Ajouté le: 14 Décembre 2014 L'heure: 15:14

A la vue de l’etoile, ils éprouvèrent une grande joie (Mt. 2, 10)

Nous, qui appartenons en même temps – ou plutôt de manière parallèle – à deux mondes, celui d’en haut et celui d’en bas, nous sommes d’une certaine manière divisés tout au long de notre existence terrestre. Nous aspirons à la vie éternelle et notre regard se porte vers l’Être divin, immuable dans sa perfection, et en même temps nous nous enfonçons dans nos soucis terrestres, sans avoir la force de blâmer les exigences de cette vie. « Nous attendons la résurrection des morts ». Elle seule, la Vie éternelle que nous attendons, est la vraie vie. ( ...) Lorsque Dieu sera « tout en tous » (1 Cor. 15, 28), il nous sera donné alors de posséder nous aussi l’éternité, non seulement en partie, mais entièrement. Vers cette « limite extrême du désir » aspire notre âme. C’est seulement là que sera possible la joie que rien ne pourra obscurcir.

Archimandrite Sophrony, « Lettres du Mont Athos »

A la vue de l’etoile, ils éprouvèrent une grande joie (Mt. 2, 10)

L’étoile de Bethléem nous rappelle que notre vraie patrie n’est pas en ce monde, où tout est soumis à l’usure du temps et à la loi de la mort, mais le Royaume des cieux qui n’a ni début ni fin et dont nous avons été dépossédés par la chute d’Adam : « Nous savons par l’Écriture qu’il y a quelque chose de plus haut que le siècle. L’Écriture a signifié que cette chose existe. (...) Il y a donc quelque chose de plus haut que les siècles, qui est le pur Royaume de Dieu. Car il n’est pas permis de dire que le Royaume de Dieu a commencé, ou s’est manifesté dans les siècles ou dans le temps. Nous croyons que le Royaume est l’héritage, la demeure, le lieu des sauvés, comme le transmet la vraie parole, telle la fin de ceux qui sont portés par leur élan vers le but ultime de ce qu’ils désirent : lorsqu’ils l’ont atteint ils reçoivent le repos, l’arrêt de tout mouvement , quel qu’il soit, dès lors qu’il n’y a plus pour eux aucun temps, ni aucun siècle à parcourir » (saint Maxime le Confesseur, « Centurie II sur la théologie »).

L’âme humaine sera toujours insatisfaite, tourmentée et inquiète tant quelle n’aura pas atteint ce but suprême de notre existence terrestre, qui est notre seconde naissance au Ciel : « Nous naissons au niveau Terre. Il est attendu de nous que nous ayons atteint le niveau Ciel au moment de mourir. Quitter le monde au niveau d’être où nous sommes nés équivaut à une vie humaine manquée. Telle est l’idée centrale de l’enseignement des Évangiles » (Arnaud Desjardins, « En relisant les Évangiles »).

L’enfant Jésus est né sur terre pour que l’homme puisse naître au Ciel. L’étoile de Bethléem nous montre la voie qui conduit vers notre Sauveur. Car le Royaume des cieux et la vie éternelle, personne ne peut les obtenir par ses propres moyens, mais seulement avec l’aide de Dieu : « Jamais une âme ne peut se tendre vers la connaissance de Dieu si Dieu lui-même, descendant jusqu’à elle, ne la touche et ne la mène vers Lui. Car l’intelligence humaine ne pourrait pas s’élever jusqu’à percevoir quelque illumination divine si Dieu lui-même ne la tirait pas vers le haut, autant qu’il est possible à l’intelligence humaine d’être ravie, et ne l’illuminait par des splendeurs divines » (saint Maxime le Confesseur, « Centurie I sur la théologie »).

De même que la lumière naturelle qui éclaire la terre vient du ciel, la lumière spirituelle qui éclaire l’âme humaine et lui montre la voie du salut, vient du Christ, « Lumière de lumière, vrai Dieu de vrai Dieu (...), qui pour nous, hommes, et pour notre salut, est descendu des cieux, s’est incarné de Saint-Esprit et de la Vierge Marie et s’est fait homme » (« Le Symbole de la foi »).

La lumière de l’étoile de Bethléem est infiniment plus précieuse pour l’homme que la lumière du soleil, car elle vient du Royaume de Dieu et nous conduit vers la vie éternelle. Lorsqu’on détourne son regard de cette lumière, qu’on l’oublie ou que l’on refuse de la suivre, alors tous les chemins de ce monde sans exception conduisent inévitablement au désastre final de toute existence humaine : « Nous naissons, nous croissons en force et en beauté, et petit à petit, c’est la dégringolade, et nous voilà boiteux, laids et fragiles. (...) Je me dis avec horreur que je vais mourir. Je me dis avec une angoisse infinie que mourront ma fille, ma femme, et qu’il n’y a pas de merci. (...) Tout finit dans l’horreur » (Eugène Ionesco).

Privé de la lumière et du secours du Christ, l’homme est semblable à un malade incurable, « dont la vie tend inexorablement vers une désagrégation absurde » et s’enlise « dans le mal, l’épouvante de la mort, dans la lutte animale pour la survie » (A. Schmemann, op. cit.).

L’étoile de Bethléem rétablit l’unité entre la terre et le Ciel, entre l’homme et Dieu, entre notre existence mortelle et la vie éternelle. Sa lumière nous révèle une vérité infiniment plus haute que les vérités de ce monde : la présence éternelle de Dieu au cœur de notre vie mortelle : « Ne savez-vous pas que votre corps est le temple du Saint-Esprit, qui est en vous et que vous avez reçu de Dieu ? » (1 Cor. 6, 19).

Dès lors que nous suivons la lumière de l’étoile de Béthléem, toute notre existence est transfigurée. Nous n’avons plus à redouter les épreuves et les vicissitudes de notre vie terrestre, nous n’avons plus à craindre, la souffrance, la maladie, la mort, puisque la lumière de Dieu nous accompagne à chaque instant et guide nos pas, par des chemins connus de Lui seul, vers le Royaume de la vie éternelle : « Quand le révoltant, le trop injuste, se présentera, souvenez-vous : c’est Dieu Lui-même qui vient à vous, c’est une bénédiction sous le déguisement d’une tragédie. De toute ma force de conviction d’Occidental du XXe siècle, je témoigne que c’est vrai. L’inacceptable, l’impossible à comprendre – cela ne peut pas être vrai, cela dépasse l’entendement –, c’est Dieu Lui-même qui est à l’œuvre. Si vous pouvez, sans restriction, dans un élan de foi et d’amour, accepter ce qui dépasse toute possibilité de comprendre, alors vous trouverez cette paix dont il est justement dit qu’elle « dépasse tout entendement » (Arnaud Desjardins, « En relisant les Évangiles »). 

A la vue de l’etoile, ils éprouvèrent une grande joie (Mt. 2, 10)

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