L’appel des Douze Envoyés, Marc 3, 13-19 (3)
Je rappelle que les Douze font l’objet d’un appel très impératif, d’un genre auquel on ne se dérobe pas, et que le Seigneur veut qu’ils soient avec lui, pour qu’il les envoie clamer, et avoir autorité de jeter-dehors les démons.1
Mc 3, 18-19 – Après Les Trois Les Plus Connus, Voici Les Neuf Autres Envoyés.
Que savons-nous de ces neuf ?
Il m’a paru intéressant de chercher Àrépondre Àcette question.
1 – Ce qu’ils ont en commun.
Tous ont suivi Jésus pendant sa vie publique, et reçu l’Esprit Saint à la Pentecôte, ce qui a fait d’eux les hérauts de son ineffable incarnation2.
Ils sont célébrés comme témoins oculaires, serviteurs et disciples du Christ. Pleins de zèle et d’amour pour lui, ils ont chéri le Seigneur, et renoncé à eux-mêmes.
Depuis le jour de la Pentecôte, la puissance de l’Esprit fit sa demeure en eux. Ils ont reçu l’illumination du Paraclet.
Avec le tonnerre de l’Esprit, ils ont prêché. Ils ont été hérauts, trompettes, clairons, voix du Verbe. Par la vibration, l’air témoigne et la terre reçoit l’annonce : D’un bout à l’autre de la terre, le message a retenti.
Le feu aussi est un de leurs outils : ils sont éclairs embrasant les taillis de l’erreur, et convertissent les nationsàla lumière de la connaissance de Dieu, illuminant le monde par l’éclat de leurs sages paroles ; illuminant ceux qui gisaient dans les ténèbres de l’erreur ; ils sontlampes et flambeaux de la connaissance.
Enfin l’eau :nuées, torrents, porteurs des vivifiantes eaux, ils font jaillir les fleuves de la connaissance de Dieu, retirant du monde la funeste absence de Dieu, arrosant la sécheresse
des sans-Dieu. Prairies de la foi en la divine Trinité et en l’Incarnation du Verbe, ils sont bienfaiteurs de l’humanité, et conduisent vers le ciel ceux qui renoncent à l’erreur et ont reçu l’enseignement de la vraie foi. En sublimes théologiens, ils enseignent quela mort n’est plus, que l’infini a recréé le monde.
Outre les quatre éléments qui servent à décrire allégoriquement la prédication des apôtres, pour illustrer un autre aspect de leur mission les textes utilisent des images d’outils.
Les filets et la pêche, par lesquels ils repêchent les hommes du gouffre de l’erreur, on l’a dit. Mais aussi la canne à pêche : avec le roseau de la Croix, et la divine puissance comme fil (à pêche), qui leur confèrent la grâce des miracles et le pouvoir des guérisons, ils tirent les âmes de l’abîme du Mal, faisant des enfants de la colère des fils de Dieu.
Ils sont des flèches qui guérissent le monde entier et frappent les démons ; ils chassent les démons, écrasent les têtes des dragons, anéantissent la puissance du Maudit, tirant les peuples du désespoir, faisant des mortels des demeures de l’Esprit Saint.
Ils apportent le sel de la parole divine, qui arrête la gangrène de l’impiété, la putréfaction de l’erreur. C’est ainsi qu’ils guérissent les cœurs, les rendant capables de confesser et de glorifier le Christ Dieu et Homme, ainsi que la Divine Trinité.
Se tenant auprès du Christ, ils ont appris à clamer, et à exercer l’autorité de jeter-dehors les démons.
À la fois lumière du monde par l’enseignement, et sel de la terre par la charité, ils sont à la fois ‘Fils du Tonnerre’, et ‘Pierre’ ; ils nous rendent aptes à confesser le vrai Dieu, et donnent ainsi au Père des enfants en qui Se complaire.
Quelle ne doit pas être notre reconnaissance à leur égard, pour ce chemin qu’ils nous ont ouvert !
2 – Caractéristiques de chacun.3
Andreas, ou Saint André– Universellement fêté le 30 novembre. Son nom, grec, signifie le viril, courageux, vaillant.
Originaires de Bethsaïda, rive nord-est du lac de Galilée, André et son frère Simon-Pierre étaient des pêcheurs installés à Capharnaüm, rive ouest du lac. Contrairement à son frère aîné qui était marié, André aurait consacré sa virginité au Seigneur, et fut le premier à suivre Jean Baptiste, puis le premier à suivre Jésus – c’est pourquoi il est nommé ‘Premier-Appelé’. Après l’arrestation de Jean Baptiste ordonnée par le roi Hérode-Antipas, les frères retournent à leurs filets à Capharnaüm. C’est là que Jésus les trouvera et les appellera les premiers (Marc 1, 16-18). Après la Pentecôte, André aura une activité apostolique intense et prolongée. Ayant évangélisé de nombreuses régions, dans le Pont et autour de la mer Noire, il finira crucifié la tête en bas sur une croix « de Saint André », à Pétras dans le Péloponnèse grec. Ses reliques aussi ont beaucoup voyagé, de Pétras à Constantinople, puis à Rome pour échapper aux profanations turques, puis de nouveau à Pétras pour ce qui est du chef.
Philippos,ou Saint Philippe– Fêté le 11 octobre (1er mai chez les latins), son nom est grec et signifie « l’ami des chevaux ».
Philippe lui aussi est de Bethsaïda (Jean 1, 44). Il fut l’un des Sept Diacres préposés au ‘service des tables’ (Actes 6), puis évangélisa la Samarie, (Actes 8) où il eut maille à partir avec Simon le Magicien. Après quoi l’Ange du Seigneur l’envoya à la rencontre de l’eunuque de la reine Candace, qu’il convertit et baptisa sur le champ (Actes 8). Celui-ci retourné dans son pays fut à l’origine de la conversion de l’Éthiopie. Actes 21, 8s. nous apprend qu’après cela, Philippe résidait à Césarée de Palestine et qu’il avait quatre filles vierges qui prophétisaient. Il s’endormit en paix à Tralles en Asie Mineure.
Bar-Talmaï, ou Saint Barthélémy - Fêté le 11 juin, et le 25 août pour la translation de ses reliques (le 24 août chez les latins), son nom signifie ‘fils de Tolmaï’.4 Il serait originaire de Cana en Galilée, et aurait été le marié des noces de Cana.
Selon certains il serait aussi celui qui dans Jean est appelé Nathanaël (Jn 1, 45-51) – dont le nom signifie ‘don de Dieu’ – qui étudiait sous le figuier et que le Christ salua comme un véritable Israélite, un homme sans artifice, qui ne triche pas. D’autres réfutent cette hypothèse. Dans le Nouveau Testament, il n’est cité que dans les listes des Douze, toujours associé à Philippe, lequel en Jean 1, 45-50 présente Nathanaël à Jésus.
Selon le Synaxaire5 il eut une vie missionnaire fructueuse et riche en péripéties, qui le mena en Arabie, en Perse et en Inde – où il laissa un exemplaire de l’Évangile selon Saint Matthieu6 –, et qui se termina par la crucifixion, en Arménie.
Ses reliques voyagèrent miraculeusement jusqu’en Italie, et furent la source d’une multitude de guérisons. Il est connu et vénéré pour cela.
Matyah, ou Saint Matthieu – Fêté le 16 novembre (21 septembre chez les latins). Apôtre et Évangéliste. Son nom est un diminutif de ‘Mathithith-Yâh’ qui signifie « YHVH a donné », et lui fut attribué par le Christ lui-même, au moment où le Maître appela celui qui était encore ‘Léwi fils de Ḥalphaï’, collecteur d’impôts à Capharnaüm. (Marc 2, 14).
Matthieu dans son Évangile ne cache pas son premier état, nommant Matthieu ce publicain appelé (Mt 9, 9), alors que Marc et Luc, pudiquement le nomment Léwi (Lévi).
On lui doit le Premier Évangile, qui débute par la généalogie du Christ, ce qui vaut à Saint Matthieu d’être représenté par l’animal à face humaine de la vision d’Ézéchiel.7
Huit ans après l’Ascension du Sauveur, et le premier, Matthieu rédigea un Évangile en araméen. Saint Jacques, premier évêque de Jérusalem et frère du Seigneur le traduisit en grec, et Saint Barthélémy en fit la copie. Selon les occidentaux, latins ou byzantins, l’original araméen a disparu. Peut-être les syriaques, encore dépositaires de la culture araméenne, ont-ils une autre opinion.
Après avoir évangélisé les juifs, ses compatriotes, Matthieu partit vers les Parthes et les Mèdes, et mourut martyrisé par le roi des Parthes, lequel se convertit peu après, touché par les miracles qu’opéraient les reliques de l’Apôtre.
Tômâ, ou Thomas – Fêté le 6 octobre (le 21 décembre chez les latins). Son nom signifie : le jumeau (Didyme en grec.) Judéen d’une famille pauvre, élevé dans la dévotion pour la Loi mosaïque, sitôt qu’il rencontre le Christ, il se met à sa suite, et se montre zélé pour son Maître : Allons nous aussi et mourons avec lui (Jean 2, 16). Ayant douté d’abord de la Résurrection du Sauveur, il mit la main dans les plaies du Christ, et confessa « Mon Seigneur et mon Dieu » (Jean 20, 19-29), c’est-à-dire : Homme et Dieu – deux natures en Christ.
Lui aussi évangélisa les Parthes et les Mèdes, et poussa jusqu’à l’Inde où il fut martyrisé.
Il est vénéré comme le fondateur de l’Église des Indes.
Ya‘aqov fils de Chalphaï, ou Jacques fils d’Alphée – Fêté le 9 octobre (le 1er mai chez les latins). Son nom signifie ‘le talonneur’, celui qui talonne et brûle de passer devant, désir qui fait de lui un ardent, un grand zélé.
Pour le Synaxaire de Constantinople, en tant que ‘fils d’Alphée’ il est frère de Matthieu, l’Apôtre et Évangéliste. Marc, en 2, 14 dit en effet : Il (Jésus) a vu Léwi fils de Chalphaï assis à l’octroi et il lui dit : Suis-moi et se levant il l’a suivi. Or ce Léwi, publicain et pécheur, c’est bien lui qui sera Matthieu l’Apôtre et Évangéliste, par la grâce de Dieu.8
De Jacques fils d’Alphée on sait peu de chose. Animé d’un grand zèle comme son nom l’indique, sa parole féconde l’avait fait surnommer ‘Germe divin’ par ses ouailles. Il mourut crucifié en Égypte, assez peu de temps après l’Ascension probablement.
Taddaï, ou Thaddée – Fêté le 21 août (le 28 octobre chez les latins). Surnommé parfois Lebbée, et appelé ‘Jude de Jacques’ par Luc (Lc 13, 16 et Ac 1, 25). Saint Jérôme l’appelle ‘l’homme aux trois noms’9. ‘Thaddée’ en araméen fait allusion à la poitrine, et ‘Lebbée’ en hébreu réfère au cœur. Donc, homme de cœur, courageux. [NOTA – Ce ‘Jude de Jacques’ n’est pas le ‘Jude frère du Seigneur’ auteur de l’épître de Jude.10]
Pour le Synaxaire11, Thaddée est un juif de la Diaspora, né à Édesse en Mésopotamie septentrionale. Très instruit dans les Écritures, il vint à Jérusalem pour un grand pèlerinage, rencontra Jean Baptiste et se mit à sa suite. Puis il suivit Jésus, qui le renverra à Édesse auprès du roi Abgar, celui qui demandait à Jésus de venir le guérir de sa lèpre. Là se place l’histoire du Mandylion (fêté le 16 août) dont je ne parlerai pas. Thaddée baptisa le roi ainsi que bon nombre de ses sujets, et cet État fut le premier à se déclarer chrétien. Thaddée évangélisa d’autres régions du Moyen-Orient, et mourut en paix. Ses reliques furent transférées à Constantinople en 337.
Shim‘ôn le Zélote, ou Simon le Zélote – Fêté le 10 mai (le 28 octobre chez les latins). Simon signifie l’écoutant, et Zélote traduit ‘Cananéen’, mot araméen qui signifie ‘zélé’, homme fervent, plein de désir, ou ‘zélote’, c’est-à-dire partisan d’un mouvement révolutionnaire.
« Les zélotes étaient des terroristes, qui visaient non seulement l’occupant romain, mais aussi ceux de leurs coreligionnaires qu’ils jugeaient trop tièdes »12 … Ils n’hésitaient pas à faire le coup de main. Jésus en avait donc dans son cercle de Douze …13
Suite à un contre-sens sur son surnom de ‘Cananéen’, on a pensé longtemps qu’il était ‘de Cana’, et même l’époux des Noces de Cana. Cette interprétation paraît maintenant erronée.
Zélé dans son apostolat, il a parcouru le monde, de l’Afrique du nord à l’Angleterre, pour revenir vers l’Égypte, et finir martyr en Perse.
Yehoudâ Iscarioth, ou Judas Iscariot – Ne figure bien sûr pas dans le Synaxaire et n’a pas de fête ! Selon Xavier Léon Dufour, son nom est de signification incertaine : Ish Cariôt, signifie homme-citoyen de Cariot, ville du sud de la Judée ; ‘ichqaryâ’ en araméen signifie ‘le faux’ ; et ‘sikarios’ en grec signifie le ‘sicaire’ ou ‘tueur à gages’.
Il est l’un des Douze. Toujours cité le dernier dans les listes, son nom est toujours accompagné de la qualification de traître. Deux motifs sont invoqués pour sa trahison : son amour de l’argent (Mt 27, 15 / Jn 12, 6 et 13, 29), et l’action de Satan sur son cœur (Lc 22, 3 / Jn 6, 70 et 1, 2. 26s.). Des traditions variées rapportent sa mort (Mt 27, 5 / Ac 1, 18.25).
De nos jours on aime donner des interprétations politiques aux faits anciens, et une nouvelle hypothèse est apparue14. Si l’on admet la thèse selon laquelle Judas était un zélote lui aussi, on pensera qu’il attendait un Messie-Roi délivrant Israël du joug romain. Voyant que Jésus, à plusieurs reprises refuse ce rôle et reste toujours ambigu quant à la nature de son Royaume, Judas finit par abandonner celui dont il s’estime trahi.
Conclusion
Sur quels critères Jésus a-t-il recruté ses Douze Apôtres ? Difficile de le dire.
Il y a des Galiléens, et d’autres : au moins un Judéen, au moins un homme de la Diaspora ;
Il y a des hommes très instruits, et d’autres peu instruits ;
Il y en a de moralement très recommandables, et d’autres pas ;
Il y a des ruraux et des citadins …
Mais il n’y a parmi eux ni pharisien, ni sadducéen. Ni aucune femme.
Jésus les a fait vivre ensemble, et ils ont dû s’exercer à s’aimer, malgré leur diversité.
Excluons Judas : tous ont été fidèles à leur mission et ont porté au monde la Bonne Nouvelle de l’Incarnation.
Philippe et Thaddée sont morts en paix (et Jean l’Évangéliste), mais les autres ont été martyrisés, voire crucifiés. Tous ont renoncé à eux-mêmes pour porter le message.
Ils ont été l’Église naissante. Grâce à eux les générations suivantes ont reçu ‘le dépôt’, jusqu’à nous aujourd’hui. Combien nous leur devons !
Que Dieu soit béni pour son Église fondée sur ses Douze Envoyés.

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