Ajouté le: 5 Mai 2013 L'heure: 15:14

La croix de l'orthodoxie n'est pas legere, mais elle tapportera la joie et le salut (2)

Recit d'une conversion

Mais ce « pèlerinage » en Orthodoxie serait incomplet, si je n’évoquais brièvement un souvenir de mon voyage en Roumanie, en 1975. Ce fut une nouvelle découverte. Ayant traversé tout le pays avec un ami en voiture, sans savoir très bien où nous pourrions trouver des hommes spirituels, nous nous arrêtâmes devant une église, près d’Arad. Nous entrâmes, et le prêtre nous invita chez lui. Aussitôt, je remarquai la photo d’un moine. Il nous dit, « C’est le père Cléopas. Il y a là-bas (en Moldavie) ce qu’il faut ! ». Au bout d’un périple, au cours duquel nous avions visité Bucarest, puis Iaşi, les monastères de Bistriţa, Secu, Voroneţ, Agapia, Neamţ, Putna, nous arrivâmes à Sihăstria. C’est là que nous rencontrâmes le père Cléopas (Ilie, + 1998) et, plus brièvement, le père Païssie (Olaru, + 1990). Le père Cléopas nous fit un véritable exposé « ex-cathedra » sur la prière, citant les Pères par cœur. Entre autres, il souligna que c’était l’insensibilité qui nous empêchait de nous confesser, puis il nous résuma le but que doit poursuivre le chrétien orthodoxe : « Il doit être semblable à la mèche d’une veilleuse : se consumer – se sacrifier - pour éclairer tout autour ».

Par la suite, l’archiprêtre Čedomir Ostojic, évoqué au début de ce récit, devint mon père spirituel. Il disait que c’est au contact de saint Jean de Changhaï qu’il avait compris ce qu’était la Divine Liturgie. Il connut également le « Chrysostome serbe », saint Nicolas Velimirović (+1956). Il connaissait admirablement les offices, citant souvent par cœur des extraits des ménées ou de l’octoèque pour argumenter un enseignement. Alors qu’un ancien m’avait dit qu’il se préparait à rejoindre « la patrie », c’est-à-dire le ciel, et que je lui répétai ses propos, le père Čedomir me dit que cette expression de « patrie » se trouve dans l’octoèque. Il sortit le livre et me montra le passage1. Ce n’était pas pour impressionner, mais pour montrer toute la richesse que contenait notre office. Puisant toute sa force dans Liturgie, le père Čedomir manifestait une charité sans limites. Il parcourait toute la Belgique avec sa voiture pour visiter les hôpitaux, les maisons de retraite et les prisons. Son assistant, le père Dimitri (Hvostoff, +1987) appartenait à l’aristocratie russe. C’est lui qui, enfant, portait le bâton pastoral du saint patriarche Tikhon de Moscou. Arrivé en France, il travaillait comme fort des halles. Il passa cinq années en captivité en Allemagne pendant la seconde guerre mondiale. Cela aussi, personne ne le savait. Devenu prêtre, il fut aumônier de l’armée française pendant la guerre d’Algérie, se rendant, au péril de sa vie, auprès des militaires orthodoxes dispersés dans ce pays.

Répétant les paroles de l’Apôtre Paul, je pourrais ajouter à leur sujet : « Et que dirai-je encore ? Car le temps me manquerait si j’exposais en détail ce qui les concerne » (Hébr. XI, 32).

Les moniales de Lesna ne me guidèrent pas seulement par leur exemple, mais également dans mes lectures : grâce à elles, je découvris les vies des saints, les écrits des Pères, dont en premier lieu les apophtegmes des Pères du désert et Dorothée de Gaza, mais aussi saint Jean Chrysostome, saint Basile le Grand, saint Jean Cassien… Mais les livres ne suffisaient pas. Mère Théodora m’enjoignit pratiquement de partir un mois dans ce qui était alors la Yougoslavie et d’y visiter les monastères. Elle avait le charisme non seulement de discerner ce qui était nécessaire à chacun, mais encore d’être obéie. Elle parlait comme « ayant autorité ». Je compris plus tard quelle avait été son intention : « Il fallait que la couleur prenne ! » selon l’expression du célèbre ancien Païssios (Eznepidis, +1994) du Mont Athos. Muni d’une lettre de recommandation qu’elle avait rédigée – son souvenir était resté vif en Yougoslavie –  je visitai les monastères : Manasija, Ravanica, Dečani, Ostrog… Malgré le régime titiste, des moniales et des moines, souvent jeunes, y vivaient et maintenaient la flamme de la foi. Je fis encore de nouvelles rencontres décisives : l’évêque Paul de Prizren (+ 2009), le futur patriarche de Serbie, et saint Justin de Tchélié (Popović, + 1979).  On peut dire de l’évêque Paul qu’il était « un évangile vivant ». Grand ascète, d’une humilité rare (lorsque j’entrai dans sa « maison épiscopale » – un bâtiment délabré – il balayait l’entrée…), il me donna des conseils précieux, tirés de la Sainte Écriture qu’il citait continuellement dans les conversations avec ses hôtes, et qui restèrent à jamais gravis dans ma mémoire. Il m’écrivit par la suite, lorsque je devins orthodoxe : « Je vous souhaite du Seigneur que vous trouviez dans la sainte Orthodoxie « ce commandement ancien qui est depuis le commencement » (cf I Jn. II,7 ). Quant à saint Justin de Tchélié – ce fut une révélation : sa théologie – fondée sur le dogme de Chalcédoine : le Christ, Dieu parfait et homme parfait – incarnée dans une vie de prière incessante. Lorsqu’on lui demandait comment vivre dans l’Église, il résumait : « Les saints Mystères et les saintes vertus ! » Il me donna à lire « L'Église latine et le protestantisme au point de vue de l'Église d'Orient » de Khomiakoff. Il avait lu lui-même, ce livre en français. En outre, grâce à lui, je fis connaissance de ses disciples, alors en Grèce, qui me dirigèrent ensuite sur le Mont Athos et l’ancien Païssios, déjà mentionné.

Après toute cette préparation, une véritable mystagogie qui dura quatre années, j’entrai dans l’Église orthodoxe en 1969. Avec l’aide de Dieu, je continuai de cheminer sur la voie qui m’avait été recommandée par mes pères et mères spirituelles : visiter les pays orthodoxes. Faut-il le souligner : ces personnes pourtant très attachées à la patrie qu’elles avaient dû quitter, avaient le sens de l’universalité de l’Église, où il n’y a « ni Grec, ni Juif, ni Barbare, ni Scythe, mais le Christ qui est tout en tous » (Col. III, 11). On peut répéter à leur sujet ce que dit saint Justin de Tchélié dans son éloge funèbre du célèbre métropolite Antoine de Kiev (Krapovitzky, +1934), mort en exil à Belgrade : « Les orthodoxes syriens, les orthodoxes grecs, les orthodoxes bulgares, les orthodoxes roumains, lui étaient également proches. Dans son âme immense, il y avait de la place pour tous les orthodoxes ». C’est sur leur conseil que je me rendis souvent par la suite en Grèce. Rares sont les endroits qui, dans ce pays, n’avaient pas été sanctifiés, que ce soit par les apôtres, les saints moines ou encore les nombreux martyrs de la période ottomane. Comment parler de la Grèce sans parler de saint Nectaire d’Égine – dont la vie me fut connue grâce à l’higoumène Théodora - Sans parler des icônes miraculeuses de la Mère de Dieu, des saints ? Et combien y ai-je connu de saintes personnes, clercs et laïcs qui complétèrent ma « formation », tout comme les pères athonites que je fréquentais assidûment.

 Alors qu’une chape de plomb pesait sur la Roumanie, une vérité devenait évidente : rien ne pouvait empêcher la lumière du Christ de briller. L’Église orthodoxe est discrète, elle ne s’impose pas, à l’image du Christ. Or cette sainteté, depuis les innombrables néomartyrs du XXème siècle, en passant par tous les saints ascètes de l’Athos, de Roumanie et de tous les pays orthodoxes, était pour moi la preuve que l’Église orthodoxe conservait l’Évangile du Christ dans toute sa pureté.

En fait, qu’est-ce qui pouvait bien attirer vers l’Église orthodoxe un occidental en ces années difficiles ? N’y observait-on pas les failles que l’on rencontre dans d’autres religions ? La quasi-totalité des pays orthodoxes se trouvaient sous le joug athée. On y fermait les églises les unes après les autres… En Occident, cette Église était plus que minoritaire et au surplus, divisée. Et encore à l’heure actuelle, on pourrait faire bien des reproches sur les faiblesses humaines qui se manifestent dans l’Orthodoxie. Mais la question est-elle là ? A ce sujet, l’higoumène Magdalina citait souvent les paroles de l’apôtre Paul : « Nous portons ce trésor dans des vases d’argile, afin que cette grande puissance soit attribuée à Dieu, et non pas à nous » (II Cor. IV, 7) ? Lorsque j’émis des critiques devant l’ancien Païssios au sujet de la conduite de certains hiérarques orthodoxes, il me répliqua : « Purifie-toi toi-même et tu purifieras une partie de l’Église ! ». Et c’est ce qu’écrivit dans le même esprit saint Justin de Tchélié : « Nous, chrétiens orthodoxes, sommes les véritables disciples du Christ Sauveur non pas parce que nous aurions moins de péchés que les autres hommes et les autres peuples, mais si nous avons la foi, le repentir et l’humilité devant le Christ Dieu-homme ».

Entrer dans l’Église orthodoxe du Christ n’était pas facile, « la porte est étroite » (Matth. VII, 13). Elle est étroite, car si elle était large, « le diable y entrerait », comme le disait avec humour et profondeur l’ancien Enoch, un spirituel roumain du Mont Athos. C’est précisément la facilité, le refus de l’ascèse, qui mènent à la perte. Mais, comme l’avait dit un disciple de saint Justin de Tchélié à un futur converti : « La croix de l’Orthodoxie n’est pas légère, mais elle t’apportera la joie et le salut !».

Notes:

1. « Âme misérable, souviens-toi de ton origine divine et de la patrie immuable, et par tes œuvres de bien, hâte-toi toujours de la rejoindre; ne t’attache à rien de ce qui est périssable, car tu es de l’au-delà, tandis que ton corps est terrestre et se corrompra : qu’en toi ne triomphe pas le pire sur le meilleur ! » (Octoèque, vêpres du dimanche soir,  stichères du Lucernaire, ton 1).

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