Ajouté le: 10 Janvier 2012 L'heure: 15:14

Saint Lucien, missionnaire dans la province de Raetia prima et protecteur du Liechtenstein

Saint Lucien, protecteur de la ville et du Diocèse Catholique de Chur, a prêché l’Evangile sur le territoire de la Rätia (l’est de l’actuelle Suisse) et, selon une tradition non confirmée, a été le premier évêque de Chur. Selon l’opinion exprimée par l’historiographie locale, Saint Lucien a été la plus importante personnalité ecclésiastique du Moyen Âge de la province Rätia. 

 

Saint Lucien, missionnaire dans la province de Raetia prima et protecteur du Liechtenstein

C’est une biographie (Vita), écrite entre le VIII-ème et le IX-ème siècles, qui nous offre les premières informations concernant la vie et l’activité de Saint Lucien. Cet ouvrage, Vita, écrit sous la forme littéraire d’une homélie, a été rédigé par un clerc de la ville de Chur, qui était responsable des pèlerins qui venaient se prosterner devant les reliques de Saint Lucien. Il est possible que l’auteur ait été même l’un des évêques de Chur (Remedius ou Victor), mais, faute d’informations plus précises, on a renoncé aux spéculations concernant son identité (Iso MÜLLER, Frühes Mittelalter in Graubünden und der Schweiz. Ausgewälte Aufsätze, Chur, 2001, p. 90).  

La biographie de Saint Lucien réunit beaucoup de textes bibliques contenant des récits hagiographiques et des citations qui dissimulent le manque d’informations historiques précises sur la vie du saint. Quant à la structure du récit, l’auteur de la Vita s’est inspiré notamment des vies de Sainte Agnès et de Saint Martin. Il était fortement préoccupé de transmettre la doctrine orthodoxe, étant moins intéressé par la chronologie et la topographie.

Plusieurs anachronismes présents dans le texte laissent comprendre que l’auteur décrit la vie du saint dans la perspective de son époque. Malgré ces adaptations, la biographie nous offre aussi des dates historiques réelles concernant Saint Lucien. La biographie le présente comme missionnaire et confesseur, tel qu’il apparaît plus tard dans les notes écrites par l’évêque Victor III de Chur, adressées à l’empereur Louis le Pieux (en 823), mais aussi dans les autres textes rédigés sur la vie du saint jusqu’en 1646. Après cette date, la « piété baroque » déclara Lucien évêque – le premier évêque de Chur même – et martyr, tel qu’il est mentionné à présent dans les textes liturgiques de l’Eglise Catholique (Michael Durst, Geschichte der Kirche im Bistum Chur. Von den Anfangen bis zum Vertrag von Verdun (843), Chur, 2001, p. 24).

Cette biographie parle de Timothée, le disciple du Saint Apôtre Paul, qui est dit avoir prêché l’Evangile aux païens de Gaule. Après l’activité déployée autour de Bordeaux (Bordoelum civitatem) celui-ci serait parti vers l’Angleterre (Brittania), où il aurait prêché auprès du roi Lucien. Celui-ci, à la suite d’une révélation, aurait quitté sa dignité royale et serait parti en Gaule, pour se dédier lui-aussi à la mission. Après une période où il a prêché dans la ville d’Augsbourg, où il convertit le noble Campester, qui convertit à son tour toute la ville au christianisme, Lucien se serait dirigé vers Rätia (mentionnée dans la biographie sous le nom de Churrätien), parce qu’il y subsistait encore un culte des dieux païens.

La préparation pour la mission par le jeûne et les veilles

La biographie précise que Lucien a prêché à Chur, et ensuite, dans la région Marswald (silva Martis), qu’on identifie aujourd’hui avec la localité St. Luzisteig, près de Maienfeld, où la population païenne adorait des veaux et des taureaux comme des dieux. Vita parle aussi du jeûne préparatoire de deux ou trois jours et des veilles de Saint Lucien avant de prêcher l’Evangile (...biduanis ac triduanis ieiuniis maceratur, die noctuque sacris insistens vigiliis ...) (Iso Müller, Luciusvita. Editio critica, în: Idem, Frühes Mittelalter in Graubünden und der Schweiz. Ausgewälte Aufsätze, Chur, 2001, p. 46-62, aici 53)..

La prédication du saint se heurte au refus des païens qui le saisissent et le précipitent au fond d’un puits. Vita relate plus tard, dans une note mémorable, qu’à la suite d’une prière du saint les veaux se sont mis à lui baiser les pieds et les gens du pays ont embrassé la foi en Christ. Saint Lucien fut à grand peine retiré du puits par quelques fidèles, probablement de la ville de Chur, et conduit vers cette ville. La biographie, qui présente Saint Lucien comme un « apôtre » de la Churrätia, finit par rendre gloire aux nombreux miracles opérés par le saint et qui, à cause de leur grand nombre, ne peuvent être tous mentionnés.

La biographie du saint, écrite sous la forme d’un « roman apostolique de voyage », réunit – d’après ce que le père Michael Durst remarquait – des informations historiques authentiques, des motifs et des extraits hagiographiques (Durst, op. cit., 24). La biographie met la conversion de Saint Lucien au crédit de Timothée, le disciple du Saint Apôtre Paul, exprimant ainsi le désir de sa communauté de s’assurer son inscription dans la Tradition apostolique « l’apostolicité » de l’Eglise de Chur. Les relations historiques présentes dans la biographie ne sont pas soutenables, cela va sans dire, car Timothée, le disciple du Saint Apôtre Paul, a vécu à la fin du premier siècle et il a été évêque d’Ephèse (l’Asie Mineure), tandis que l’existence des chrétiens à Chur et à proximité de la ville ne peut pas être attestée avant les Vème et VIème siècles.

Les chercheurs ont expliqué aussi l’erreur géographique relative à la Bretagne. En fait, il s’agit de la province de Prättigau à l’est de la Suisse, la résidence de la famille nobiliaire des « Pritans », mentionnée comme le lieu d’origine du saint.

La dignité royale de Saint Lucien est due à une corrélation faite avec la vie d’un roi appelé Lucien, mentionné dans le livre Liber Pontificalis (Lucien Abgar IX d’Edesse), dont la résidence se trouvait à Britinio Edessenorum. Quant à l’information que Lucien aurait prêché à proximité de la ville d’Augsbourg aussi, cela est peut-être dû au fait qu’il y avait de très bonnes relations entre les deux villes au début du Moyen Âge.

Même si la biographie est un peu romancée, elle est fondée pourtant sur des informations historiques qui témoignent de l’activité missionnaire de Saint Lucien sur le territoire de Churrätien. Son activité missionnaire aux environs de Chur et notamment à Luzisteig, est digne de crédibilité, car on atteste dans la région l’existence, depuis le début du Moyen Âge, d’une église consacrée au Saint Lucien. Les informations concernant la vénération des veaux sont véridiques et correspondent aux pratiques des religions naturistes dans cette région.

Par la présentation du « confesseur » Lucien, on connaît en fait le missionnaire Lucien de Churrätien, qui a prêché l’Evangile aux Vème et VIème siècles, quand la ville est devenue chrétienne, tandis que la plupart des territoires voisins étaient encore païens.

La vénération et la protection de Saint Lucien

Au VIIIème siècle on a déplacé les reliques de Saint Lucien de l’église Saint Etienne à l’église carolingienne récemment bâtie en l’honneur du saint, toujours dans la ville de Chur. L’église carolingienne, avec une crypte en demi-cercle, est bientôt devenue un lieu important de pèlerinage dans la région. A partir de 1252, les reliques de Saint Lucien ont été abritées dans un cercueil de style roman tardif, dans l’église de Chur susmentionnée. A l’époque de la Réforme, le cercueil a été abrité dans la trésorerie de la Cathédrale de la ville. Malgré les légendes, Saint Lucien sans doute a été la personnalité ecclésiastique la plus importante de la province Raetia prima au début du Moyen Âge (Vera Schauber et Hanns Schindler, Heilige und Namenspatrone im Jahreslauf, Augsbourg, 1998, p. 621).

A partir du Xème siècle, Saint Lucien représenté dans l’iconographie comme roi, devient le protecteur du Diocèse Catholique de Chur, d’abord fêté le 3 décembre, puis le 2 décembre.

Depuis 1295, Sainte Emérite (fêtée chaque année le 4 décembre) est présentée comme étant la sœur de l’évêque Lucien, bien qu’elle ait vécu entre le Xème et le XIème siècle. Conformément à la légende, elle a été brûlée vive à Trimmis, après avoir été d’abord abusée. La légende raconte que Saint Lucien a pris les reliques de la sainte et les a mises dans une église  qu’il a fait bâtir lui-même et consacrée à Saint André.

Aujourd’hui Saint Lucien est le protecteur de la ville et du Diocèse Catholique de Chur, mais aussi du Séminaire de la ville. Il y a des églises consacrées à Saint Lucien en Suisse (Chur, Luzisteig, Mont Piz Mundaum), mais aussi en Allemagne (Hechingen, Essen usw.), en Italie (Tiss dans le Tyrol du Sud) et en Autriche (Göfis, dans le land de Vorarlberg). Saint Lucien est aussi le protecteur du petit état du Liechtenstein, à l’est de la Suisse, et de l’Archidiocèse Catholique de cet état, fondé en 1997.

Père Alexandru Nan

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