Ajouté le: 5 Juin 2020 L'heure: 15:14

Le sacrement de l’obéissance

Comment définir la paternité spirituelle ? On pourrait résumer cette notion en un mot : écouter.

Le père spirituel doit écouter. Il doit d’abord écouter Dieu tout au long de sa relation spirituelle avec son enfant, qui dépasse le cadre de la confession. Il peut s’agir, par exemple, de donner une bénédiction pour un voyage ou pour tout autre chose... Il faut que ce soit une parole que Dieu lui donne, et pour cela il doit apprendre à écouter Dieu. Le Père Sophrony racontait comment il pratiquait cela : « J’appliquais l’oreille de mon noûsde mon esprit, sur mon cœur pour entendre ce que Dieu voulait que je dise, et parfois même les mots que j’avais à dire ».

Ensuite, le père spirituel doit écouter son enfant spirituel et avoir avec lui un lien de sympathie, de compassion, c’est-à-dire avoir les mêmes sentiments que lui. Le Père Sophrony a parlé de cela aussi, citant le passage de saint Paul : le père spirituel doit être joyeux avec ceux qui sont joyeux et pleurer avec ceux qui pleurent. Ce n’est que si l’on a ce lien de communion que l’on peut aider l’autre.

Quant à l’enfant spirituel, il doit aussi écouter. Mais ici « écouter » a le sens d’« obéir ». Écouter implique ici, avant tout, une attitude d’obéissance. Cela m’a frappé dans l’évangile de saint Jean : le Christ souligne continuellement le fait qu’il obéit. « Je ne suis pas venu de Moi-même, c’est mon Père qui M’a envoyé »1. « Les paroles que Je vous dis ne sont pas mes paroles, mais les paroles que J’ai reçues »2. Ou bien, au jardin de Gethsémani : « Si cette coupe peut passer, mais que ce ne soit pas ma volonté mais Ta volonté »3. Pour nous tous, le prototype parfait de l’obéissance, c’est le Christ dans sa relation avec le Père. Nous devons suivre cette voie que le Seigneur nous a montrée et donc obéir.

Le sacrement de l’obéissance ne peut fonctionner que si, du côté du père spirituel et du côté de l’enfant spirituel, il y a cette attitude-là. Un des problèmes actuels est certes la rareté des pères spirituels, mais voici le revers de la pièce de monnaie : la rareté des obéissants. Au fond, c’est l’obéissant qui fait le père spirituel. On trouve déjà ce constat dans un apophtegme des Pères du désert. Un groupe d’ermites venait chez l’abba Félix pour demander une parole chargée de l’Esprit de Dieu. Alors, l’abba Félix dit : « Maintenant, il n’y a plus de parole. Dieu ne donne plus la parole aux anciens parce qu’autrefois, ceux qui venaient mettaient en pratique ce qu’ils entendaient, mais maintenant il n’y a plus de travailleurs ». Les autres restèrent muets et partirent...

Archimandrite Syméon,
« La Paternité spirituelle », in Buisson Ardent Hors-série : 
« Hommage à l’Archimandrite Starets Syméon (1928-2009) »

Notes :

1. Jn 8, 42.
2. Jn 14, 24.
3. Mt 26, 39 et 42 ; Mc 14, 36 ; Lc 22, 42.

 

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