Chers frères et sœurs en Christ,
Il n’aura échappé à personne que cette épidémie/avertissement du Seigneur, intervient non seulement en Carême, mais un an plus tard ou presque, après l’incendie de Notre Dame de Paris. Comment ne pas faire le lien entre les deux évènements ? Le Seigneur nous réinvite une fois de plus à nous tourner vers Lui avec repentir, foi, et espérance en sa miséricorde.
Inutile de rappeler ce que nos Évêques ont très bien dit. J’aimerais prolonger ma réflexion plus avant. Il n’est pas toujours facile de trier dans nos pensées celles qui sont vraiment inspirées …
N’est-il pas important de rappeler en ce moment, que pour un chrétien la vie biologique, certes combien précieuse, voulue par Dieu, et illuminée par la grâce de la résurrection du Christ depuis plus de deux mille ans, n’est pas toute la vie, puisqu’elle ne mène, de toutes façons, qu’à la mort. Et que l’envahissement des consciences par cette seule perspective de son maintien absolu, sans autre considération, n’est pas chrétien. Or la situation actuelle, horizon médiatique aidant, nous met devant ce grave danger. Certes cette épidémie est un malheur, mais un malheur grâce auquel le Paradis sera un peu plus peuplé, ne l’oublions pas ! La peur est mauvaise conseillère ; l’amour de soi, qui engendre cette peur panique de mourir biologiquement, c’est cela qui nous maintient dans une vie de péché et de mort, et nous isole des autres, entravant en nous l’advenue de la personne au sens théologique du terme, toute de communion. Ne l’oublions pas. Les évènements actuels nous obligent à considérer notre entourage comme « ennemi potentiel » porteur d’un virus éventuellement mortel. N’oublions pas que ce frère « est notre propre vie ». (Saint Silouane) Que cet isolement reste une contrainte extérieure à notre cœur profond ! Que cet éloignement matériel ne soit jamais le signe d’un éloignement spirituel et d’un repliement sur nous-mêmes !
« Va, mon peuple, entre dans tes chambres, ferme les portes sur toi ; cache-toi un tout petit instant, jusqu’à ce qu’ai passé la fureur. Car voici Yahvé qui sort de sa demeure, pour châtier la faute des habitants de la terre ; et la terre dévoilera son sang, elle cessera de recouvrir ses cadavres. » Isaïe, 26, 20-21.
« Pour toi, quand tu pries, retires-toi dans ta chambre, ferme sur toi la porte, et prie ton Père qui est là dans le secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. » Matthieu, 6, 6.
Ces versets me sont immédiatement venus à l’esprit à l’annonce du confinement de la population. Ainsi que nous y exhortent nos bons Évêques, rentrons dans nos chambres, pas seulement nos chambres matérielles, puisque beaucoup d’entre nous travaillent toujours, mais dans nos chambres spirituelles, pour nous repentir. Certes, c’est selon son insondable et incompréhensible Providence, que le Seigneur permet cette pandémie. Ainsi qu’Il l’a dit lui-même, et que l’attestent nos grands saints, dont Saint Silouane, « L’âme sait que le Seigneur prend soin de nous avec tendresse. »2 Il « nous châtie et châtie encore avec tendresse, mais ne nous livre pas à la mort » (Ps 117, 18) Ce « châtiment » n’est pas une punition, mais une épreuve purificatrice : nous y voici ! Ne nous laissons aveugler ni par la panique, ni par la négligence vis-à-vis des précautions à prendre, ni par le repli égoïste, ni par l’affaiblissement de notre confiance aimante en Dieu. Et pour arriver à accomplir cela, prouvant ainsi au Seigneur notre amour en toute circonstance, prions, car cela nous est impossible par nos propres forces : « Jetons notre souci sur le Seigneur, et lui nous nourrira ; Il ne laissera pas le juste éternellement agité par les flots. » (Ps 54, 23)
Il ne nous est pas interdit à nous chrétiens, d’essayer, dans un esprit biblique et après avoir prié, de faire une lecture inspirée des évènements actuels. Ainsi que le dit le Psaume (84, 11), « la miséricorde et la vérité se sont rencontrées… » La miséricorde adoucit le tranchant de la vérité, mais cette dernière peut être amère … On peut penser que l’épreuve actuelle permise par le Seigneur va nous ramener à l’essentiel, car elle met en lumière les dérives de notre société, et va, nous l’espérons et prions pour cela, nous conduire à une métanoïa nécessaire :
L’écologie, la sauvegarde de la planète érigées en nouveau paradigme, et l’inquiétude légitime ô combien, devant les dégâts causés à la nature, font oublier que cette planète sur laquelle nous vivons est, pour un chrétien, celle du monde de la chute. Et que depuis notre sortie du Paradis, elle ne produit plus seulement de bonnes choses, mais « ronces et épines » (Gn 3, 18), et mauvais virus éventuellement ! Protéger la nature et notre planète, revoir nos comportements, est certes indispensable et conforme à la volonté divine ; mais l’admiration béate devant la « mère nature » conduisant à vouloir s’y fondre, comme un simple animal supérieur, sans crainte d’aucun danger venant de sa part, n’est pas une réponse juste à l’exploitation outrancière des ressources par nos sociétés de convoitise. Ces deux attitudes ne sont pas chrétiennes.
Nous « avons fait de la maison du Seigneur pour les nations, une caverne de brigands » (Mat 21, 13) Restaurons- là en commençant par nous-mêmes. L’écologie se doit d’être d’abord intérieure, par le soin apporté à notre jardin – notre cœur profond – à garder, arroser, biner, par le repentir ; sans cela elle risque de dévier vers des comportements inspirés par la peur ou le non-respect de la personne humaine.
La « mondialisation heureuse » que nos dirigeants nous faisaient miroiter, va sans doute subir un coup d’arrêt du fait de la propagation du virus. Temps de recul accordé par le Seigneur, pour réfléchir à la portée des évènements. On peut se poser la question du bien-fondé de cette mondialisation, presque uniquement marchande, qui appauvrit chaque jour un peu plus les pauvres, et enrichit chaque jour davantage les riches, pour faire court.
Le Seigneur nous fait le cadeau d’une facilité de plus en plus grande à voyager, et c’est une chose magnifique que de pouvoir découvrir d’autres contrées, d’autres cultures, à un coût abordable pour beaucoup ; c’est un enrichissement certain. Mais une certaine « agitation voyageuse », si je peux m’exprimer ainsi, ne porte pas ses fruits si elle est seulement à la recherche du plaisir de sensations nouvelles, et oublie le temps nécessaire à toute vraie relation humaine. La rencontre nécessite une préparation, une attitude respectueuse, attentive à l’autre, et le souvenir de celle-ci doit être un sujet d’approfondissement et d’action de grâces. Ce virus qui nous interdit tout contact inutile à la survie, va nous apprendre, ou réapprendre, la valeur de la simple rencontre de proximité, de toute rencontre en fait …
« Quand le Très-Haut répartit les nations et dispersa les fils d’Adam, il fixa les bornes des nations suivant le nombre des anges de Dieu. » Deut. 32, 8. Trad° Psautier P. Placide.
Peut-être allons-nous aussi redécouvrir la valeur des frontières de nos pays, qu’une politique mal comprise et qui nous est imposée, voulait nous faire croire comme inutiles. Non pour nous enfermer sur nous-mêmes, mais pour redécouvrir la valeur de la proximité … nos frontières ne devraient-elles pas être comme les iconostases de nos églises, des « séparations qui unissent » ? Cela implique de prier et d’œuvrer, pour ceux qui en ont la possibilité, pour une politique migratoire entièrement revue, alliant accueil de l’étranger, aide active à sa bonne intégration, et fermeté vis-à-vis de ceux qui ne veulent pas se plier aux règles de vie en commun de notre pays. La sécurité des citoyens fait partie des attributs de l’État. Selon le modèle trinitaire, qui doit nous inspirer, unité et diversité des personnes divines coexistent sans qu’un des termes prévale sur l’autre. Sur terre, nous devons tendre également à cette unité dans la diversité des nations. Cette vision implique également un retour à une plus grande liberté de décision de nos dirigeants, qui ont peu à peu perdu tout pouvoir de décision face aux instances supranationales, avec des conséquences désastreuses comme on peut le constater.
Vouloir se débarrasser de la souveraineté des États, et de l’histoire, comme le prônent certains depuis des années, ne peut donner de bons fruits.
Tout bon chrétien sait que le Saint Archange Michel protège la France, et que Saint André protège la Roumanie, pour ne citer que deux exemples.
Nous devons aider nos concitoyens à retrouver la notion de « bien commun » qui s’est émoussée dans notre pays. Nous la vivons en permanence dans l’Église, par une grande grâce du Seigneur, efforçons-nous de la transmettre à la société chaque fois que nous en avons l’occasion. Ce n’est certes pas facile, certains des choix de nos sociétés étant en contradiction flagrante avec notre foi ; mais dans beaucoup de domaines il est possible de lutter par l’exemple contre l’individualisme.
Demandons pardon au Seigneur, de ne pas assez rendre grâces pour le printemps qu’il nous offre, malgré notre indignité. Demandons pardon pour la tiédeur de notre prière pour nos dirigeants. Demandons pardon pour notre esprit critique si prompt à s’exercer à leur dépend. Demandons pardon pour notre égoïsme, pour nous être laissés englués dans un confort grandissant, qui a fermé nos cœurs à la situation dramatique et précaire d’une bonne partie de nos frères humains sur cette planète. Demandons pardon au Seigneur pour toutes nos lâchetés, toutes nos compromissions pour nous garantir une tranquillité égoïste. Demandons pardon de nous contenter d’apaiser nos culpabilités par de petites offrandes qui ne nous dérangent guère, quand des foules se pressent à nos portes et meurent sans soins. Rendons grâces pour cette épreuve qui n’a d’autre but que de réveiller les consciences !, et nous rappeler l’essentiel : « Dans ce monde vous serez dans la détresse, mais courage, j’ai vaincu le monde ! » (Jn 16, 33)
« Votre Dieu a été mis en Croix, et vous cherchez la tranquillité ! » (Saint Jean Chrysostome, commentaire Épitre aux Philippiens, Homélie XIII)
Pour nous, chrétiens actuellement privés d’offices et parfois de communion aux Saints Dons malgré tout le merveilleux dévouement de nos pasteurs, l’occasion est belle de se poser la question de notre foi, pour demander au Seigneur de l’approfondir. Certains ont exprimé leur peur que la communion soit vecteur du virus. Certes le pain reste sous nos yeux de chair, du pain, et le vin, du vin … mais dans la foi nous croyons ferme que ce pain et ce vin SONT réellement le corps du Christ. Et comment le corps du Christ, du Dieu vivant et éternel, tout puissant, créateur de l’univers, vainqueur de la mort, pourrait-il donc nous communiquer quelque chose de mauvais ? Ce même corps supplicié sur la croix, et ressuscité, ce corps de l’Amour incarné ? Dans le calice règne l’Esprit-Saint, pulvérisateur de la mort !
Prions pour les jeunes privés de cours, les parents inquiets ou débordés, les familles entassées dans des logements exigus, les personnes âgées isolées au sein de leurs établissements, privées de visites. Prions pour ceux qui travaillent, et ceux qui aimeraient continuer à travailler. Prions pour tous ceux que l’oisiveté forcée va entrainer à se distraire avec des lectures ou des vidéos néfastes pour l’âme.
Que le Seigneur, par les prières de sa très Sainte Mère et de tous les Saints, nous délivre de ce fléau ! Amen.
Élisabeth Lalance

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