Ajouté le: 4 Mars 2021 L'heure: 15:14

Quelle joie T’attend, Seigneur !

Magdalena et Radu ont travaillé toute leur vie. Ils ont eu un peu de soutien financier par leur famille, mais avec beaucoup de sagesse et d’application ils ont réussi à finir leurs études de médecine et à devenir de bons spécialistes dans leur domaine. Ils ont décidé de s’expatrier comme beaucoup d’autres de leur génération.

– Les perspectives étaient sombres, mon père. Que pouvais-je faire ? J’ai pris conscience du don que Dieu m’avait fait. Je voyais quelle était mon intelligence et je comprenais que les chances d’avoir une réussite professionnelle pour moi étaient ailleurs. Malheureusement, j’ai dû partir. Sinon j’aurais rencontré beaucoup d’entraves qui m’auraient coûté beaucoup d’années de ma vie et beaucoup d’énergie. Je ne voulais pas perdre mes forces en luttant contre les moulins à vent. J’ai préféré investir mon énergie dans la recherche. Et je ne le regrette pas.

Radu est devenu un professeur d’université très apprécié. Il a travaillé avec de grands spécialistes. Avec eux il a écrit des travaux importants, reconnus internationalement. Il me les montre avec beaucoup de joie et une humilité qui caractérise les personnes vraiment cultivées.

– J’ai fait mon travail comme j’ai pu, mon père. J’ai travaillé du matin au soir, mais avec joie et passion. Quel bonheur de voir les gens guéris revenir chez eux dans leurs familles ! C’est le plus beau diplôme que peut recevoir un médecin : la joie de l’homme guéri. Mais pour cela on a besoin d’avoir une âme ouverte vers Dieu, sinon on ne peut pas sentir cette joie. En fait, c’est Lui le grand Médecin, et nous ne sommes que Ses mains. J’ai mis plusieurs années à le comprendre, même si mon père me l’avait dit dès mon enfance. Mais vous savez comment sont les enfants... ils ne comprennent que plus tard les paroles de leurs parents.

Radu promène son regard à travers la chambre où lui-même est aux prises avec la maladie. Sa femme le regarde déjà d’en Haut. Elle avait été alitée au même endroit et il l’avait soignée avec beaucoup d’abnégation.

– C’est mon tour maintenant d’être alité dans ce lit de souffrance. Mais sachez que ce n’est pas si mal que ça. C’est un temps que l’on a pour réfléchir à sa vie et passer avec Dieu ce qui reste de sa vie. J’ai toujours été actif et j’ai travaillé, comme je vous ai dit, souvent même sans pause. Parfois je n’ai même pas eu le temps de commettre des péchés, dit-il en riant. J’en ai commis, rassurez-vous, mon père. Je m’en suis repenti. Mais j’ai eu beaucoup de joie parce que mon plus grand désir a été de rendre les gens heureux, selon la lumière que Dieu m’a envoyée. J’ai offert à Dieu ces mains pour qu’Il opère à travers elles. Oh, mon père, quels miracles Dieu peut faire par ces mains ! Je crois que vous le savez mieux que moi, vous qui avez mis vos mains et vos jambes à la disposition de Dieu.

Je suis étonné par la conscience humble de ce digne serviteur. Quelle reconnaissance peut surgir dans le cœur de l’homme conscient de l’œuvre de Dieu dans sa vie. 

– Comment êtes-vous arrivé à vivre ces miracles qui ont été accomplis par votre main ? demandé-je au docteur, curieux de savoir comment il a acquis un cœur si plein de fruits.

– Mon père, notre milieu n’est pas des plus croyants. Comme dans d’autres domaines, il y a beaucoup d’orgueil, beaucoup de jalousie et d’autres passions. Je ne pense pas que ces tentations épargnent quelque domaine professionnel que ce soit, même celui de l’église. Mais la relation avec Dieu est très importante. Si cette relation est de bonne qualité, on reçoit de Dieu tout ce dont on a besoin pour croître et accomplir sa vocation sur cette terre. Et la vocation de chacun d’entre nous est simple, mon père. Nous devons faire le bien, le plus de bien possible. C’est ma mère, qui était catholique, et pas orthodoxe comme moi, dit le docteur Radu en souriant, qui m’a donné la joie de faire le bien, par sa propre âme. Il n’y avait personne qui soit dans le besoin et qu’elle ignore. Mais sachez qu’elle savait distinguer ceux qui étaient vraiment dans le besoin et ceux qui voulaient seulement se décharger de leur croix aux dépens des autres. Vous savez ce qu’elle leur disait ? « Sans croix personne ne peut être sauvé. Ne demandez de l’aide que lorsque vous en avez vraiment besoin. Il y a beaucoup de gens qui ne peuvent plus porter leur croix. Laissez-moi du temps pour ceux-là. » Quelle sagesse, mon père !

En effet c’est une grande sagesse, une sagesse que sa mère avait elle aussi acquise par la prière, la lecture des saintes Écritures et beaucoup de charité.

Radu est seul maintenant. Il est aux soins d’un service social, qui lui rend visite tous les jours. Il y arrive encore, mais il est conscient que cela ne durera pas longtemps.

– Je me prépare. J’ai fait mon devoir de mon mieux. J’ai la conscience tranquille, non pas parce que j’aurais tout bien fait, mais parce que je me suis réconcilié avec tous et avec Dieu. Il n’est pas possible que l’homme vive et ne commette pas de faute, mais il peut se repentir. Mes jours sont comptés, mais je sais, mon père, que l’éternité m’attend. Je me réjouis si le Seigneur me permet de voir ma femme et mes parents. Pensez-vous que je vais les voir ?

– Je le pense. Le Seigneur nous a dit que là où Il allait, nous irons aussi et qu’Il nous y attend tous. S’ils sont auprès du Seigneur, vous allez les voir.

– Ils le sont, mon père. C’étaient des gens si miséricordieux. Ils ont fait la charité envers les gens le plus possible. Aujourd’hui, le monde semble concentré à accumuler le plus possible et à ne rien donner. Mais que vont-ils faire de tout ce qu’ils ont amassé ? Regardez, je m’en vais et je laisse tout. Je ne prends rien, absolument rien avec moi. La maison pour laquelle j’ai travaillé nuit et jour reste ici. Ces meubles dans lesquels j’ai investi des milliers et des milliers d’euros restent ici. Tout ce que j’ai pu acquérir pendant une vie entière reste ici. Beaucoup de choses iront à la poubelle. Mais pas ceci.

Il sort de sous l’oreiller sur lequel il est appuyé une croix vieille de plus de cent ans. C’est une croix-sceau très vieille que sa grand-mère utilisait pour faire les prosphores. Il me la tend, les yeux remplis de joie parce qu’un objet auquel il tient beaucoup arrive là où il faut et ne sera pas jeté à la poubelle. 

– Donc je vais tout laisser ici. Je m’en vais tel que je suis venu, les mains vides. Mais je ne le regrette pas, mon père. Je rends grâce à Dieu car Il m’a donné la force d’offrir. Si Lui, Il dit que tout ce que nous offrons devient un trésor dans les cieux, alors je pense que Dieu me rendra digne moi aussi d’avoir quelque chose là-haut. Je me suis efforcé du mieux que j’ai pu d’envoyer des trésors au ciel.

Je sais par beaucoup de connaissances communes combien de bien cet homme a fait sur terre. Je vois la joie et la paix dans ses yeux et dans son cœur et je sais que c’est là la bénédiction de l’homme qui a vécu pour servir. Pour beaucoup, ce n’est qu’un homme seul et souffrant, mais il est plein de grâce. La grâce ne vous laisse jamais seul, mais elle vous donne la certitude que Dieu est avec vous, parce que la grâce est le signe de la présence de Dieu dans votre vie.

– Cher père, je ne veux pas vous mentir. J’ai quand même un petit regret. J’ai promis à ma femme, avant qu’elle aille là-Haut pour m’attendre, que j’allais léguer tout l’héritage à ses neveux. Elle les aimait beaucoup et elle souhaitait qu’ils jouissent de notre travail de toute une vie. C’était son grand désir. Comment pouvais-je ne pas l’exaucer ? Sur le lit de mort, comment ne pas accomplir le souhait de la personne la plus aimée au monde ? Je le lui ai promis et c’est ce que j’ai fait. Mais j’en ai le cœur serré. Des gens qui n’ont rien fait pour nous ou pour d’autres vont jouir de notre travail ? 

– Vous ne le faites pas pour eux. Vous le faites pour votre femme. Peut-être que les neveux en seront émus dans leurs âmes et qu’ils utiliseront cet héritage pour faire du bien aux autres et alors rien ne sera perdu.

– Ils ont déjà commencé à se disputer pour quelque chose qui n’est pas le fruit de leur travail. C’est la vie. On travaille et on laisse tout derrière soi. Mais je ne le regrette pas. Je me réjouis d’avoir fait tout ce que j’ai fait de tout mon cœur, mais je ne me suis pas attaché à mes biens. J’aurais pu faire bien davantage. Mais à quoi bon ? Depuis mon jeune âge j’ai su ce qui valait l’investissement et ce qui ne le valait pas. J’ai bien distribué mes forces, père. Mon père était une personne très sobre. Il a laissé une trace profonde dans mon âme. Vous voyez, les parents peuvent faire beaucoup de bien à leurs enfants par leur propre exemple. Et pourtant, on laisse tout derrière soi et seulement le fait de penser à la miséricorde de Dieu peut vous consoler. Mais quelle consolation ! Toute ma vie j’ai mis en Lui mon espérance. J’entrais dans les opérations les mains tremblantes, et Il me donnait tant de calme et de précision lorsque je commençais mon travail. Oh, mon père, quel Dieu nous avons !

On n’a plus envie de quitter un tel homme. Ses paroles sont une si belle homélie que j’écoute avec joie. C’est la vie d’un homme qui s’est offert aux hommes, un homme qui a su travailler, portant Dieu dans son cœur et le désir de faire du bien aux hommes sans rien attendre en retour.

– Je vous souhaite beaucoup de santé et je vous dis à bientôt, lui dis-je à un moment, lorsque le coucher du soleil nous rappelait qu’il était temps pour encore plus de tranquillité.

– Bonne santé à vous, mon père, car vous en avez plus besoin. Vous avez tant de choses à faire. Moi, je suis arrivé au bout de mon chemin et je me réjouis déjà de ce qu’il y aura au-delà. J’ai grande confiance que Dieu ne m’abandonnera pas, maintenant que vous m’avez donné l’absolution et m’avez fait communier au Corps et au Sang du Seigneur. Que puis-je désirer de plus ? On se reverra lorsque le Seigneur le permettra, dit le docteur en désignant vers le haut.

Je rentre chez moi, étonné par ce qui a pu arriver dans la vie de quelqu’un qui s’est consacré au service du prochain. Il sait qu’il laisse toutes ses richesses matérielles ici, mais Dieu lui a sans doute caché la joie qu’il aura dans son cœur en allant à la rencontre du Christ. Les bonnes actions ont sculpté l’âme de cet homme d’une si belle façon et l’ont rendu en vérité une source de foi et d’amour. Quelle belle âme prend son envol vers le ciel, Seigneur, chuchotai-je à Dieu. Quelle joie T’attend, Seigneur !

P. Iosif Cristian Rădulescu

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