Reclus dans l’obéissance, avec la pensée de la mort. Le monde ressemble à un immense désert, et nous sommes des ermites malgré nous. C’est malgré nous que nous sommes devenus des ermites – aussi parce que nous ne faisons plus ce que nous voulons, nous vivons suivant une règle stricte de vie et nous demandons la permission écrite pour chaque sortie. La peur de la mort a pénétré nos os, surtout lorsque nous voyons nos proches partir, mais aussi par une sordide imprégnation systématique des statistiques, analyses alarmistes et arrêtés gouvernementaux aussi appelés parfois des « ordonnances militaires ». La peur de la mort donne des fruits spirituels si elle devient une pensée de la mort, si cette pensée est posée devant le Christ avec le pouvoir de diviniser le monde et l’homme, qui nous a été donné par la prière, rappelée par le fait de vivre la pandémie. La pensée de la mort a le pouvoir de transformer le cœur de l’intérieur et n’a rien de sinistre, parce qu’elle rend présent, de manière immédiate, le Christ Lui-même. La pensée de la mort est ce qui fait que chaque prière soit dite avec un cœur brisé, comme si elle était la dernière. Et dans la dernière prière, vers quoi pourraient aller notre cœur et notre esprit sinon vers le repentir, l’amour irrépressible de Dieu et sa miséricorde ?
La pandémie nous a pris au dépourvu. Nous apprenons le réel avec une rapidité et une brutalité que les trois dernières générations, celles de l’excès du bien-être, n’ont pas connues auparavant. Nous apprenons la maladie, nous apprenons que nous sommes mortels, que nous pouvons vivre beaucoup moins, que nous avons un père et une mère, un mari ou une femme et des enfants, qui ont tous besoin de notre temps et de notre attention. Nous avons nous-mêmes besoin de notre propre temps et de notre propre attention. Nous découvrons les voisins, les vendeurs, les facteurs ou les chauffeurs de taxi : jusqu’à récemment, des figures effacées dans la routine quotidienne, ils deviennent maintenant visibles comme de potentiels transmetteurs ou des victimes potentielles. De manière paradoxale, même le fait de couvrir notre visage avec un masque nous rend tous plus visibles, plus présents devant les autres. Pratiquement, nous apprenons le réel, le naturel. Que nous devons diviniser et ainsi nous préparer à ce qui va suivre après la pandémie.
À notre absence des églises en pierre, l’Église a répondu avec surabondance par sa présence dans nos maisons, devenues cellules monacales et chapelles. Comme seul l’amour de Dieu peut le faire. À l’excès médiatique macabre on répond par la mémoire beaucoup plus riche de la Résurrection à travers les offices transmis depuis une multitude de monastères et d’églises. Aux rencontres médiatisées avec des pères spirituels renommés se sont ajoutées les rencontres en ligne organisées par les recteurs des paroisses. En ligne également, les hiérarques ont rencontré les prêtres, et parfois même les fidèles. Des synaxes, des catéchèses, des discussions. On a répondu à l’absence des offices du dimanche dans les églises par beaucoup plus que l’office dominical transmis en direct. L’Église est la seule qui a compris à la fois l’urgence de communion spirituelle durant la pandémie, ainsi que la préparation pour le monde d’après la pandémie. Sans aucun doute, notre temps, et peut-être même ce siècle, seront partagés entre « avant » et « après » la pandémie, par la crise financière, par la crise de la confiance aux affirmations contradictoires des scientifiques, par la crise politique, mais surtout par le fait que cette crise, comme le dirait un moine du monastère de Vatopédi, « juge nos pensées ».
Avec quelles pensées allons-nous sortir de cette épreuve ? Quels sont pour nous les bénéfices de ce monachisme urbain que nous vivons ? Les pensées et les discours catastrophiques, apocalyptiques, n’apportent aucun bénéfice spirituel. Ils doivent être évités et rejetés. Si nous gardons la prière en nos cœurs et si nous élevons nos cœurs, en les rapprochant de Dieu, nous allons sortir de cette période érémitique avec plus de force spirituelle ; mais surtout en nous efforçant, chacun d’entre nous, d’« attirer la miséricorde de Dieu sur le monde », selon l’exhortation d’un merveilleux père spirituel de Vatopédi.
Dragoș Gheorghe Calma, Dublin

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