Ajouté le: 11 Juillet 2020 L'heure: 15:14

La Reine s’est placée à ta droite. Toute la gloire de la fille du roi est au dedans (Ps 44,10 ; 14)

Qui est-ce que le prophète peint en traits si extraordinaires, dans l’un des psaumes les plus sublimes et les plus mystiques, appelé Cantique sur le bien-aimé ? – Quand, pour comprendre cela, nous n’aurions d’autre moyen que de chercher dans toute la race humaine une personnalité ressemblante à cette peinture, nous pourrions sans beaucoup de peine et sans hésitation trouver les traits de la peinture prophétique brillants d’une lumière incomparable dans la personne de notre très sainte Souveraine la Mère de Dieu et toujours Vierge Marie. Elle est la fille du Roi, nommément la fille du roi David et de ceux qui ont régné après lui à Jérusalem. Elle a toute la gloire à laquelle puisse atteindre un être créé, puisqu’elle est la Mère du Roi de gloire, la Mère de Dieu le Fils, et, par cette dignité incomparable, plus élevée que les chérubins et plus glorieuse que les séraphins. Mais toute sa gloire est au dedans, puisqu’elle ne consiste pas dans la splendeur et la magnificence extérieures, mais dans les perfections et les vertus intérieures, et puisque la très sainte Vierge, durant toute sa vie sur la terre, a renfermé par la modestie sa gloire dans son cœur, et l’a empêchée de paraître.

Dès que, dans la peinture prophétique de la fille du Roi, dont toute la gloire est au dedans, nous avons reconnu la très sainte Vierge Marie, nous devons la reconnaître aussi dans le même cantique prophétique et sous l’image de la Reine qui s’est placée à la droite du roi dont le trône est dans les siècles des siècles, du Roi qui, étant Dieu, a été oint par Dieu d’une huile de joie de préférence à ses co-participants, c’est-à-dire du Dieu-Homme, notre Seigneur Jésus Christ.

Quand et où s’est-elle placée devant Lui si triomphalement ? – C’est assurément après l’accomplissement de sa carrière terrestre, dans les cieux où Il a en son Père la « gloire qu’Il avait avant que le monde fût ». (Jn 17, 5).

Elle se tient devant Lui comme les serviteurs se tiennent devant leur maître, parce qu’elle est aussi servante à cause de sa nature créée ; mais en même temps elle se tient devant Lui comme reine, parce qu’elle participe à sa gloire, parce qu’elle a devant Lui une assurance maternelle.

Et peut-on penser que sa présence devant le Roi de gloire soit oisive et inactive ? Si, déjà sur la terre, alors qu’Il se cachait, Lui et sa gloire, elle se tenait auprès de Lui, intercédant pour nous obtenir son secours dans nos besoins même peu importants, comme, par exemple, au mariage, et si au sujet du vin pour la joie innocente d’un mariage, et si elle put rapprocher l’heure, qui n’était pas encore venue, (Jn 2, 1 ; 9) de ses miracles bienfaisants, combien plus aujourd’hui dans le ciel, quand et son Amour pour les hommes et sa Confiance devant son Fils et son Dieu sont délivrés des limites terrestres, se tient-elle devant Lui non dans l’oubli des habitants de la terre mais intercédant activement pour nous, sollicitant pour nous le secours de la grâce dans nos besoins, nos malheurs et nos chagrins, la paix du monde entier, le salut de toute âme désirant sincèrement le salut et, comme Reine (puisqu’au ciel il n’y a pas de nom sans signification, sans vertu et sans effet), elle a aussi elle-même le pouvoir de défendre, de garder et de combler de faveurs ceux qui recourent à sa puissante protection.

Vous voyez que, dans la parole prophétique, nous avons retrouvé ce que nous avons dans la tradition de l’Église, ce que souvent nous lisons, non dans les inscriptions, mais dans les figures des saintes icônes, ce que nous honorons aujourd’hui avec joie par une solennité religieuse, – nous avons retrouvé la très sainte Vierge Mère de Dieu, montée au ciel après sa dormition sur la terre, se tenant comme Reine dans la gloire auprès du Roi de gloire, et intercédant pour nous d’une manière bienfaisante et salutaire.

Réjouissez-vous, vous qui êtes vierges : la virginité a été élevée à la royauté dans les cieux, et, de là, vous protège royalement. Ne soyez pas tristes, vous qui enfantez : la Mère du Seigneur, quoiqu’elle n’ait pas éprouvé les douleurs de l’enfantement dans un enfantement sans péché, n’en connaît pas moins profondément par expérience les peines de l’amour et de la sollicitude d’une mère ; et de cette manière, comme son divin Fils, ayant été tentée elle-même, elle peut, par la grâce de ce Fils, et elle veut, dans sa propre bonté, aider les autres qui sont aussi tentées. Réjouissez-vous, vous tous qui êtes nés des femmes, car si le Fils de Dieu, dans son Incarnation, ne rougit pas de nous « appeler ses frères » (He 2, 11) assurément sa très-pure Mère non plus ne rougit pas de nous appeler tous ses enfants, et d’avoir compassion de nous tous dans son cœur maternel.

Mais ce n’est pas assez que nous vous encouragions et que nous vous consolions par l’assurance de la protection de la Reine qui se tient à la droite du Roi de gloire, dans les cieux. Il faut et que l’on vous élève, et que vous vous éleviez, sinon à la même hauteur, du moins assez près d’elle. Le Prophète déclare que cela doit être inévitablement. Les vierges, dit-il, « seront amenées au Roi à sa suite ». Quelles sont ces vierges ? – Sans aucun doute, ce ne sont pas simplement les vierges selon « la chair, puisque la chair et le sang ne peuvent hériter du royaume de Dieu », (1 Co 15, 50), mais les vierges de l’esprit, en particulier les âmes ayant purifié et élevé par la grâce la virginité naturelle, et, en général, les âmes ayant conservé et ayant accru la virginité spirituelle avec laquelle elles sont nées de l’Esprit dans l’eau du baptême, ou en ayant réparé les blessures par un repentir parfait et par une vie repentante.

Âmes chrétiennes ! Est-ce donc que vous n’aspirez pas à suivre, dans le cortège des vierges sages, la Vierge par excellence ? est-ce donc que quelqu’une de vous se vouera volontairement au sort des vierges folles ? Est-ce donc que votre cœur n’aura pas une soif ardente de s’approcher de l’Époux céleste, que le Père céleste Lui-même a proclamé plus d’une fois son Bien-aimé, non par quelque nécessité d’exprimer son Amour pour Lui, mais afin d’exciter envers Lui notre amour ?

Oui bien êtes-vous affaiblies par la pensée de peu de foi qu’il est douteux que l’on puisse atteindre à une pareille hauteur ? Mais il n’y a pas place au doute sur la possibilité de ce que la parole infaillible du Prophète prédit et promet comme devant arriver : Les vierges seront amenées à sa suite.

Ou bien le sentiment de votre indignité vous accable-t-il, et empêche-t-il le désir divin de prendre des ailes ? Distinguez le sentiment de l’indignité, qui est juste, du désespoir accablant, qui est injuste. Est-ce pour ceux qui sont dignes qu’est venu sur la terre le Fils de Dieu ? « – Je ne suis pas venu », dit-Il, appeler les justes, « mais les pécheurs, à la pénitence » (Mc 11, 17). « Le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. » (Mt 18, 11). Si le Sauveur est venu, non seulement vers les indignes et les pécheurs, mais encore vers ceux qui étaient perdus, réciproquement donc, non seulement les indignes et les pécheurs, mais encore ceux qui sont perdus, ont l’espoir de s’approcher de leur Sauveur ; ils n’ont qu’à désirer vivement, à s’avancer, à s’efforcer de se préparer à ce rapprochement, non par leur propre force, mais par le secours encore de sa grâce.

Les âmes désireuses d’être amenées à la suite de la Reine qui se tient à la droite du Roi de gloire, doivent s’y préparer en se parant d’un ornement semblable à celui dont elle est parée elle-même : Toute la gloire de la fille du Roi est au dedans. Que signifie cette gloire qui est au dedans ? – C’est ce que nous apprend saint Basile le Grand : Celui qui se pare lui-même pour le Père qui voit dans le secret, et qui prie, et qui fait tout, non pour se montrer aux hommes, mais pour se montrer à Dieu seul, celui-là a toute la gloire au dedans, comme la fille du Roi elle-même. 

Et voilà, chrétiens, le viatique de ce jour, pour marcher dans le chemin du royaume, à la suite de la reine qui monte au ciel ; voilà la leçon de ce jour de l’école de Jésus Christ : ayez la dignité et la gloire au dedans, la piété et la vertu dans le cœur, dans le fond de l’âme devant les yeux de Celui qui voit tout, et non pas seulement à la surface, dans les paroles et les actions extérieures, devant les yeux des hommes. Leçon toujours utile et salutaire, mais, ce me semble, réclamant particulièrement une étude attentive dans ce siècle qui vit tant à la surface, et, par une suite naturelle de la distraction, ne regarde certainement pas assez au-dedans !

Combien absorbe d’attention, combien dérobe de temps, combien épuise de moyens, chez un grand nombre, la passion violente de l’éclat et des agréments dans la vie extérieure, dans l’habitation, le vêtement, la nourriture, la boisson, les réjouissances ! Ces gens, en grand nombre, pensent ou même disent : Quel mal y a-t-il à ce que nous cherchions notre satisfaction ? Triste justification pour l’activité d’un être raisonnable et moral, qu’il n’en résulte pas de mal ! Cette justification elle-même ne contient-elle pas l’accusation que, dans cette activité, il n’y a point de bien, point d’utilité, point de dignité ? Mais si, pour corriger votre activité, il faut nécessairement vous montrer la verge d’un malheur menaçant, voyez comment, à mesure du débordement du luxe, diminue la suffisance, et augmente au-delà de toute mesure le dépôt, au fond de la société, d’une mendicité malhonnête et fainéante ; comment la passion de l’éclat, passant des riches à ceux qui ne le sont pas, produit l’indifférence dans le choix des moyens de la satisfaire et nuit à la moralité individuelle et publique, et en même temps à l’ordre ; comment l’habitude de se contenter des apparences de la vie extérieure se glisse dans la vie spirituelle et nuit au sentiment moral, laisse mécontent celui qui a fait une bonne action jusqu’à ce qu’elle ait été imprimée et publiée, ne permet pas à celui qui a montré quelque mérite de demeurer en repos dans la conscience de son mérite et le tourmente de la soif des distinctions extérieures.

Prenons garde de nous tromper dans la détermination du prix comparatif de l’extérieur et de l’intérieur, d’échanger de l’or contre du cuivre, et de l’argent contre de l’étain, et, en nous arrêtant à l’extérieur, de nous embourber dans la frivolité. Ce n’est pas l’intérieur qui est pour l’extérieur mais l’extérieur pour l’intérieur, les biens extérieurs, visibles, pour le corps, le corps pour l’âme, l’âme pour Dieu et pour le royaume de Dieu ; or, « le royaume de Dieu », selon la parole du Seigneur, « est au dedans de vous » (Lc 17, 21), si vous ne vous êtes pas asservis à l’extérieur et si vous ne vous y êtes pas perdus.

Occupez-vous et usez de l’extérieur d’une manière correspondante à l’utilité, avec modération ; mais hâtez-vous toujours de revenir à l’intérieur.

Dis à la chambre décorée : Tu n’es pas la salle de l’Époux céleste. Sa salle, c’est un cœur innocent. « Il s’établit par la foi dans les cœurs » (Eph 3, 17).

Dis à tes vêtements élégants. Aucun de vous n’est bon pour être le vêtement nuptial (cf. Mt 22, 12) avec lequel on entre à la noce royale, et sans lequel on est jeté dans les ténèbres extérieures. Ce vêtement, on ne le tisse pas sur le métier, et on ne l’apporte pas d’une terre étrangère ; il se reçoit en partie d’en haut, en partie il se travaille par les propres efforts de chacun, suivant ce qui a été dit : « Revêtez-vous de notre Seigneur, Jésus Christ » (Ro 13, 14) ; « revêtez-vous d’entrailles de miséricorde, de bonté, d’humilité, de douceur et de patience » (Col 3, 12).

Dis à ton festin somptueux : Ce n’est pas ici que viendra l’hôte céleste, quoiqu’il ait promis d’entrer, et de souper, chez quiconque lui « ouvrira la porte » (Ap 3, 20). Il a une autre nourriture : « L’homme ne vit pas seulement du pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu » (Mt 4, 4). Il faut lui ouvrir les portes du cœur ; et ce qui les lui ouvre, c’est la prière, l’amour et l’observation de sa parole : « Si quelqu’un M’aime, il gardera ma parole, et mon Père l’aimera, et nous viendrons à lui, et nous ferons en lui notre demeure » (Jn 14, 23).

Dites aux pensées de vanité et de cupidité, quand elles s’approchent de vos bonnes actions : Éloignez-vous, renards qui ravagez la vigne (cf. Cant 2, 15) ; nous voulons conserver pour le Maître de la vigne un fruit qui n’ait été touché par personne.

À l’aide des réflexions et des pratiques spirituelles qui viennent de vous être indiquées, et d’autres semblables, que le Père céleste vous donne, mes frères, selon la richesse de sa Gloire, d’être fortifiés par son Esprit dans l’homme intérieur (Ep 3, 16), afin qu’ayant la gloire au dedans, nous soyons trouvés dignes d’être introduits dans la gloire éternelle. Amen.

Saint Philarète de Moscou,
Sermon pour la fête de la Dormition de la très-Sainte Mère de Dieu, 1847

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