« Le Seigneur ton Dieu est un, connu dans le Père, le Fils et le Saint-Esprit (...) Il est un seul Dieu. Et Il est le vrai Dieu : le Seigneur un dans la Trinité des Hypostases, indivisible dans sa nature, sa volonté, sa gloire, sa puissance, son énergie, et dans toutes les marques de sa Divinité. C’est Lui seul que tu aimeras, et Lui seul que tu adoreras, de toute ta pensée, de tout ton cœur, de toute ta force. (Cf. Deut. 6, 4). (...) Car toutes les choses sont les servantes et les créatures de Dieu seul ; elles ont été tirées du néant par sa parole. Car Il a dit et elles sont advenues, Il a ordonné et elles ont été créées. C’est donc Lui seul, le Maître et le Créateur de l’Univers que tu glorifieras comme ton Dieu, c’est à Lui seul que tu t’attacheras par amour, et c’est devant Lui que tu te repentiras jour et nuit pour tes fautes volontaires et involontaires ».
Saint Grégoire Palamas, « 62ème discours – Décalogue »
La séparation entre l’homme et Dieu est la cause unique de toutes les souffrances et de tous les malheurs des hommes depuis la chute d’Adam. Car Dieu étant la source unique du Bien, de la Vérité et de la Vie, en se séparant de Dieu l’homme ne pouvait trouver que le mal, le mensonge et la mort. Cet acte suicidaire est survenu au moment exact où l’homme a fait sa volonté propre, contraire à la volonté de Dieu. Or toute volonté qui s’oppose à la volonté de Celui qui nous a donné l’Être et la Vie, est une volonté ennemie de notre être et de notre vie : « Celui qui ne soumet pas à Dieu sa propre volonté se soumet à son adversaire » (saint Isaac le Syrien, « Discours ascétiques »).
L’unité entre la créature humaine et l’Esprit de Dieu, est semblable à celle de la chair et de l’âme : « La vie de l’âme est l’union avec Dieu, comme la vie du corps est l’union avec l’âme » (saint Grégoire Palamas). De même qu’un corps privé d’âme a cessé de vivre, une âme qui se détache de Dieu est une âme morte. Car l’homme étant incapable de se donner lui-même l’être et la vie, lorsqu’il s’éloigne ou se sépare de Dieu, il ne peut trouver aucune autre source de vie, ni dans le monde extérieur ni dans son propre esprit : « Ce qui arrive au poisson qui est sorti de l’eau arrive à l’intelligence quand elle est sortie de la mémoire de Dieu » (saint Isaac le Syrien, op. cit.).
Rien ne peut exister sans Dieu, le seul Être réel, immuable et éternel, présent partout où quelque chose existe et toujours avec nous à chaque instant de notre vie : « Lorsque tu fermes la porte de ta demeure et que tu es seul, sache que l’ange assigné par Dieu à chaque homme est là avec toi. (...) Il ne dort jamais. Il est impossible de le tromper. Il est toujours avec toi, il voit tout, et l’obscurité ne le gêne pas. Avec lui, Dieu aussi est partout. Car il n’est pas de lieu ou de matière où Dieu ne soit pas, dès lors qu’Il est plus grand que tout et tient tous les êtres dans sa main » (saint Antoine le Grand, « Exhortations »).
Concevoir la créature humaine comme un être autonome et autosuffisant est une idée aussi absurde que d’imaginer que le personnage d’un roman se serait créé lui-même ou serait le produit de la multiplication naturelle des caractères d’imprimerie... Cependant, contrairement à un personnage littéraire, l’homme a été doté par son Créateur d’une conscience individuelle et d’une volonté personnelle, de manière à ce qu’il puisse participer lui-même à sa propre création et devenir ainsi semblable à son Créateur : « L’homme doué de raison, se souvenant qu’il a part au divin et qu’il est uni à lui, n’ira jamais s’éprendre de quoi que ce soit de terrestre et de vil. Il tient son intelligence tournée vers le céleste et l’éternel. Et il sait que la volonté de Dieu est le salut de l’homme, dès lors que Dieu est pour les hommes la cause de tous les biens et la source de la béatitude éternelle » (saint Antoine le Grand, op. cit.).
Chaque fois que la volonté de l’homme s’écarte de la volonté de Dieu, elle s’éloigne du Bien, car il n’y a aucun autre bien que celui qui vient de Dieu. Ainsi « la seule cause de notre perdition est toujours notre volonté propre » (saint Pierre Damascène).
En effet, faire sa volonté propre c’est croire savoir mieux que Dieu ce qui est bon pour nous et pour les autres. En réalité, lorsqu’il croit faire sa propre volonté, l’homme fait toujours la volonté de son ennemi, qui, ne pouvant rien créer, voudrait détruire la créature et la création, sans jamais arriver à le faire non plus, car rien ni personne ne peut anéantir ce que Dieu a fait. Le fait même de se séparer de Dieu est une illusion et une ruse du malin, car la relation de l’homme avec Dieu est éternelle et indissociable de la créature humaine, faite à l’image et à la ressemblance de son Créateur: « Il n’y a jamais de conditions non seulement extérieures mais intérieures qui puissent vous couper de Dieu. Vous pouvez vous en séparer vous-mêmes en Lui tournant le dos, en vous bouchant les oreilles, en fuyant encore plus loin de Lui mais c’est votre erreur. Aussi abjects que vous vous sentiez, rien, rien – c’est inconditionnel et absolu – ne peut vous exiler de Dieu. La vie religieuse commence le jour où naît en vous la conviction que vous pouvez vous jeter dans les bras de Dieu tels que vous êtes » (Arnaud Desjardins, « En relisant les Évangiles »).
Abandonner sa volonté propre pour faire un avec la volonté de Dieu, ce n’est pas une perte, ni un sacrifice, de même qu’un malade ne perd rien et ne sacrifie rien lorsqu’il se défait de sa maladie. L’homme qui fait un avec l’esprit de Dieu ne perd rien d’autre que sa condition mortelle, pour retrouver son être réel, indestructible et éternel : « La vie éternelle, c’est qu’ils Te connaissent, Toi le seul vrai Dieu, et Celui que tu as envoyé, Jésus – Christ » (Jean 17, 3).
Mais le malin peut nous faire prendre notre propre volonté pour la volonté de Dieu, ce qui arrive chaque fois que nous croyons faire une bonne action qui donne de mauvais résultats sur le plan spirituel : chagrins, dissensions, détresse, découragement etc.–, « car jamais ne surgit en toi un trouble qui n’ait sa source dans la volonté propre, qu’on en soit conscient ou non » (Maître Eckhart, « Sermons »). Dès lors que le malin peut troubler notre jugement et obscurcir notre discernement, « comment savoir si l’on vit conformément à la volonté de Dieu ? Voici un indice : si la privation de quelque chose t’afflige, c’est que tu ne t’es pas abandonné à la volonté de Dieu, tout en ayant peut-être l’impression de vivre selon sa volonté.
Celui qui vit selon la volonté de Dieu ne se fait du souci pour rien. Et s’il a besoin de quelque chose, il se confie lui-même ainsi que cette chose à Dieu ; et s’il n’obtient pas ce dont il a besoin, il reste malgré tout calme, comme s’il l’avait.
L’homme qui s’est abandonné à la volonté de Dieu ne craint rien : ni l’orage, ni les brigands, rien. Et quoi qu’il arrive, il se dit : « Cela plaît à Dieu » (...) C’est ainsi que l’on garde la paix dans l’âme et dans le corps. (...) L’œuvre la meilleure, c’est de s’abandonner à la volonté de Dieu et de supporter les épreuves avec espérance » (saint Silouane, « De la volonté de Dieu et de la liberté »).
Si notre foi était parfaite, la volonté de Dieu deviendrait notre volonté propre : « Quand une âme s’est entièrement abandonnée à Dieu, le Seigneur Lui-même commence à la guider » (saint Silouane op. cit.). Dieu étant le Bien absolu, rien ne peut être plus avantageux pour nous que de nous soumettre entièrement à sa volonté. Avoir la foi c’est croire, en toute circonstance et sans aucune réserve que tout ce que nous envoie Dieu est bien. Dans la mesure où nous ne le croyons pas et que nous sommes mécontents de notre sort, notre foi est incomplète, chancelante et soumise à l’influence du serpent, qui renouvelle avec chacun de nous la tentation qui a causé la chute d’Adam, en nous suggérant que Dieu est notre ennemi et qu’il serait bon pour nous d’obéir à une volonté contraire à la sienne. Tous les malheurs de l’homme déchu, et la mort elle-même, proviennent de cette division satanique entre l’esprit de l’homme et l’Esprit de Dieu : « Mon âme languit après le Seigneur, et je Le cherche avec des larmes / Comment ne Le chercherais-je pas ? / Quand j’étais avec Lui, mon âme était joyeuse et sereine, / Et l’Ennemi n’avait point d’accès auprès de moi. / Mais à présent l’esprit mauvais a pris pouvoir sur moi, / Agite et fait souffrir mon âme »(saint Silouane, « Les lamentations d’Adam ».
Manger le corps et boire le sang du Christ, c’est rétablir l’unité primordiale entre l’homme et Dieu, entre la chair et l’Esprit, entre la créature mortelle et la vie éternelle : « Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang demeure en moi, et moi en lui. Comme le Père qui est vivant m’a envoyé, et que je vis par le Père, ainsi celui qui me mange vivra par moi » (Jean 6, 56-57). La volonté de Dieu et l’amour sont une seule et même chose : « Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Demeurez dans l’amour qui est le mien » (Jean 15,9).
Demeurer dans l’amour du Christ c’est être un avec l’Esprit de Dieu et retrouver notre nature immortelle, car c’est par amour pour l’homme que Dieu nous a donné l’être et la vie éternelle : «J’ai l’assurance que ni la mort, ni la vie, ni les anges, ni les dominations, ni le présent, ni l’avenir, ni les puissances, ni les êtres d’en haut, ni ceux d’en bas, ni aucune autre créature ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu en Christ-Jésus notre Seigneur » (Rom. 8, 38-39).

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