L’humilité est une vertu que nous voyons chez l’autre, mais que nous ne pouvons voir en nous-mêmes. Celui qui dirait de lui-même „je suis humble” ne serait qu’un pauvre vaniteux. On devient humble sans se le proposer, par obéissance, détachement, par le respect du mystère, dans sa gratuité, par la disponibilité, en somme, de recevoir la grâce. Et surtout par la „crainte de Dieu”, qui n’est pas la terreur de l’esclave devant un maître tyrannique qui punit, mais la crainte subite de ne pas perdre sa vie dans l’illusion, dans le ventre toujours affamé de l’ego, dans le ballon rempli d’éther des passions.
Olivier Clément, La prière de Saint Ephrem le Syrien
„La crainte de Dieu” nous rend humbles et nous libère de la terreur du monde – je suis libre parce que je n’ai plus rien, dit un personnage du Premier cercle de Soljenitsine - qui se transpose petit à petit dans cette crainte éblouie à laquelle arrive tout grand amour. L’humilité se matérialise aussi dans la disponibilité à faire attention à l’autre, à un arbre, à un insecte que nous apercevons au passage, voire même à un nuage éphémère mais tellement beau l’espace d’un instant. L’humilité rend possible l’état de veille, de sobriété, le pouvoir de «voir les mystères de la gloire de Dieu cachés dans les créatures...» (St. Isaac le Syrien, Traités ascétiques, 72). L’humilité est le socle et la conséquence des «vertus», l’un et l’autre cachés à nos regards. C’est une sensibilité à la résurrection de toute la création.
Olivier Clément, La prière de Saint Ephrem le Syrien
Tous, nous nous tourmentons sur terre et cherchons la liberté; mais il y en a peu qui savent en quoi consiste la liberté et où elle se trouve. Moi aussi, je désire la liberté et je la cherche jour et nuit. J’ai compris qu’elle est auprès de Dieu, et que Dieu la donne à ceux qui ont le cœur humble, qui se sont repenti et qui ont retranché leur volonté propre devant Lui. A celui qui se repent, le Seigneur donne Sa paix et la liberté de L’aimer. Et il n’y a rien de meilleur au monde que d’aimer Dieu et son prochain. C’est en cela que l’âme trouve paix et joie.
Starets Silouane, Moine du Mont Athos, Vie, doctrine et écrits
... Je suis esprit enveloppé d’un nuage de terre,
Je suis homme engendré d’un père et d’une mère,
Mais je suis question sans réponse.
Quelle voix pourra me dire où se trouve
L’océan de sommeil qui par son soupir
M’a envoyé dans le monde?
Même la mère ne sait pas quelle mystérieuse norme
M’a donné dans sa chair une éphémère forme,
Néant florissant par miracle,
Car toutes les sources de nos ombres
Murmurent au-dessus des archanges et des astres
Dans Ton éternelle sagesse.
Dans les cieux, Père,
je suis comme une vapeur parmi les vapeurs
Semblable à l’eau cristallisée dans la glace
Par mon écorce de chair de l’espace.
Toi, tu conçois, et tout prend naissance;
tu veux et tout dure;
Tu respires… et le monde fleurit; tu aimes et
le monde vibre
De l’insatiable désir de lumière infinie.
De Toi je suis affamé, et assoiffé,
Je laisse ma trace d’ombre sur cette planète
Aux cimes enneigées de soleil;
Et dans l’élan de la foi goûtant l’éternité,
De la poussière de ce monde je crie ma joie
Car je suis dans Celui qui est!
Nichifor Crainic, Louange (fragm.)
Ne parlez point mal les uns des autres, frères. Celui qui parle mal d’un frère, ou qui juge son frère, parle mal de la loi et juge la loi. Or, si tu juges la loi, tu n’es pas observateur de la loi, mais tu en es juge.
Un seul est législateur et juge, c’est celui qui peut sauver et perdre; mais toi, qui es-tu, qui juges le prochain?
A vous maintenant, qui dites: Aujourd’hui ou demain nous irons dans telle ville, nous y passerons une année, nous trafiquerons, et nous gagnerons! Vous qui ne savez pas ce qui arrivera demain! car, qu’est-ce votre vie? Vous êtes une vapeur qui paraît pour un peu de temps, et qui ensuite disparaît. Vous devriez dire, au contraire:
Si Dieu le veut, nous vivrons, et nous ferons ceci ou cela. Mais maintenant vous vous glorifiez dans vos pensées orgueilleuses. C’est chose mauvaise que de se glorifier de la sorte. Celui donc qui sait faire ce qui est bien, et qui ne le fait pas, commet un péché.
Epître du St. Apôtre Jacques, IV, 11-17
Si tu te mets en colère en réprimandant quelqu’un, tu ne fais que satisfaire ta passion. Il ne faut pas sauver l’autre en te perdant toi-même.
Abba Macarios, Apophtegmes des Pères du désert
La prédication de la Résurrection reste une folie pour ce monde. Et ce n’est pas étonnant que les chrétiens eux-mêmes l’« expliquent » en quelque sorte, en la réduisant en fait aux vieilles doctrines préchrétiennes de l’immortalité et de la survie... Or, l’Eglise est l’entrée dans la vie ressuscitée du Christ, communion dans la vie éternelle, joie et paix dans l’Esprit Saint. C’est l’attente « du jour sans crépuscule » du Royaume; non pas d’un « autre monde », mais de la plénitude de toutes choses et de toute la vie du Christ. En Lui, la mort elle-même est devenue fait de vie, parce qu’Il l’a remplie de Lui-même, de Son amour et de Sa lumière.
Et si je fais mienne cette nouvelle vie, si je fais mienne cette faim et cette soif du Royaume, si je fais mienne cette attente du Christ, dans la certitude que le Christ est la Vie, alors ma mort elle-même deviendra acte de communion avec la Vie. Car ni la vie, ni la mort, ne peuvent nous séparer de l’amour du Christ. Je ne sais ni « quand » ni « comment » viendra l’accomplissement. Mais je sais qu’en Christ ce grand Passage, la Pâque du monde, est déjà commencé; la lumière « du siècle à venir » vient vers nous dans la joie et la paix de l’Esprit Saint, parce que le Christ est ressuscité et la Vie triomphe.
P. Alexander Schmemann, Pour la vie du monde
Aux matines de la nuit de Pâques, dans le silence qui scelle le Samedi Saint, le prêtre et le peuple sortent de l’Eglise. La procession d’arrête devant les portes closes de l’enceinte. Pour un moment, ces portes symbolisent le tombeau du Seigneur, la mort et l’enfer. Le prêtre fait le signe de croix sur les portes, et celles-ci s’ouvrent grandes comme celles de l’enfer, et le peuple entre dans l’Eglise inondée de lumière, en chantant:
« Le Christ est ressuscité des morts, par la mort il a terrassé la mort, à ceux qui sont dans les tombeaux Il a donné la vie! ».
Les portes de l’enfer sont devenues la Porte de l’Eglise, donc du Royaume. En effet, le monde dans son ensemble est à la fois enfer et royaume de Dieu, à la fois condamné et sauvé.
« Voici, frère, le commandement que je te donne », dit Saint Isaac:
« que la miséricorde fasse incliner toujours ta balance, jusqu’à ce que tu sentes en toi-même la miséricorde de Dieu envers le monde ».
Paul Evdokimov, L’amour fou de Dieu
Choix des textes: Daniel Chira

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