par le Métropolite Antoine de Sourozh (1914-2003)
Le Christ est ressuscité ! (Ro. VIII, 34-39)
Quand le Christ, le premier, sortit de la tombe et apparut à Ses disciples et aux myrrhophores, Il les salua par cette parole : « Réjouissez-vous ! » Et quand plus tard, Il apparut aux Apôtres, Ses premiers mots furent : « La paix soit avec vous ! » ; la paix, car leur confusion était très grande – le Seigneur était mort. Il semblait que tout espoir de la victoire de Dieu sur la méchanceté humaine, du bien sur le mal, avait péri. Il aurait pu sembler qu’il s’agissait du meurtre de la vie-même et que la lumière avait disparu. Tout ce qui restait aux disciples qui avaient cru en Christ, en la vie, en l’amour, était de continuer à exister, car ils ne pouvaient plus vivre. Ayant goûté à la vie éternelle, ils étaient maintenant aux mains des ennemis du Christ, condamnés à s’attendre à une persécution et une mort cruelles.
« La paix soit avec vous ! » déclarait le Christ. « Je suis ressuscité, Je suis vivant, Je suis avec vous, par conséquent, rien – ni la mort ni la persécution – ne vous sépareront ou vous priveront de la vie éternelle, la victoire de Dieu ». Et alors, les ayant convaincus de Sa résurrection physique, ayant restauré leur paix et la certitude inébranlable de leur foi, le Christ prononça des paroles qui peuvent, dans le temps présent, résonner comme menaçantes et effrayantes pour beaucoup : « Comme le Père M’a envoyé, de même Je vous envoie ». Quelques heures seulement après la mort du Christ sur la croix, peu de temps après la nuit effroyable de Gethsémané, la trahison de Judas quand le Christ avait été saisi par Ses ennemis, condamné à mort, conduit hors des murs de la ville, était mort sur la croix, ces mots avait un son menaçant. Et ce fut seulement la foi, la certitude victorieuse que le Christ était ressuscité, que Dieu avait vaincu, que l’Église était devenue une force invincible, qui transforma ces paroles en paroles d’espoir et de succès de Dieu.
Et les disciples sortirent prêcher ; rien ne put les arrêter, Douze hommes confrontés à l’empire romain. Douze hommes sans défense, douze hommes sans droits légaux s’en allèrent prêcher le plus simple des messages, que l’amour divin avait pénétré le monde et qu’ils voulaient donner leur vie pour cet Amour, afin que d’autres puissent croire et renaître à la vie, et qu’une vie nouvelle pût commencer pour d’autres au travers de leur mort. (I Co. IV, 9-13)
La mort, en vérité, leur fut accordée ; pas un seul des Apôtres, excepté St Jean le Divin, qui ne mourut en martyr. La mort leur fut accordée, et la persécution, et la souffrance, et la croix. (II Co. VI, 3.14)
Mais la foi, la foi en Christ, en Dieu incarné, la foi en Christ crucifié et ressuscité, la foi en Christ qui a apporté un amour inextinguible dans le monde, a triomphé. « La victoire qui a conquis le monde c’est notre foi. »
Cette prédication a changé l’attitude de l’homme envers l’homme ; toute personne est devenue précieuse aux yeux d’une autre. La destinée du monde s’est élargie et approfondie ; elle a fait éclater les limites de la terre, et a uni la terre au ciel. Et maintenant, nous, les Chrétiens, selon les mots d’un prédicateur occidental, nous sommes devenus, dans la personne de Jésus- Christ, le peuple auquel Dieu a confié le soin d’autres peuples ; pour qu’ils puissent croire en eux-mêmes parce que Dieu croit en eux ; pour qu’ils puissent espérer toutes choses parce que Dieu a mis Son espoir en nous ; pour qu’ils puissent être aptes à porter notre foi victorieuse au travers de la fournaise de l’horreur, des tribulations, de la haine, de la persécution – cette foi, celle qui a déjà conquis le monde, la foi en Christ, Dieu crucifié et ressuscité.
Alors, nous aussi, défendons cette foi. Proclamons-la sans peur, enseignons-la à nos enfants, amenons-les aux sacrements de l’Église qui, même avant qu’ils ne puissent le comprendre, les unira à Dieu et plantera en eux la vie éternelle.
Chacun d’entre nous, tôt ou tard, se tiendra devant le Jugement de Dieu et aura à répondre d’avoir été capable ou non d’aimer le monde entier – croyants et incroyants, les bons et les mauvais – de cet amour sacrificiel, crucifié, totalement victorieux avec lequel Dieu nous aime.
Que Dieu nous donne le courage invincible, la foi triomphante, l’amour joyeux pour que le royaume pour lequel Dieu est devenu homme puisse être établi, que nous puissions devenir divins en vérité, que notre terre puisse vraiment devenir le ciel où l’amour, l’amour triomphant vive et règne.
Le christ est ressuscité !
Homélie prononcée le 9 avril 1972, à Londres – trad. Anne Monney

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