Ajouté le: 5 Janvier 2010 L'heure: 15:14

Fragments neptiques (janvier-février 2010)

Fragments neptiques (janvier-février 2010)

Le monde moderne a exilé la joie dans la catégorie de l’»amusement» et de la «relaxation». Elle est justifiée et autorisée durant nos «loisirs»; c’est une concession, un compromis.

D’autre part, le christianisme a marqué la fin de toute joie naturelle. En révélant l’Homme parfait, il a révélé l’abîme de l’éloignement de l’homme par rapport à Dieu et l’infinie tristesse de cet éloignement … «Il y a une seule tristesse», dit Léon Bloy, «celle de ne pas être un saint». Cette tristesse pénètre mystérieusement dans toute la vie du monde; sa faim et sa soif frénétique de la perfection, qui tue toute joie…

Pourtant, d’autre part, le christianisme marque aussi la révélation de la joie et son don à l’homme, en nous offrant ainsi la seule vraie fête. Chaque samedi soir, aux vêpres, nous chantons: „car par la Croix la joie est venue dans le monde». Cette joie est la seule joie pure, parce qu’elle ne dépend de rien de ce monde et ne constitue pas la récompense pour quelque chose que nous aurions mérité. Elle est entièrement, et absolument, un don, «charis», la grâce. Et étant en vérité un don, cette joie est la seule force vraiment transformatrice de ce monde. C’est le sceau du Saint Esprit sur la vie de l’Eglise – sur sa foi, son espérance et son amour.

P. Alexander Schmemann, Pour la vie du monde

Souvent, nous avons envie de dire: si je pouvais oublier la douleur que m’a causé mon prochain, je pourrais lui pardonner. Mais je ne peux pas oublier – Seigneur, donne-moi d’oublier!... Mais ce n’est pas pardonner, cela: pardonner, c’est voir l’homme tel qu’il est, dans son péché, insupportable, avec le fardeau qu’il fait peser sur ta vie, et dire: Je vais te porter comme une croix... Je vais te porter devant Dieu eu Lui dire: «Seigneur, j’ai porté celui-ci pendant toute ma vie, car j’ai peur qu’il ne soit perdu. Maintenant pardonne-lui, parce que moi, je lui ai pardonné!”

Métropolite Antoine de Souroge, La joie du repentir

Le Seigneur Dieu dit : Il n’est pas bon que l’homme soit seul. Il faut que je lui fasse une aide qui lui soit assortie. Le Seigneur Dieu modela encore du sol toutes les bêtes sauvages et tous les oiseaux du ciel, et il les amena à l’homme pour voir comment celui-ci les appellerait : chacun devait porter le nom que l’homme lui aurait donné. L’homme donna des noms à tous les bestiaux, aux oiseaux du ciel et à toutes les bêtes sauvages, mais, pour un homme, il ne trouva pas l’aide qui lui fût assortie. Alors le Seigneur Dieu fit tomber une torpeur sur l’homme, qui s’endormit. Il prit une de ses côtes et referma la chair à sa place. Puis, de la côte qu’il avait tirée de l’homme, le Seigneur Dieu façonna une femme et l’amena à l’homme. Alors celui-ci s’écria : Pour le coup, c’est l’os de mes os et la chair de ma chair ! Celle-ci sera appelée femme, car elle fut tirée de l’homme, celle-ci ! C’est pourquoi l’homme quitte son père et sa mère et s’attache à sa femme, et ils deviennent une seule chair. Or tous deux étaient nus, l’homme et sa femme, et ils n’avaient pas honte l’un devant l’autre.

Genèse, II, 18-24

Si l’homme est enclin à poétiser la femme, restant un romantique incorrigible, la femme est celle qui aime l’homme pour ce qu’il est et tel qu’il est …

Sur le mariage pèse le lourd fardeau de toute la dépravation de la race humaine. Dans les lieux publics et sur des scènes ouvertes la foule avide de spectacles malsains a déchiré les voiles nuptiaux. Un certain romantisme cherchera toujours un érotisme frappant et des images poétisées …

Une civilisation trop masculine mène le monde sur le bord du précipice. Le mythe du masculin, du semeur, le contre-mythe de la femme amazone, de la libération de tous les interdits moraux sont autant d’impasses. Le monde des «sans Dieu» est tout d’abord le monde où la Vierge n’existe pas, un monde dépourvu du sacerdoce maternel de la femme. Dans ce vide, la parole de Nietzsche adressée aux femmes prend un ton prophétique : «Dans votre amour il y a votre honneur; aimez toujours plus que vous n’êtes aimées, soyez toujours les premières en amour». Remplies de leur fiat, les femmes sont «le sourire de Dieu» Qui sauve le monde.

Paul Evdokimov, Le sacrement de l’amour

Selection des textes: Daniel Chira (Londres)

Fragments neptiques (janvier-février 2010)

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