« Alors que le moyen âge, l’antiquité, voire l’humanité tout entière depuis ses premiers balbutiements, avaient vécu dans la conviction d’une âme substantielle, on voit naître, dans la deuxième moitié du XIXème siècle, une psychologie sans âme. Sous l’influence du matérialisme scientifique, tout ce qui ne peut être vu avec les yeux ou appréhendé avec les mains est révoqué en doute, ou même – soupçonné de métaphysique – devient compromettant. Seul est dorénavant « scientifique », et par suite recevable, ce qui est manifestement matériel ou ce qui peut être déduit de causes accessibles aux sens. (...) Qu’est-ce donc au fond que cette matière toute-puissante ? C’est encore un Dieu créateur, mais dépouillé cette fois de son anthropomorphisme »
C.-G. Jung, « L’homme à la découverte de son âme »
« Le matérialisme n’a rien de matériel »remarquait avec raison Heidegger. Car le matérialisme est un produit de l’esprit, une vision du monde et une théorie intellectuelle fondées, non pas sur la matière, mais sur l’idée de la matière, qui n’a, en effet, rien de matériel. Marx lui-même, le père du matérialisme soi-disant « scientifique » a passé sa vie à écrire des livres, à élaborer des théories, à défendre et à propager ses idées, mettant son existence au service de l’esprit et non de l’homme charnel.
Que la matière privée d’âme et d’esprit, ait pu produire des créatures dotées d’âme et d’esprit, c’est là une idée aussi insensée que de croire que les briques et le mortier ont construit la maison par évolution naturelle et que la maison, à son tour, a engendré l’homme !
La matière déifiée, idole des athées, est la divinité la plus absurde de l’histoire de l’humanité, comme le remarque F. S. Collins, l’un des plus grands généticiens actuels : « Parmi toutes les visions du monde possibles, l’athéisme figure en haut de l’affiche de l’irrationalité » (« De la génétique à Dieu »).
L’athéisme lui-même est une manifestation de l’esprit, au même titre que toutes nos idées, nos croyances, nos philosophies. Il suffit de s’observer soi-même, pour constater que l’esprit, sous ses multiples formes – raison, intelligence, volonté, désirs, croyances, espoirs, ambitions etc. – précède toujours et commande tous nos actes et toutes nos activités d’ordre matériel. Les opérations les plus banales – cuire un oeuf, mettre ses chaussures, planter un clou – nécessitent la participation de l’esprit. L’esprit est présent dans tous les objets qui nous entourent – chaises, tables, placard, robinets, frigidaire etc. – tous les objets que l’homme utilise et fabrique sont un produit de l’esprit, qui se transmet de l’homme à la matière inanimée : « L’esprit est la source de toute vie. (...) Mettons de l’esprit dans les choses ; elles ne sont plus muettes et inertes, mais vivantes, pleines de sens. (...) La matière comme le corps ne se mettent à vivre qu’avec l’esprit, c’est l’esprit qui précède la matière et le corps. Même s’il se révèle tardivement, tout commence avec lui. Tel un diamant dans un écrin, bien que protégé par la matière et le corps, c’est lui qui donne sens à cet écrin » ( Bertrand Vergely – « La foi ou la nostalgie de l’admirable »).
Nier la prééminence de l’esprit sur la matière, c’est nier à la fois la créature humaine, qui ne se distingue des autres animaux que par son esprit, et l’existence de Dieu, dont l’Esprit se manifeste partout où quelque chose existe. Le Saint Esprit est la source de toute vie et de toute existence, sans lequel rien ne pourrait exister. C’est pourquoi le plus grand péché, et le seul qui ne sera jamais pardonné, est le péché contre l’Esprit : « Tout blasphème et tout péché seront pardonnés aux hommes, mais le blasphème contre l’Esprit ne sera pas pardonné. Quiconque parlera contre le Fils de l’homme, il lui sera pardonné ; mais quiconque parlera contre le Saint Esprit, il ne lui sera pardonné ni dans ce siècle, ni dans les siècles à venir » (Mt. 12, 31-32).
Croire à la matière dénuée d’esprit et d’âme, c’est croire à la mort. Les athées qui prétendent aimer la vie, se trompent, car ce qu’ils appellent « vie », n’est pas la vraie vie : « Ce que je croyais être la vie, ce n’était pas « la Vie », mais la vie mortelle » (Jean-Yves Leloup, « Lettres à un ami athée »).
Les athées, dont la valeur suprême est la vie de l’homme charnel, laquelle conduit immanquablement à la mort, sont en réalité des idolâtres de la mort. La vie de nos organes n’est pas la vie. Un homme plongé dans un coma profond, dont l’organisme exécute encore ses fonctions biologiques, n’est pas vraiment vivant. De même, un monde gouverné par les seules lois de la matière et privé de l’Esprit de Dieu, ne serait plus un monde vivant mais une machine aveugle et monstrueuse qui détruit la vie sous toutes ses formes. Ce qu’on appelle les « lois » de la nature, c’est précisément cet enchaînement mécanique et inhumain de causes et d’effets qui nous rend esclaves de la chair mortelle et de la matière inerte, car l’homme charnel privé de l’esprit de Dieu n’est que poussière et retournera dans la poussière (Ge. 3,19).
Selon les lois de la nature, toutes les créatures sont mortelles. Seul l’Esprit de Dieu et la foi peuvent nous délivrer de la loi de la mort : « La foi (...) signifie l’émancipation absolue de toute espèce de « loi » naturelle, et partant la plus haute liberté que l’homme puisse imaginer. (...) Seule une pareille liberté (...) est capable de défendre l’homme moderne contre la terreur de l’histoire : à savoir une liberté qui prend sa source et trouve sa garantie et son appui en Dieu » ( Mircea Eliade, « Le mythe de l’éternel retour »).
De même que le corps de chair n’est pas l’homme réel mais l’enveloppe mortelle de l’esprit et de l’homme intérieur, le monde matériel n’est pas réel s’il n’est pas sanctifié et transfiguré par l’Esprit de Dieu : « Le monde a été créé comme la « matière », le matériau d’une Eucharistie universelle, et l’homme a été créé comme le prêtre de ce sacrement cosmique » ( A. Schmemann, « Pour la vie du monde »).
La doctrine matérialiste qui prétend que la matière s’est créée elle-même, et que tout en étant dénuée d’esprit, elle a inventé les lois de la vie et de l’univers et a fabriqué des créatures pensantes à partir d’une substance non pensante, est de toute évidence la philosophie la plus inepte et bornée de l’histoire de l’humanité. Il s’agit là d’une théologie sans Dieu – ce que Mircea Eliade appelle « la théologie de la mort de Dieu » – une « athéologie » selon le terme l’un des plus actifs et fanatiques apôtres français de la foi athée, qui supprime d’un trait de plume toutes les civilisations anciennes et modernes fondées sur une vision religieuse du monde et nous propose comme modèles à suivre « les matérialistes, les cyniques, les hédonistes, les athées, les sensualistes, les voluptueux. Ceux-là savent qu’il n’existe qu’un seul monde et que toute promotion d’un arrière-monde nous fait perdre l’usage et le bénéfice du seul qui soit » (Michel Onfray, « Traité d’athéologie »).
Comment sait-il notre philosophe que ce bas monde est le seul qui existe ? Mystère. Il faut le croire sur parole et accueillir tout ce qu’il nous enseigne avec une foi religieuse, à la manière des fanatiques fondamentalistes qu’il prétend combattre. La pensée unique de cet auteur, qui nous assure qu’il détient la seule vérité qui existe, est de la même nature que le délire paranoïaque d’un dictateur totalitaire qui n’autorise qu’une seule liberté : celle de penser comme lui. En effet, l’athéisme est devenu de nos jours un phénomène de masse, comparable à un système totalitaire : l’ouvrage cité ci-dessus – une sorte de « Bible » des athées – a été un best-seller et son auteur est devenu un maître à penser à la mode et une star des plateaux de télévision français. Si bien que l’on peut se demander avec le philosophe chrétien Bertrand Vergely (op. cit.) : « Pourquoi les foules vont-elles en chantant vers leur propre malheur ? (...) Les peuples n’ont cessé de croire en des dictateurs, et ils continuent encore à faire confiance à des démagogues qui les abusent, mais les enchantent. Les temps changent, les passions restent les mêmes ».
De même que le fanatisme et le terrorisme religieux n’ont rien à voir avec Dieu, la dictature de l’athéisme, qui exerce son contrôle et son autorité sur toutes nos institutions culturelles – écoles, universités, mass médias etc. – n’a rien à voir avec la Science, « divinité » moderne dont se réclame la doctrine matérialiste. Les vrais scientifiques connaissent bien les limites de leur science et savent – ou devraient savoir – reconnaître partout la présence de Dieu : « L’émotion la plus magnifique et la plus profonde que l’on puisse éprouver est le sentiment mystique. C’est là que se trouve la source de toute science authentique. Celui qui est insensible à cette émotion, qui ne sait plus se laisser toucher par l’admiration et par l’extase, est un homme mort » (Albert Einstein).

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