Saint Maxime de Turin, sermon 38, CCL 23,149-150
Nous avons dit hier que la Croix du Seigneur a apporté le Salut à l’humanité et c’est vrai. Sa Passion est en effet notre Rédemption, Sa mort est notre vie. Il a souffert tous ces maux pour que nous éprouvions tous ces biens, Il a choisi que s’exerçât contre Lui une sanglante barbarie pour nous donner largement Sa Miséricorde, Il a voulu être bon envers nous au point d’en être auparavant cruel envers Lui-même ; en effet effaçant par la Croix les torts du genre humain, Il les a tous assumés dans Sa Passion de sorte qu’il n’y eût plus rien par la suite qui portât du tort à l’homme.
La Croix est donc un Grand Mystère et si nous essayons de le comprendre, le monde même est aussi sauvé par ce signe. En effet quand les marins fendent la mer, ils dressent auparavant l’arbre du mât et tendent la voile pour que s’ouvrent les flots, ayant ainsi formé la Croix du Seigneur et en sécurité grâce à ce Signe du Seigneur, ils gagnent le port du Salut et échappent au péril de la mort ; la voile suspendue au mât est en effet l’image de ce Signe Divin comme le Christ a été élevé sur la Croix. Voilà pourquoi, la confiance naissant de ce Mystère, les hommes ne se préoccupent pas des bourrasques de vent et réalisent les voyages qu’ils ont souhaités. En revanche, de même que l’Église ne peut rester debout sans la Croix, de même le navire est affaibli sans son mât. Le diable en effet la tourmente aussitôt et le vent frappe le navire mais quand se dresse le Signe de la Croix, l’injustice du diable est repoussée et la bourrasque des vents s’assoupit.
Quand le bon agriculteur s’apprête à retourner la terre et à lui demander la nourriture pour notre vie, il n’entreprend pas ce travail sinon sous le Signe de la Croix : en montant le soc en effet en fixant les œillets, en introduisant le manche il imite l’image d’une Croix et l’assemblage lui-même est à la ressemblance de la Passion du Seigneur. Le Ciel lui-même aussi est disposé comme une image de ce Signe car quand on distingue quatre parties, l’Orient, l’Occident, le Midi et le Nord, il est délimité comme par les quatre angles d’une Croix.
L’allure de l’homme lui-même quand il élève les mains, représente une Croix et de ce fait, il nous est recommandé de prier les mains levées afin que nous proclamions aussi par cette attitude de notre corps la Passion du Seigneur. Alors en effet quand notre corps aussi imite le Christ à Qui s’adresse notre esprit, notre prière est plus vite exaucée. C’est de cette façon encore que Moïse, le Saint, a été vainqueur quand il faisait la guerre contre Amalech, non point par les armes ni par le fer mais les mains levées vers Dieu. On a ce texte : «Quand Moïse avait les mains levées, Israël était vainqueur mais quand il avait reposé ses mains, Amalech reprenait des forces. » (Exode 17, 11)
Par ce Signe du Seigneur donc, la mer est ouverte, la terre cultivée, le Ciel gouverné, les hommes sont sauvés. Et même, je l’affirme, par ce Signe du Seigneur, les enfers sont ouverts. C’est parce que le Seigneur Jésus-Christ, Lui Qui portait la Vraie Croix, a été enseveli en terre et la terre qu’Il avait profondément labourée pour ainsi dire brisée de toutes parts, fit germer tous les défunts qu’elle retenait.

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