Ajouté le: 10 Septembre 2009 L'heure: 15:14

Au fil de la vie...

Un mot sur l’euthanasie

“L’époque où nous vivons accorde le droit de mourir pour se soustraire plus facilement au sens de la mort.”
(Bertrand Vergely, La Mort interdite)
 

Au fil de la vie...

Il est des épreuves qui mettent à genoux. Il est des êtres humains que la souffrance crucifie et cloue – pour une durée indéterminée – des clous de la perfusion. Il est des maladies qui dévorent le corps jusqu’à en faire une ruine. Quand la souffrance atteint les limites de l’insupportable, quand la révolte sourde de certaines maladies exclut tout appétit de survivre, quand les traitements médicaux se révèlent impuissants, quel sens peut encore avoir la vie? La culture séculière n’a pas de réponse cohérente à une telle provocation; ainsi arrive‑t‑il que certains se trouvent  à encourager des solutions radicales comme de précipiter la mort. Provoqué par des techniques médicales, à la demande du malade ou d’une personne de son entourage, le processus lui‑même est appelé euthanasie active. La question est légalisée pour le moment, sous différentes formes, seulement dans certains pays. En Hollande, par exemple, il existe des médecins qui vont à domicile interrompre la vie de leur patient : en 15 minutes, après l’injection d’un somnifère associé à une substance nocive, le malade se trouve privé de tout souffle… 

Les principaux arguments en faveur de l’euthanasie soulignent le manque de sens de la souffrance et la liberté de choisir la mort: si la vie se résume à une épreuve persistante, épuisante, pourquoi se contenter d’une survie dans l’agonie? Du moment où l’on est un être libre, maître de son corps, pourquoi n’aurait‑on pas le droit de mourir quand on le choisit? Cette façon d’aborder la question est simple mais, dans son fond, elle est liée à la question de l’autonomie personnelle. C’est une façon de dire: je fais ce que je veux parce que je m’appartiens. Une telle perspective ne doit pas nous surprendre. Dans une société de type hédoniste, indifférente aux (res)sources de la souffrance et pratiquement allergique à l’idée de Dieu, la revendication du droit à la mort est d’une certaine façon compréhensible.

Si nous plaçons toutefois la discussion dans le contexte des principes chrétiens, nous partirons de tout autres prémisses: (a) en découvrant que la souffrance peut avoir un sens et (b) en montrant que l’être humain n’est pas complètement autonome. Les significations de la souffrance sont toujours personnelles, étant liées au drame du péché et du salut. En ce qui concerne l’autonomie invoquée, il est limpide que, du moment où la vie est un don divin, nous n’en sommes pas seuls propriétaires. Nous pouvons plutôt nous appeler ses administrateurs. En ce sens, l’argument de supprimer la vie en raison de sa qualité est irrecevable. L’euthanasie réduit de cette façon l’existence à un bien de consommation qui peut être détruit quand il n’est plus satisfaisant. 

Et pourtant… comment continuent à souffrir ceux qui se trouvent à l’agonie? Faut‑il qu’ils endurent résignés des supplices interminables pendant que nous pérorons sur la valeur de la vie? Naturellement non. Ici intervient le rôle essentiel de la médecine. Nous pensons à l’aide qu’elle apporte à l’agonisant pour attendre la mort dans les conditions les plus acceptables. Dans ce contexte, il existe aujourd’hui des traitements analgésiques capables d’atténuer la douleur jusqu’au degré où elle devient tolérable. Du reste, les médecins savent bien que l’utilisation de calmants peut accélérer indirectement la mort du patient. Justement pour cette raison l’administration de ceux‑ci doit être faite avec équilibre. La mort doit toujours survenir comme conséquence de l’évolution de la maladie. Quand l’Eglise prie pour l’agonisant, elle ne légitime par les interventions médicales qui suppriment intentionnellement la vie.

L’enjeu de la médecine palliative est, non seulement de calmer la douleur, mais également de créer un cadre dans lequel le malade peut se préparer spirituellement à la rencontre avec Dieu. Il est essentiel que, au chevet d’un souffrant, soient disponibles autant le médecin que le prêtre. Si le premier est responsable du traitement de la douleur, le prêtre peut offrir au malade le sacrement de l’Eucharistie comme transfusion de la Vie.

L’euthanasie est dangereuse de plusieurs points de vue. Sa justification ouvre une voie facile à l’extermination des “indésirables”, de ceux dont les capacités diffèrent du “standard”. Si les traitements médicaux deviennent coûteux, les proches du patient pourraient préférer l’euthanasie  à un sacrifice financier. Et finalement, l’accepter impliquerait la baisse de qualité des traitements palliatifs et l’affaiblissement des efforts des médecins pour sauver la vie humaine.

L’euthanasie est une tentative lamentable pour éviter de répondre à la question du sens de la souffrance et de la mort. Réduite à son essence, l’euthanasie est un crime parfumé; et cela parce qu’il n’est légitime pour personne d’interférer dans le plan de Dieu, en écourtant de façon préméditée la vie d’un être humain.

La solution chrétienne à la question de la souffrance extrême implique des traitements médicaux accomplis avec discernement, la présence aimante et la patience angélique des proches, la “transfusion de sérénité” (Charles Henry Rapin) qu’apportent les minuscules gestes d’entr’aide, ainsi que l’espérance orientée dans l’eschatologie.

La souffrance et la mort ont un sens parce que le Christ a souffert, est mort et est ressuscité, et qu’Il nous a rendus participants de sa Résurrection. La mort n’a plus le dernier mot, mais elle devient naissance à l’éternité, seuil du Royaume. En ce qui concerne la souffrance… ses significations immédiates, ses enjeux intimes nous échappent la plupart du temps. La seule réponse aux interrogations demeure généralement le silence. Il laisse la place au Mystère où se lèveront des voies qu’on ne peut évaluer.

Daniel Chira

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