Ajouté le: 9 Décembre 2013 L'heure: 15:14

Celui qui Est, aujourd’hui est né !

« Celui qui Est, aujourd’hui est né ! Celui qui Est devient ce qu’il n’était pas. Il était Dieu, et il devient homme, sans cesser d’être Dieu. (...) Vraiment Dieu, il a été engendré par un Dieu, vraiment homme, il a été enfanté par une vierge. (...) Le Père a engendré sans rien perdre de sa substance, la vierge a enfanté sans rien perdre de sa pureté virginale. (...) La génération éternelle ne peut être expliquée, la naissance temporelle ne doit pas être examinée. Je sais qu’une vierge a enfanté le Verbe en ce jour, je crois que Dieu l’a engendré avant le temps. (...) L’Etre qui existe, se montre et paraît, celui qui n’existe point, passe du néant à l’existence »

St. Jean Chrysostome – « Homélie sur l’incarnation du Verbe »

Ce phénomène biologique que l’on appelle « naissance » n’est pas à proprement parler le début de la vie, mais le premier pas vers la mort : « l’homme commence à mourir, lorsqu’il commence à vivre » (St. Nicodème l’Agiorite). En effet, au point de vue biologique, les forces de la mort sont infiniment plus puissantes que celles de la vie, puisque tous les êtres vivants sont condamnés à mort dès leur naissance, sans avoir commis aucun acte répréhensible ou criminel. C’est là un massacre des innocents à l’échelle planétaire, auquel personne n’échappe, car les lois de la biologie, bien plus puissantes et cruelles que le roi Hérode, nous tuent tous sans exception. La biologie n’est donc pas la science de la vie mais de la mort, car « sans Dieu, la vie n’existe pas » (Starets Thaddée).

Lorsqu’il se sépare de Dieu, l’homme, qu’il soit biologiquement vivant ou mort, cesse d’exister. Dieu étant Celui qui Est, son contraire est Celui qui n’est pas, autrement dit, le néant : « Si quelqu’un pense être quelque chose, alors qu’il n’est rien, il s’illusionne lui-même » (Galates 6, 3). Sans Dieu, « nous sommes de petits néants ». Pour dépasser son non-être, on « doit s’appuyer sur Celui qui est : c’est-à-dire le Christ. Dépasser signifie que l’on ne cherche pas en soi ce qui ne s’y trouve pas. (...) » Ce manque ne peut être comblé que « par la relation avec le Christ qui a l’être. » A ce moment-là « mon non-être s’anéantit. Il coule dans le grand fleuve de l’être du Christ. » (Soeur Emmanuelle, « Mille et un bonheurs »).

La naissance du Christ est la seule naissance qui, depuis la chute d’Adam, ne nous conduit pas à la mort mais à la vie. L’enfant Jésus est le seul qui échappe à ce massacre des innocents planétaire et multimillénaire qui extermine toutes les créatures vivantes, au nom des lois de la nature. Au point de vue biologique, la naissance de l’enfant Jésus est impossible et contraire aux lois de la nature. Par conséquent si l’on croit que les lois de la nature sont la source de la vie et l’autorité suprême de l’univers, on ne peut pas croire à la naissance du Christ, ni à sa résurrection, qui contredit elle aussi les lois de la biologie. C’est précisément parce que le Christ a vaincu les lois naturelles, qui limitent l’homme à son corps de chair et à sa nature mortelle, que nous avons besoin de croire en Lui et de suivre Sa voie. En effet, « on ne se tourne vers Dieu, que pour obtenir l’impossible. Quant au possible, les hommes suffisent » (Léon Chestov). A notre époque dominée par une vision matérialiste de l’homme, la seule admise par nos autorités scientifiques, les lois de la nature ont remplacé la loi de Dieu et sont devenues une véritable idole des temps modernes. Se prosterner devant les lois de la nature c’est se prosterner devant l’ennemi de l’homme et de Dieu, car il n’y a pas d’autres lois que celles de Dieu ni une autre vérité que celle du Christ. En effet, des lois qui font de nous les esclaves de notre corps de chair et nous condamnent tous à la mort ne peuvent avoir été créées par Dieu, mais sont entrées dans le monde, après la chute de l’homme, par la volonté de « celui qui peut faire périr l’âme et le corps dans la géhenne » (Mt. 10, 28).

Puisque l’ennemi de l’homme a pris possession de l’homme, comment celui-ci, étant vaincu et esclave de son vainqueur, pourrait-il combattre par ses propres moyen un ennemi qui est devenu son maître ? Le seul homme sur lequel le diable n’a aucun pouvoir, le seul homme qui ayant l’Etre et la Vie peut combattre et vaincre le non-être et la mort, c’est le Christ, à la fois homme et Dieu : « Il est l’image du Dieu invisible, le premier-né de toute la création. Car en Lui, tout a été créé dans les cieux et sur la terre, ce qui est visible et ce qui est invisible (...). Tout a été créé par Lui et pour Lui. Il est avant toutes choses, et tout subsiste en Lui. (...) Car il a plu à Dieu de faire habiter en Lui toute plénitude et de tout réconcilier avec Lui-même, aussi bien ce qui est sur la terre, que ce qui est dans les cieux, en faisant la paix par Lui, par le sang de Sa croix ». (Colossiens 1, 15-20).

La naissance du Christ est la naissance de la Vie dans le royaume de la mort, car elle rétablit l’unité entre le Ciel et la terre, entre la créature mortelle et le Père éternel, et nous donne la vie de Celui qui Est, la seule vie qui ne meurt jamais : « Par le Fils unique, la création de Dieu, nous donne, au moyen de Marie, une nouvelle vie » (St. Ephrem le Syrien).

Tout ce qui appartient à l’homme mortel et qui va naître, grandir, vieillir et mourir avec notre corps de chair, n’est pas notre être réel : « Tout ce qui est soumis au changement n’est pas Dieu, car tout ce qui change, selon sa nature propre, est soumis à la corruption » (St. Jean Damascène, « La Dogmatique »). Le but réel de l’existence humaine n’est pas la vie de l’homme de chair, qui n’est que poussière et retournera dans la poussière (Ge. 3, 19), mais la naissance du Christ en nous – « ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi » (Gal. 2, 20) – qui est la naissance de la vie éternelle dans notre corps de chair : « Nous naissons au niveau Terre. Il est attendu de nous que nous ayons atteint le niveau Ciel au moment de mourir. Quitter ce monde au niveau d’être où nous sommes nés équivaut à une vie humaine manquée. Telle est l’idée centrale de l’enseignement des Evangiles » (Arnaud Desjardins, « En relisant les Evangiles »).

Sans avoir reçu l’être et la vie de Celui qui Est, l’homme est mort au point de vue spirituel même si son corps est encore vivant. De cette mort spirituelle « sont morts tous ceux qui ne croient pas au Christ, notre véritable Vie et la Source de la vie. De même, les chrétiens qui confessent Dieu et le Christ, mais qui mènent une vie impie, sont morts de cette même mort. La grâce de Dieu est pour l’âme, ce qu’est l’âme pour le corps. Par conséquent, de même que le corps est mort quand l’âme n’est pas en lui, de la même façon, l’âme aussi est morte quand il n’y a pas en elle la grâce de Dieu, qui lui donne la vie » (St. Tikhon de Zadonsk, « Les devoirs du chrétien envers lui-même »).

Si « Dieu n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants » (Mt. 22,32), alors l’adversaire de Dieu est l’ennemi des vivants et de la Vie. En tant que tel, le diable est de la même nature que la mort : il divise et détruit l’unité de la création et de la vie. L’amour est le principe même de la création, le ciment spirituel qui réunit les éléments contraires : le ciel et la terre, la matière et l’esprit, la chair et l’âme, l’homme et la femme; la créature mortelle et le Créateur éternel... En un mot, la création de Dieu, fondée sur un lien d’amour qui unit tout ce qui existe, c’est le Paradis. Lorsque ce lien est rompu, c’est la chute « dans les ténèbres du dehors, là où il y aura des pleurs et des grincements de dents » (Mt. 25, 30) : « Lorsque l’amour s’en va, ce qui reste c’est l’enfer » (Païssios l’Agiorite).

La naissance du Christ rétablit le lien d’amour entre la terre et le Ciel, entre l’Esprit et la chair, entre la créature mortelle et le Père éternel, et constitue par conséquent l’événement le plus important de l’histoire de l’humanité depuis la chute d’Adam, « une seconde création de l’homme » qui « passe du néant à l’existence » (St. Jean Chrysostome op. cit.) : « Rien parmi les événements qui se sont déroulés depuis des siècles sous le regard de Dieu n’est plus profitable à chacun, ni plus divin, que ce qui touche à la naissance du Christ que nous fêtons aujourd’hui. Oui, le Verbe prééternel, incirconscrit, le Maître de l’univers, comme un vagabond, comme un sans abri, un sans demeure, est aujourd’hui enfanté dans une grotte. (...) Dieu le Verbe issu de Dieu, S’est dépouillé ineffablement. Il est descendu des hauteurs jusqu’à l’extrême de l’humain. Il le lia à Lui indissolublement, Il S’est humilié, Il a assumé la même pauvreté que nous ; ainsi des réalités inférieures, Il fit des supérieures, ou plutôt Il rassembla les deux en un, mêlant l’humanité à la divinité (...). Oui, la vie plénière, souveraine et éternelle, la nature toute sage et toute- puissante s’unit à la nature qui avait été trompée à cause de son imprudence, qui à cause de sa faiblesse était asservie au malin, et qui, par son manque de vie divine, gisait au plus profond de l’enfer ; de sorte qu’elle peut produire en elle la sagesse, la puissance, la liberté et une vie sans faute » (St. Gregoire Palamas, « Homélies pour la Nativité »).

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