Comment sauvegarder la beauté de la vie monastique, et comment elle peut contribuer à ce que Dieu soit glorifié
Le moine doit être, dans tout ce qui le concerne, un signe d’encouragement pour tous ceux qui le regardent, de telle sorte que, en voyant toutes ses vertus briller comme autant de rayons lumineux, les ennemis de la vérité eux-mêmes confessent malgré eux qu’il existe pour les chrétiens une sûre et ferme espérance de salut, et accourent de partout vers ce refuge. Ainsi la puissance de l’Église sera élevée au-dessus de ses ennemis, un grand nombre sera saisi d’émulation en voyant les vertus [de ce moine] et voudront quitter le monde, et il sera vénéré par tous pour la beauté de sa manière de vivre. Car la vie monastique est la gloire de l’Église du Christ.
2. Il faut donc que le moine ait un beau comportement à tous égards : il doit s’élever au-dessus de toutes les choses visibles, éviter soigneusement toute possession, mépriser complètement la chair, pratiquer le jeûne au plus haut point, persévérer dans l’hèsychia, bien discipliner ses sens, veiller sur ses yeux, éviter toute contestation à propos des affaires de ce monde, être sobre en paroles et pur de tout ressentiment, joindre à la simplicité le discernement, à un cœur ingénu et sans détours une conscience éveillée et un esprit vif et pénétrant. Il doit encore être bien conscient de ce que la vie présente est éphémère et caduque, et que toute proche est l’autre vie, la vraie, la vie dans l’Esprit. Il ne doit pas être connu ni remarqué par les hommes, ni s’attacher à des compagnons, ni se lier à qui que ce soit. Il doit préserver l’hèsychia du lieu où il demeure, fuir constamment les hommes et persévérer avec constance dans la prière et la lecture ; ne pas aimer qu’on l’honore ni accueillir volontiers des hôtes ; ne pas être attaché à la vie présente ; supporter courageusement les épreuves ; se tenir à l’écart des rumeurs, des nouvelles et des souvenirs du monde ; penser sans cesse à sa vraie patrie et en avoir la nostalgie ; avoir un visage affligé et marqué par le chagrin ; pleurer sans cesse, nuit et jour ; et, par-dessus tout, garder la chasteté et se purifier de toute gourmandise, en évitant les petites défaillances comme les grandes. C’est cela, en résumé, qui fait la beauté du moine et qui témoigne à la fois de sa parfaite mort au monde et de sa proximité de Dieu.
3. Nous devons donc constamment penser à toutes ces vertus, et les acquérir nous-mêmes. Et si quelqu’un demande : « Quel besoin y avait-il de les énumérer en détail et d’en donner ce résumé, plutôt que d’en parler d’une façon générale ? » je répondrai que c’était nécessaire pour que, lorsqu’un homme qui se soucie de son âme s’examine à propos de telle ou telle vertu dont j’ai parlé pour savoir si elle lui fait défaut, cette liste lui apprenne ce qui lui manque et lui serve d’aide-mémoire. Mais lorsqu’il aura personnellement acquis tout ce qui a été décrit, même la connaissance de ce dont je n’ai pas fait mention lui sera accordée. Il sera alors, pour les hommes et les saints [anges], un motif de glorifier Dieu, et il aura préparé pour son âme un lieu de repos avant son départ de la vie présente.
Saint Isaac le Syrien, Discours ascétiques,
R.P. Placide Deseille, Monastère St Antoine le Grand et Monastère de Solan, 2006, 2011

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