Mère Siluana, higoumène du monastère St Silouane l’Athonite à Iasi en Moldavie a créé un centre de formation où elle propose une pédagogie innovante en Eglise. Dans ses formations, elle utilise les découvertes contemporaines en sciences humaines pour les mettre au service de l’anthropologie orthodoxe philocalique.
Les six modules de formation
Les formatrices du centre sont des moniales du monastère St Silouane qui ont suivi des études d’assistante sociale ou des cours de Formation de formateurs organisés par le Ministère de l’Education et d’autres cours avec des spécialistes de différentes écoles de psychothérapies. Outre cette formation, les moniales ont toutes fait un travail individuel sur elles-mêmes et sont spirituellement formées par mère Siluana .
Des prêtres, des professeurs et des laïcs viennent se former pour ensuite diffuser cet enseignement dans leurs différents contextes de vie : religieux, professionnel ou familial.
Ces modules, proposés dans le centre de formation de Iasi offrent une pédagogie contemporaine bien structurée, d’une grande richesse. Ils peuvent servir d’inspiration à tous ceux qui ont le souci de transformer réellement les relations au cœur de leurs communautés ecclésiales, paroissiales et familiales.
L’échographie de l’âme
La pédagogie de la formation, en six modules, proposée par mère Siluana permet très concrètement de se poser les bonnes questions, de devenir de plus en plus conscient de son enfer, d`y descendre pour rencontrer le Seigneur, d’apprendre à Lui offrir son contenu, puis d’accueillir la guérison, grâce au repentir et au pardon. Cette pédagogie nous permet de comprendre de mieux en mieux l’anthropologie de notre Eglise et de ce fait de saisir la « chair » de nos maladies. Elles sont la plupart du temps conséquences de nos ruptures avec Dieu. Ainsi, plus nous apprendrons à offrir cette « chair malade », mais encore vivante, encore à l'image de Dieu, plus le pouvoir guérissant de Dieu pourra œuvrer en Son Eglise.
Mère Siluana reconnait que les scientifiques ont fait des découvertes fondamentales en ce qui concerne les réalités intérieures de l’homme. Elles nous permettent de faire une véritable échographie de l’âme. Cependant l’échographie ne guérit pas. Elle permet seulement d’identifier le dysfonctionnement. Il s’agit ensuite de se tourner vers l’Eglise, car la guérison ne vient que de Dieu. Toutefois, bien qu’ayant toutes les „techniques” de guérisons, le peuple croyant en a perdu l’usage et il en a fait souvent des pièces de musée.
Oui, nous dit mère Siluana, la guérison est dans l’Eglise, mais peu de personnes reconnaissent à l'Eglise ce charisme. Peu de personnes connaissent leur maladie spirituelle. Dans l’incapacité d’identifier son enfer, l’homme ne sait plus offrir sa douleur à Dieu. D’un autre côté, dans le monde laïc, beaucoup de « psy » connaissent les blessures, les douleurs, ils savent tout l’enfer que peut vivre une personne, mais ils ont l’audace de penser que c’est eux-mêmes qui peuvent les guérir. Il faut réconcilier le travail thérapeutique et la tradition spirituelle de l'Eglise. Elle croit que le travail psychothérapeutique peut et doit devenir un charisme en Eglise. Un charisme qui ne se confond pas avec le charisme sacerdotal dont dépend tous les autres charismes.
« Notre mission d’Eglise est d’unifier ces deux côtés. Que Dieu nous aide ! ». C’est par ces mots que mère Siluana conclut notre rencontre et nous la remercions pour cet envoi en mission.
Quelles conclusions tirer pour nos paroisses orthodoxes d’aujourd’hui et de demain ?
Mère Siluana recommande le travail psychothérapeutique pour tous, prêtres et fidèles en soulignant que c’est excellent pour la structure psychosomatique de l’homme contemporain, que cela l’aide à se connaître et ainsi à pouvoir sortir de ses souffrances. Cependant, il est évident que cette psychothérapie doit être accompagnée par la thérapie de l’Esprit-Saint dans l’Eglise. En Roumanie, il y a aujourd’hui de plus en plus de psychiatres et de psychothérapeutes orthodoxes qui ont eux-mêmes étudié l’enseignement de l’Eglise et qui sont appelés à travailler en lien avec les prêtres des paroisses. Tout un travail de réseau est ainsi possible. Mère Siluana voit là le salut de l’Eglise.
Mais chez nous, dans le contexte athée et anti-clérical dans lequel nous vivons l’articulation entre le cabinet psy et l’Église est difficilement pensable, même si quelques réflexions allant en ce sens commencent à émerger.
Mère Siluana accomplit également tout un travail auprès des familles, des jeunes mais aussi des parents avec un accent particulier sur le pardon. Elle a constaté combien beaucoup de familles sont malades, car les relations au sein des familles ne sont pas à leur place. Le commandement donné à l’homme de laisser son père et sa mère pour fonder une nouvelle cellule familiale n’est pas respecté. Alors, beaucoup de souffrances viennent de cette dépendance émotionnelle. Et pourtant « le renoncement aux parents » est une vraie libération de l’esclavage émotionnel. Mais, bien souvent ce sont les enfants eux-mêmes qui sont dans l’impossibilité d’identifier les relations malades qui les lient à leurs parents, sous prétexte qu’ils les aiment. Cette manière d’aimer n’est qu’un déni de ce qu’ils ont réellement vécu, déni qui les maintient dans des relations distordues et les empêche de faire un véritable travail de pardon.
Alors quel cadre, quel espace inventer chez nous pour aider nos communautés ecclésiales à vivre de vraies relations de personne à personne ? Comment aider les familles à guérir de leurs relations malades qui rejaillissent sur les vécus paroissiaux ? Comment aider les personnes à se décoller de leurs blessures, à quitter la plainte ou la lamentation afin de prendre la responsabilité de leur péché ? Quoi faire pour que les confessions deviennent, non plus un devoir accompli, mais de véritables terreaux de repentir et de métanoia ?
Le père confesseur aujourd’hui n’a plus le temps de faire avec le pénitent tout ce travail thérapeutique que les pères de la philocalie faisaient avec quelques disciples. De nos jours nos pères confesseurs sont souvent débordés devant assumer vie professionnelle, vie familiale et vie paroissiale, alors comment les aider dans leur mission ?
A la suite de de St. Grégoire Palamas et de Nicolas Cabasilas, mère Siluana invite chacun de nous à vivre l’hésychasme tout en restant dans le monde. L’hésychaste, « dans son itinéraire vers le cœur et dans sa quête du Royaume, est accompagné par le Christ »1. Mais, dans sa quête, il va rencontrer tout ce qui fait obstacle à la véritable connaissance de Dieu et qui est entretenu par le péché.
Pour que nos paroisses deviennent progressivement de vrais laboratoires d’amour, ne pourrait-on pas envisager un espace en amont de la confession qui proposerait des ateliers d’initiation à la connaissance de soi en alliant certaines découvertes des sciences humaines et l’enseignement de l’Eglise ? Ces ateliers seraient des espaces d’apprentissage à la communication et permettrait de favoriser une parole créatrice en Église…
Que notre prière soit créative !
Bien que mère Siluana soit très ouverte aux découvertes scientifiques contemporaines, elle demeure profondément ancrée dans la Tradition de l’Eglise. Mère Siluana n’est pas une révolutionnaire, elle n’apporte aucun changement au dogme de l’Eglise. Elle ne fait que s’appuyer sur les découvertes dans les différents domaines des sciences modernes pour mieux aider les personnes à se préparer à recevoir « le traitement de l’Esprit ». Tout en gardant l’intégrité de l’enseignement des pères de l’Eglise, sa pédagogie permet d’identifier les distorsions de l’orthopraxie et de s’en guérir.
Le centre fondé par mère Siluana est la réponse à l’Esprit de son temps. C’est une œuvre de Dieu et mère Siluana nous invite vivement à activer en nous cet Esprit, pour en devenir nous aussi les serviteurs, chez nous, dans notre pays, dans nos paroisses.
A la fin de cette rencontre, le message de mère Siluana résonne fort chez tous les pèlerins: il ne s’agit plus de proposer à l’homme de porter son fardeau avec résignation, mais d’offrir ses distorsions, ses illusions à Dieu. Cette offrande est un acte qui nous sort de la soumission culpabilisante dans laquelle nous avons été élevés et qui a singulièrement figé tant de générations. Cet acte d’offrande est un véritable mouvement dynamique vers Dieu.
Alors que notre prière soit créative, ouverte à l’Esprit qui parle en nos temps !
Livres, podcast et blog conseillés :
1. Père Marc-Antoine Costa de Beauregard : La voie hésychaste, coll. « Le souffle de l’esprit » Actes Sud, 2010.

Publication de la Métropole Orthodoxe Roumaine d'Europe Occidentale et Méridionale
Le site internet www.apostolia.eu est financé par le gouvernement roumain, par le Departement pour les roumains à l'étranger
Conținutul acestui website nu reprezintă poziția oficială a Departamentului pentru Românii de Pretutindeni
Copyright @ 2008 - 2023 Apostolia. Tous les droits réservés
Publication implementaée par GWP Team