avons enfoui sous les soucis et les contrariétés de ce monde qui détruisent notre paix intérieure et c’est pourquoi nous n’avons ni paix ni repos » (Starets Thaddée, op. cit.)
La présence en nous de l’Esprit de Dieu se manifeste par la paix intérieure, la joie et l’amour. L’anxiété, le trouble et le manque d’amour sont le signe que l’ennemi de Dieu a pris sa place dans notre esprit et notre coeur : « Dès que surgit en nous une pensée qui ne repose pas sur l’amour, nous devons savoir que nous sommes tombés sous l’influence des esprits malins. En accueillant une pensée mauvaise, nous recevons le diable lui-même dans notre corps. Les esprits ne sont pas visibles mais nous leur donnons alors une forme charnelle pour qu’ils deviennent visibles » (Starets Thaddée, op. cit.).
Lorsque l’amour est absent de notre cœur, Dieu est absent aussi. Aimer son prochain comme soi-même et aimer même ses ennemis, c’est recevoir dans son esprit et dans son cœur l’Esprit de Dieu : « Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent et priez pour ceux qui vous maltraitent et qui vous persécutent, afin que vous soyez fils de votre Père qui est dans les cieux ; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons et il fait pleuvoir sur les justes et les injustes » (Mt. 5, 44-45).
Ne pas aimer une personne ou une chose, c’est refuser d’aimer Dieu, qui est la source de Vie unique et éternelle de toute créature et de toute chose.
Nous ne pouvons pas toujours rencontrer les personnes que nous aimons, mais nous pouvons toujours aimer les personnes que nous rencontrons.Nous ne pouvons pas toujours faire les choses que nous aimons, mais nous pouvons toujours aimer les choses que nous faisons. Nous devons élargir de plus en plus la sphère de notre amour, car il n’y a aucun autre moyen de rétablir le lien et l’unité entre l’esprit de l’homme et l’Esprit de Dieu.
Aimer les autres comme soi-même c’est effacer la différence entre moi et les autres. Dès lors je n’ai plus rien à craindre, puisque l’amour de l’autre et de moi-même sont un seul et même amour, et cet amour est la manifestation de l’Esprit de Dieu en nous, qui englobe toute la création : « Car Dieu a créé l’homme comme lien du monde intelligible et sensible, et comme récapitulation et conclusion de toutes les créatures, dans ce but qu’uni avec Lui il s’unisse avec toutes les créations, et que soient récapitulés en Christ et les êtres de la terre et ceux des cieux » (saint Nicodème l’Hagiorite, « La garde des cinq sens »). C’est pourquoi, lorsque notre amour sera parfait, nous serons semblables à Dieu : « Vous serez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait » (Mt. 5, 48).
Tant que nous n’aurons pas atteint cette perfection, nous connaîtrons toujours l’inquiétude et la peur, qui sont le contraire de l’amour, car nous avons toujours peur d’une personne ou d’une chose que nous n’aimons pas : « Tant que ne survient pas l’illumination du Saint-Esprit, nous ne cessons d’avoir peur ; ce n’est que lorsque cette illumination se produit que disparaît toute peur » (Starets Thaddée, op. cit.).
Les désirs et les passions qui nous attachent à ce monde sont une source intarissable d’inquiétude et de tourments, car tout ce qui vient du monde est éphémère et périssable, et constitue par conséquent un motif constant d’anxiété et de détresse : « Lorsque nous voyons un homme sombrer dans une grande inquiétude, dans le chagrin et l’amertume, bien qu’il ait tout le nécessaire et ne manque de rien, nous devons savoir que c’est Dieu qui lui manque » (Païssios l’Hagiorite, « Paroles » t. I).
Ceux qui ne vivent pas dans la vérité de Dieu, vivent forcément dans le mensonge de l’ennemi de Dieu, qui nous rend prisonniers de notre esprit terrestre et de notre nature mortelle : « Nous ne pouvons pas inventer la vérité. Si nous n’acceptons pas la religion qui nous offre une révélation de Dieu, nous restons prisonniers de notre propre pensée. Un jour ou l’autre nous constatons qu’il n’y a pas d’issue. L’être humain qui refuse d’accepter, hors de lui et au-dessus de lui, quelque chose de plus grand, reste toujours dans son cercle. Et ce cercle, d’après moi, est macabre. C’est tellement petit un homme, une femme ! » (Sœur Emmanuelle, « La folie d’amour »).
Limité à sa dimension biologique, le corps humain n’est qu’un amas éphémère de particules microscopiques – molécules, cellules, neurones, atomes – qui se dissiperont comme un nuage de poussière au moment de la mort. La vision matérialiste de l’homme ne fait que confirmer la parole de Dieu après la chute d’Adam : « tu n’es que poussière et tu retourneras dans la poussière » (Ge. 3, 19).
Le Christ, à la fois homme et Dieu, rétablit par sa chair et son sang le lien vital entre l’homme mortel et le Père éternel : « Moi et le Père, nous sommes un » (Jean 10,30). En recevant le Christ en nous, nous recevons l’Esprit de Dieu, et en recevant l’Esprit de Dieu, nous retrouvons notre être réel et notre véritable corps immortel, à l’image et à la ressemblance du Père éternel : « Ceux qui vivent en profondeur le christianisme considèrent que le Christ est la tête et que le chrétien est un membre du corps du Christ. Tête et corps sont une seule vie, un seul sang. Le sang qui bat en ce moment à mes tempes coule simultanément dans les veines de mon bras. Ce sont le même sang, la même vie, qui animent le Christ au ciel et le chrétien sur terre. (...) Être chrétien, c’est avoir en nous la présence et la puissance du Christ glorifié, de sorte que nous puissions dire avec saint Paul : « Pour moi, vivre c’est le Christ » (Sœur Emmanuelle, op. Cit.)

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