Publication de la Métropole Orthodoxe Roumaine d'Europe Occidentale et Méridionale
Revue de spiritualité et d'information orthodoxe
Dieu est amour. Il est extase d’amour hors de lui-même pour faire participer à sa vie les créatures. Il met en elle un élan semblable, qui se manifeste déjà dans l’éros aimant de l’homme et de la femme, pour s’accomplir dans la sainteté, communion consciente à Celui qui est la plénitude du Beau et du Bien. À travers l’horreur et la mort, au-delà, dans le secret de l’amour, l’histoire de la création est un immense « Cantique des Cantiques ». Le désir est d’abord celui de Dieu pour nous, auquel tout éros humain (en réalité divino-humain) veut répondre. Saint Denys l’Aréopagite est le poète inspiré de l’éros. Et Saint Maxime le Confesseur, qui le commente, n’hésite pas à identifier l’éros et l’agapè1 : le premier exprime davantage l’élan de la nature, le second la rencontre pleine de tendresse des personnes. On pourrait dire que l’éros est appelé à devenir le contenu de l’agapè.
En Dieu, le désir d’éros est extatique. Grâce à lui les amants ne s’appartiennent plus. Ils appartiennent à ceux qu’ils aiment. […]
Dieu aussi sort de lui-même […] lorsqu’il captive tous les êtres par le sortilège de son amour et de son désir. […] Bref, du Beau-et-Bien on peut dire qu’il est objet du désir d’éros et qu’il est lui-même désir d’éros…
DENYS L’ARÉOPAGITE, Noms divins, IV, 13 (PG 3, 712).
Dieu est le producteur et le générateur de la tendresse et de l’éros ; il a lancé hors de lui-même ces choses qui étaient en lui-même et qui sont les créatures, c’est pourquoi il est dit de lui : Dieu est amour. Le Cantique des Cantiques l’appelle agapè, ou encore « volupté » et « désir », ce qui signifie éros. Car il est vraiment le seul digne de l’agapè et de l’éros. En tant que l’éros aimant découle de lui, on peut dire qu’il se met en mouvement, l’ayant engendré, mais en tant qu’il est lui-même le véritable objet de l’amour, il met en mouvement ceux qui regardent vers lui et possèdent la puissance du désir selon leur nature.
MAXIME LE CONFESSEUR, Sur les Noms divins, IV, 4 (PG 4, 296).
D’où la conclusion de Saint Jean Climaque :
Bienheureux celui dont le désir de Dieu est devenu semblable à la passion de l’amant pour sa bien-aimée…
JEAN CLIMAQUE, L’Échelle sainte, 30e degré, 5 (11)2, p. 168.
Olivier Clément, Sources, Desclée de Brouwer, 2007
Note :
1. Agapè (en grec), caritas (en latin), amour désintéressé, d’attention, d’affection et de service, qui participe à l’amour de Dieu pour ses créatures.

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