Ajouté le: 5 Septembre 2021 L'heure: 15:14

Du parfum des doux

Comme celui qui porte sur soi des parfums est trahi, même malgré lui par leur odeur ; ainsi celui qui a l’Esprit du Seigneur se reconnaît à ses paroles et à son humilité.

Saint Jean Climaque, L’Echelle, 26, 30

Celui qui a le sentiment de ses propres péchés, même s’il demeure parmi la foule, est plus grand que celui qui ressuscite les morts par sa prière. Celui qui gémit une heure sur son âme est plus grand que celui dont la vue profite au monde entier. Celui à qui il a été donné de se voir lui-même est plus grand que celui à qui il a été donné de voir les anges.

Saint Isaac le Syrien, Discours 34

L’âme de celui dont le cœur est inébranlable parce qu’il met en Dieu son espérance, est légère comme un oiseau. À toute heure son esprit s’élève de la terre, les pensées qui l’occupent volent au-dessus des choses humaines, et il fait ses délices des choses immortelles du Très-Haut.

Saint Isaac le Syrien, Discours 71

Ermite dans le Caucase, le Père Stratonique visita deux fois la Sainte Montagne. Il était originaire de la province de Kharkov. Alors qu’il était encore dans le monde, il était commerçant et avait un magasin ; il avait aussi des enfants. Son âme s’enflamma d’un ardent repentir et, ayant quitté sa famille et ses biens, il se retira dans le Caucase.

C’était un homme extraordinaire. À sa vue, l’âme était saisie de frémissement. Ses yeux étaient constamment inondés de larmes ; et quand il se mettait à parler de Dieu, il s’exprimait avec une grande émotion et une expression humble, et tous ceux qui l’écoutaient recevaient joie et consolation. Sa parole était puissante, imprégnée de crainte de Dieu et d’amour ; il était en vérité comme un aigle parmi les pères. À son contact, l’âme des hommes se transformait et, voyant sa sainte vie, ils devenaient humbles. Par sa parole, il retrempait les âmes et il en releva de nombreuses de leur chute. En l’écoutant parler, l’âme oubliait la terre et tendait avec ardeur vers Dieu.

* * *

J’ai vu le Père Jean à Cronstadt. Il célébrait la liturgie. Je fus frappé par la puissance de sa prière, et jusqu’à présent, – près de quarante ans se sont écoulés depuis, – je n’ai jamais vu quelqu’un célébrer comme lui. Le peuple l’aimait, et tous étaient immobiles dans la crainte de Dieu. Et ce n’est pas étonnant : le Saint-Esprit attire à Lui le cœur des hommes. Nous voyons d’après l’Évangile quelles multitudes suivaient le Seigneur. La parole du Seigneur attirait les hommes, car elle était prononcée par le Saint-Esprit, et c’est pourquoi elle est douce et agréable à l’âme.

Quand Luc et Cléophas allaient à Emmaüs et que, sur le chemin, le Seigneur s’approcha d’eux et leur parla, leurs cœurs étaient enflammés d’amour pour Dieu. Le Père Jean, lui aussi, avait en lui en abondance le Saint-Esprit qui enflammait son âme d’amour pour Dieu ; et ce même Esprit agissait à travers lui sur les hommes. J’ai vu la foule se précipiter à sa suite, comme s’il y avait un incendie, pour recevoir sa bénédiction, et, l’ayant reçue, comme ils étaient heureux, car le Saint-Esprit est agréable et donne paix et douceur à l’âme.

Saint Silouane, Écrits

Vois, le ciel est en toi, si tu es pur ; tu verras au-dedans de toi les anges avec leur lumière, et leur Maître avec eux et en eux. 

Le pays spirituel de l’homme dont l’âme est pure est au-dedans de lui ; le soleil qui y brille est la lumière de la Sainte-Trinité, et l’air que respirent ceux qui l’habite est le Saint-Esprit consolateur. Avec lui demeurent les saintes natures incorporelles ; leur vie, leur joie, leur réjouissance sont le Christ, Lumière née de la Lumière du Père. Un tel homme se réjouit à toute heure de la contemplation de son âme, et il s’émerveille de sa propre beauté, cent fois plus lumineuse que la splendeur du soleil. Cette splendeur, c’est Jérusalem, et c’est le Royaume de Dieu caché au-dedans de nous, selon la parole du Seigneur. Ce pays, c’est la nuée de la gloire de Dieu, où seuls entreront les cœurs purs pour contempler la Face de leur Maître, et leurs intellects seront illuminés par les rayons de sa lumière.

Saint Isaac le Syrien, Discours 43

Je Te rends grâce, Seigneur, de m’avoir envoyé aujourd’hui ton serviteur, un jeune moine dont je cacherai le nom pour que la vanité ne le fasse pas tomber, ce qui priverait sa vie sainte de toute valeur.

Nous nous entretenions de l’amour, et alors ce jeune moine me dit que, durant les trente ans de sa vie, il n’avait jamais offensé personne. Je le regardai, et mon âme s’humilia devant lui jusque dans la poussière.

Depuis son enfance, son âme aimait Dieu ; contemplant en esprit le Seigneur, il ne se permettait pas d’offenser qui que ce soit, et pour cela le Seigneur l’a gardé des péchés.

C’est grâce à de tels hommes, à mon avis, que le Seigneur garde le monde, tant ils sont précieux aux yeux de Dieu ; Dieu, en effet, écoute toujours ses serviteurs humbles, et, nous tous, nous allons bien grâce à leurs prières.

Je te rends grâce, Seigneur, de m’avoir révélé ton serviteur. Et combien de Saints y a-t-il encore que nous ne pouvons pas connaître ! Mais l’âme perçoit l’approche des Saints et se pénètre de l’humilité de l’Esprit du Christ. L’Esprit divin vit dans les Saints, et l’âme sent sa venue.

Ô Seigneur, fais que tous les hommes soient semblables à ce jeune moine. Le monde entier resplendirait de Gloire, car la grâce de Dieu vivrait en abondance dans le monde. Le Saint-Esprit donne à l’âme de connaître l’amour de Dieu et l’amour pour les hommes. Le Saint-Esprit apprend à l’âme la douceur et l’humilité ; elle est sereine en Dieu, et oublie toutes les misères de ce monde, car le Saint-Esprit la console. Les âmes des Saints goûtent le Saint-Esprit déjà sur la terre. C’est cela ce « Royaume de Dieu » qui est « en nous », comme dit le Seigneur.

Saint Silouane, Écrits

Le parfum de celui qui jeûne est très doux et sa rencontre réjouit le cœur de ceux qui ont du discernement ; seul le gourmand fuit sa compagnie et fait tout ce qu’il peut pour ne pas manger avec lui. Agréable à Dieu est la conduite de l’homme tempérant, dont le voisinage est très pesant pour celui qui aime posséder. Le Christ loue grandement l’homme qui sait se taire, mais ceux que les démons ont rendu captifs des distractions et des divertissements ne se plaisent pas dans sa proximité. Qui n’aimerait l’homme humble et doux, sinon les orgueilleux et les médisants, qui sont étrangers à sa façon d’agir ?

Saint Isaac le Syrien, Discours 43

Il est bon, il est vraiment excellent d’être vertueux. L’homme vertueux est en paix avec lui-même, il est agréable à Dieu et agréable aux autres. L’homme vertueux, involontairement attire l’attention. Pourquoi ? Parce qu’un parfum, sans même qu’on le veuille, attire l’attention et donne envie de le respirer. Remarque l’aspect de l’homme vertueux, l’expression de son visage. Quelle expression est-ce ? Le visage d’un ange. Il rayonne de douceur et d’humilité et captive involontairement tout le monde par sa beauté. Fais attention à ce qu’il dit, car il s’en dégage un parfum encore plus pénétrant : te voici en face de son âme, et tu es ravi par la douceur de cet entretien.

Saint Jean de Cronstadt, Ma vie en Christ

Aucun homme ne peut mépriser l’humble, ni lui adresser des paroles blessantes, ni le mépriser. Parce que son Maître l’aime, il est aimé de tous. Il aime tous les hommes, et tous l’aiment. Tous l’affectionnent, et en tout lieu où il passe, ils le voient comme un ange de lumière et l’honorent d’une façon sans pareille. Lorsqu’il parle, le sage et le docteur se taisent, car ils veulent lui laisser la parole. Les yeux de tous se tournent vers lui pour l’écouter. Tout homme attend ses paroles comme des paroles de Dieu. Sa concision vaut tous les discours des sophistes qui se creusent la tête. Ses paroles sont douces à l’oreille des sages, comme un rayon de miel au palais. Tous voient Dieu en lui, bien que ses paroles soient d’un simple et d’un ignorant, et que son aspect soit vulgaire et méprisable. Celui qui parle de l’humble avec mépris et ne le considère pas comme un être vivant, agit comme s’il parlait contre Dieu. Et plus l’humble est méprisé à ses propres yeux, plus il est honoré par toutes les créatures.

Quand l’humble s’approche des bêtes féroces, dès qu’elles le voient, leur nature sauvage s’adoucit, elles s’approchent de lui comme de leur maître, inclinent la tête, remuent la queue, lui lèchent les mains et les pieds. Car elles sentent, émanant de lui, le parfum qu’exhalait Adam avant la faute, lorsqu’ils se rassemblèrent devant lui dans le Paradis et qu’il leur donna des noms. Cela nous avait été enlevé, mais Jésus l’a renouvelé et nous l’a rendu par son avènement, restaurant ainsi la bonne odeur du genre humain. Il s’approche aussi des serpents au venin mortel, et dès qu’ils sentent le contact de sa main et qu’il touche leur corps, leur agressivité et leur méchanceté disparaissent, et il les écrase dans sa main comme des sauterelles. Et que dirais-je des hommes ? Mais les démons eux-mêmes, avec toute la violence, l’hostilité et l’orgueil qui les animent, dès qu’ils se trouvent en sa présence, deviennent comme de la poussière. Toute leur malice s’émousse, leurs ruses sont déjouées et leurs tromperies perdent toute efficacité.

Bienheureux celui qui a obtenu l’humilité, car à toute heure il embrasse et étreint le sein de Jésus.

Saint Isaac le Syrien, Discours 20

Considérez l’impassibilité comme le palais céleste du Roi des cieux ; les nombreuses demeures (cf. Jn. 14,2) sont les divers états spirituels qui s’y rencontrent, et le mur de cette Jérusalem céleste, c’est la rémission des péchés. Courons, mes frères, courons pour entrer dans la chambre nuptiale de ce palais ! 

Il ne nous est plus permis de prendre excuse de nos chutes, du manque de temps ou du fardeau dont nous sommes chargés. Car à tous ceux qui ont reçu le Seigneur par le bain de la régénération, il a donné pouvoir de devenir enfants de Dieu (cf. Jn. 1,12). À Lui la gloire dans les siècles des siècles. Amen.

Saint Jean Climaque, L’Échelle, 29, 13

Extraits de : 

  1. Saint Jean Climaque, L’Échelle sainte, Traduction française du Père Placide Deseille, Éditions de Bellefontaine, Abbaye du Mont des Cats, 59270 Godewaersvelde, 1993
  2. Saint Isaac le Syrien, Discours ascétiques, R.P. Placide Deseille, Monastère St Antoine le Grand et Monastère de Solan, 2006, 2011
  3. Saint Jean de Cronstadt, Ma vie en Christ, Abbaye de Bellefontaine, Spiritualité orientale n°27, 1979
  4. Archimandrite Sophrony, Starets Silouane, Moine du Mont-Athos : Vie - Doctrine - Écrits, Éditions Présence, 1973 et 1995, réédition : Saint Silouane l’Athonite (1866-1938) Vie, doctrine et écrits, Cerf, 2010

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