Cette parole est certaine, et je veux que tu te montres affirmatif là‑dessus, afin que ceux qui ont cru en Dieu s’appliquent à pratiquer de belles œuvres. Voilà ce qui est bon et utile aux hommes. Mais les folles spéculations, les généalogies, les disputes, les conflits relatifs à la loi, évite‑les, car ils sont nuisibles et sans valeur.
Le sixième Dimanche après la Pentecôte, nous avons tous écouté dans l’Eglise ces paroles de Saint Paul pour Tite. Il n’est pas difficile d’observer que l’on trouve le même esprit dans les messages du Saint Synode pour les croyants dans certaines situations bouleversantes « qu’ils restent droits dans leur foi pour notre Seigneur Jésus Christ, le vainqueur de l’Enfer et de la mort, qu’ils croissent dans leur prière et dans les bonnes œuvres, menant une vie chrétienne dans la famille, dans le monastère et dans la société. »
Toutefois, ces messages modérés provoquent une certaine désillusion...on voudrait qu’ils soient plus radicaux, qu’ils incitent a l’action. Pourquoi les simples conseils pour une vie chrétienne nous paraissent banals et dépassés? Nous n’avons pas la même attitude que les juifs qui ont crucifié le Christ parce qu’Il n’a pas réagi face au règne romain?
Quand notre Seigneur Jésus Christ est entré à Jérusalem, assis sur un âne, la foule l’avait reçu avec beaucoup d’enthousiasme, comme étant celui qui allait les libérer du règne romain et qui allait restaurer le royaume de David. Ils voyaient en Jésus le Messie qu’ils attendaient déjà depuis des centaines d’années et qui régnerait dans les siècles des siècles. Il a fallu seulement quelques jours pour que les habitants de Jérusalem se rendent compte qu’Il n’était pas l’empereur qu’ils voulaient. Il leur parle d’un royaume qui „n’est pas de ce monde” (Jean 18, 36) et ne réagit pas fermement contre les romains. Il parait même qu’Il leur reconnait le pouvoir dans ce monde: « Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu ». (Marc 12, 17)
Ainsi, quand il doit choisir entre l’Agneau de Dieu, arrêté injustement, et Barabbas, qui avait conduit une révolte contre le règne romain, le peuple, très déçu par le personnage Jésus, ne doute pas: c’est Barabbas qui doit être libéré. C’est le moment de l’agir, la splendeur du royaume de David a été construite avec la lutte, contre Goliath et les autres ennemis et ce Jésus, naïf et pas réaliste, leur dit de donner à César ce qui est à César. Les apôtres se dispersent, ils laissent le Christ tout seul. Ils ne savent pas quoi croire, ils voient Jésus battu, insulté, crucifié et enterré. Où sont le royaume et la gloire dont il avait parlé?
Deux jours plus tard, Luc et Cléopas, en rencontrant un étranger, lui confessent leur mécontentement. L’étranger leur explique les prophéties: Le Christ ne s’est pas fait homme pour être roi, mais pour guérir les hommes de la douleur provoquée par la séparation de Dieu. Leurs cœurs commencent à bruler et ils reconnaissent Jésus dans la Communion. Leur espoir renaît. Mais les yeux de leur âme ne sont pas encore ouverts. Le rêve d’un royaume terrestre existe encore. Ils attendent encore que Jésus apporte une solution politique: quelques moments avant la Montée aux Cieux, les apôtres lui demandent « Seigneur, est‑ce à ce moment‑là que Tu rétabliras le royaume pour Israël? » (Actes 1, 6)
Mais, après la Pentecôte, la situation change. Les apôtres transmettent la parole de Jésus Christ, le Fils de Dieu, qui est devenu homme et est ressuscité des morts pour nous donner la Vie. Que s’est‑il passé entre temps? Ils avaient reçu « la connaissance parfaite » (Saint Irénée de Lyon) par la descente du Saint Esprit, qui nous donne la force de comprendre les mystères du Royaume.
Les disciples commencent à transmettre la parole de la Vérité dans tout l’Empire. C’est difficile, parce que le règne romain contrôle tout. Saint Pierre a le courage de baptiser le romain Corneille avec sa famille, après une vision qui lui montre que tous les gens sont appelés à suivre le Christ. Par la miséricorde de Dieu, Saint Paul les rejoint, et il deviendra l’apôtre des peuples. L’injustice sociale dans l’empire et l’esclavage sont scandaleux. Mais cela n’est pas un obstacle pour être chrétien, parce qu’en Christ, tout homme est libre: « En effet, l’esclave qui a été appelé par le Seigneur est un affranchi du Seigneur. » (1 Corinthiens 7, 22); « …chacun, esclave ou homme libre, recevra du Seigneur le bien qu’il aura lui‑même fait. » (Éphésiens 6, 8)
Saint Paul était citoyen romain. La citoyenneté était accordée par l’empereur romain, un vrai antéchrist dans cette période. Si l’on avait eu à ce moment‑là des passeports, ils auraient sûrement contenu des marques de l’empire. Aurait‑on considéré cela comme une empreinte, un compromis avec les forces du mal? Le Saint nous montre le contraire! Il utilise ses droits de citoyen romain pour transmettre la parole de Dieu aux gens. Il va mourir comme martyr, non pas parce qu’il s’était opposé au pouvoir romain et à ses marques, mais parce qu’il était disciple du Christ.
Prions Dieu pour qu’Il nous donne, par son Saint Esprit, le discernement, pour savoir Lui rendre témoignage, ne tenant pas compte du pays où on vit ou de la situation dans laquelle on se trouve. Essayons de ne pas nous laisser piéger par les lois absurdes qui nous sont imposées, mais, comme Saint Paul, laissons Christ vivre en nous et confessons‑Le par notre vie. « Acquiers la paix intérieure et des âmes, par milliers, trouveront auprès de toi le Salut. » (Saint Séraphin de Sarov)
Commençons par combattre nos propres passions, quand nous les aurons vaincues avec la grâce du Christ, probablement saurons‑nous ce qu’il y a lieu de faire. Car je ne dis pas qu’il n’y a rien à faire, mais je dis que tant que nous ne serons pas de vrais disciples du Christ, tant que nous ne serons pas [...] imprégnés de son Evangile et réellement habités de son amour, nous risquons fort de nous tromper de combat et d’adversaire. Cette imprégnation d’esprit évangélique est indispensable, même pour exercer correctement notre devoir de citoyen, avec le recul et la lucidité qui conviennent à quelqu’un dont la vraie patrie est d’abord céleste. Alors seulement, nous serons capables d’avoir des opinions et des activités politiques, au sens noble du mot « politique », qui ne nous mettront pas en porte‑à‑faux avec la loi du Christ. (Archim. Jacob, « Ne pas se tromper de combat », Apostolia, no. 7, octobre 2008)
Bogdan Grecu

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