Ajouté le: 5 Juillet 2019 L'heure: 15:14

De la jalousie

Devenu la proie de mes mauvaises pensées, comme d’autant de voleurs, je suis maintenant tout meurtri par leurs coups et couvert de blessures ; mais viens, Christ-Sauveur, et guéris-moi.

Saint André de Crète, Grand Canon de repentir

La jalousie est propre à tous les hommes, indépendamment de leur situation sociale. Quelqu’un, en effet, est toujours plus fort que nous. Les autres ont toujours quelque chose que nous aimerions avoir. Dans la jalousie, nous repoussons les autres ; et la vie devient vraiment comme une image, obscurcie et troublée, de Dieu.

Archimandrite Sophrony, De Vie et d’Esprit, Cerf, Le Sel de la terre, 1995

L’un des Pères a dit : « Supposons une femme belle, dans la fleur de l’âge, désirable, et à cause de cela prise en mariage par un roi mais aussi convoitée entre temps par quelques débauchés. Tant qu’elle a des sentiments hostiles à l’égard de ces prétendants et les dénonce à son époux légitime, elle est chaste et n’a des yeux que pour son mari, et les réclamations des débauchés n’entraînent aucune charge contre elle. Mais si elle se donne à l’un des prétendants, sa conduite chaste à l’égard de tous les autres ne la soustraira pas au châtiment, car le fait d’avoir souillé sa couche avec un seul suffit à la condamner. Ainsi l’âme qui vit pour Dieu ne cherche à plaire à aucun de ceux qui par ruse se présentent à elle comme bons. Au contraire celle qui reçoit dans son cœur la souillure d’une seule passion s’est affranchie elle aussi des obligations du mariage spirituel, et, comme dit l’Écriture : la sagesse n’entrera pas dans une âme perverse . Ainsi peut-on vraiment dire aussi que, ni dans le coléreux, ni dans l’envieux, ni dans le cœur qui a en lui un autre défaut, il n’est possible au bon Époux d’habiter. 

Les Sentences des Pères du désert,
Éditions Abbaye Saint-Pierre, Saint-Céneré, 1966-1985

Or, mes frères, quel ver rongeur pour l’âme, quel ulcère pour le cœur ! envier dans un autre ou la vertu ou le bonheur, c’est-à-dire haïr en lui ou ses mérites ou les bienfaits divins ; faire de la félicité d’autrui un tourment pour soi-même ; trouver son châtiment et son supplice dans la prospérité et dans la gloire des autres ; attacher à son cœur, à ses sens, à ses pensées comme des bourreaux qui fouillent, déchirent et torturent sans pitié ; non, cette existence n’est pas possible. Dans cet état, la nourriture devient insipide ; le temps s’écoule dans les soupirs, dans les gémissements ; dans la souffrance ; et, comme on est obligé de renfermer le fatal secret au fond de son cœur, il se venge de sa captivité en déchirant jour et nuit sa prison.

Saint Cyprien de Carthage, De la jalousie et de l’envie,
Éditions du Cerf, SC n°519, Paris, 2008

Ce qu’il y a de fâcheux dans la maladie [de l’envieux], c’est qu’il ne peut la déclarer. Il marche les yeux baissés en terre, triste et confus, en proie au mal intérieur qui le dévore. Si on lui demande ce qui le chagrine, il rougit de l’avouer ; il n’oserait dire : Je suis rempli d’envie et de fiel ; le bonheur de mon ami m’afflige ; je m’attriste de la joie de mon frère ; je ne puis souffrir le spectacle de la prospérité d’autrui ; la bonne fortune de mon prochain fait mon infortune. Voilà ce qu’il dirait, s’il voulait convenir de la vérité ; mais n’osant découvrir une plaie aussi honteuse, il renferme au dedans de lui-même le mal qui déchire et ronge ses entrailles.

Saint Basile le Grand, Homélie sur l’envie, in Homélies,
Discours et Lettres choisis, Guyot, Lyon 1827

Si vous désirez vivement la gloire, si vous voulez vous distinguer de tout le monde, sans pouvoir même vous contenter de la seconde place (car c’est là une autre source d’envie), détournez votre ardeur, comme le cours d’un fleuve, vers la possession de la vertu. Ne soyez jaloux, ni d’amasser de grandes richesses, ni d’acquérir la gloire du monde. Ces avantages ne dépendent pas de vous. Soyez juste, sage, prudent, courageux, patient dans les disgrâces que vous suscite la piété. Par-là, vous vous sauverez vous-même, et vous posséderez une gloire plus solide par de plus solides biens. 

Saint Basile le Grand, Homélie sur l’envie, ibid

Quant à ton envie à toi, le moyen de l’apaiser, c’est, voyant dans la joie celui que tu envies, de te réjouir avec lui et, le voyant peiné, de t’affliger avec lui, pour accomplir la parole de l’Apôtre : Se réjouir avec ceux qui se réjouissent, pleurer avec ceux qui pleurent. 

Saint Maxime le Confesseur, Centuries sur l’amour, 3, 91,
in Philocalie, Abbaye de Bellefontaine, 2004, vol. A3

Ne voyez-vous pas que la dissimulation est un grand vice ? or c’est un fruit de l’envie, qui apprend aux hommes à être doubles et à déguiser, sous une belle apparence d’amitié, la haine secrète qu’ils couvent dans le cœur ; semblables à ces écueils dans la mer, qui ne sont couverts que d’un peu d’eau, et qui causent des naufrages imprévus quand on va les heurter imprudemment. 

Saint Basile le Grand, Homélie sur l’envie, ibid.

Maître, je suis affligé à propos de l’abbé, pensant qu’il a plus d’égards pour certains frères que pour moi, et j’en suis scandalisé au point d’être tenté de le haïr. Prie pour moi et indique-moi ce que j’ai à faire. […]

Le même frère, encore affligé des mêmes pensées, fit de nouveau supplier le même Grand Vieillard de lui envoyer une parole de vie. Celui-ci lui adressa par écrit la réponse suivante :

« Frère, les pensées et les démons te troublent méchamment à l’égard de ton abbé, selon leur mauvais procédé, afin que tu haïsses celui qui t’aime et que tu affliges celui qui veut te protéger de toute son âme, afin que s’accomplisse à ton sujet ce qui est dit : Au lieu de m’aimer, ils m’accusaient, et ils me rendaient le mal pour le bien, la haine pour l’amour. Car il t’assure souvent qu’il t’aime, et tu ne le crois pas. Mais la jalousie du diable t’aveugle le cœur, pour te faire concevoir de mauvaises pensées au lieu de bonnes, d’amères au lieu de douces et pour te faire encourir ce qui est écrit : Mal­heur à celui qui appelle mal le bien et amer ce qui est doux, qui change les ténèbres en lumière et la lumière en ténèbres . […] Oui, enfant, supporte-moi, moi qui suis le dernier des hommes, et rejette loin de toi les mauvaises pensées et accueille les bonnes, l’innocence, la charité, la patience, l’humilité, qui vide complètement le carquois du diable, qui relève la tête de ceux qui la possèdent, qui attire à elle la grâce de Dieu. Réveille-toi, sois vigilant, sois courageux, console-toi en cela et aspire au salut. Aie en aversion l’envie, la jalousie, la discorde, la médisance et leurs semblables ; sois une brebis innocente du troupeau du Christ, un membre précieux de la communauté, un vase sacré, un fils du Royaume, un héritier de la gloire, afin que, vivant selon les préceptes du Christ Lui-même, tu obtiennes la vie éternelle et la glorieuse résurrection. Car Dieu m’est témoin que je prie pour le salut de ton âme. Qu’Il m’accorde ce que je désire : que tu sois sauvé et que tu parviennes à la connaissance de la vérité. Si tu méditais sans cesse mes paroles, tu ne chancellerais ni ne t’égarerais, mais tu marcherais sur la voie étroite selon Dieu, celle qui conduit à la vie éternelle dans le Christ Jésus notre Seigneur. Que Dieu te fasse comprendre sa volonté, frère ».

Saints Jean et Barsanuphe de Gaza, Correspondance, 236, Abbaye de Solesme, 2005

Bienheureux celui qui connaît sa propre faiblesse, car cette connaissance devient pour lui le fondement, la racine et le commencement de tout bien. […] Lorsque quelqu’un sait qu’il a besoin de l’aide de Dieu, il multiplie ses prières, et dans la mesure où il les multiplie, son cœur s’humilie, car il est impossible de ne pas s’humilier lorsqu’on intercède et supplie. « Dieu ne méprisera pas un cœur broyé et humilié ».

Saint Isaac le Syrien, Discours ascétiques, 21, Trad. R.P. Placide Deseille,
Monastère St-Antoine-le-Grand et Monastère de Solan, 2011

Aussi, mes frères bien-aimés, le Seigneur nous tient en garde contre un semblable danger. Un jour ses disciples Lui demandaient quel était parmi eux le plus grand : Le plus petit d’entre vous, répondit-il, sera le plus grand. Par cette réponse, il anéantit toute émulation ; il enlève tout aliment à la dent vorace de l’envie. Le zèle est permis au disciple du Christ, mais non l’envie. Entre nous, il ne peut être question de supériorité : c’est l’humilité qui nous élève ; c’est elle qui nous rend agréables à Dieu. 

Saint Cyprien de Carthage, De la jalousie et de l’envie, ibid

L’orgueilleux craint les reproches, mais l’humble, nullement. Celui qui a atteint l’humilité du Christ, désire constamment se faire des reproches à lui-même ; il accepte avec joie les injures, mais s’afflige lorsqu’on le loue. Mais ce n’est encore que le début de l’humilité ; lorsque l’âme connaît par le Saint-Esprit combien le Seigneur est humble et doux, elle se considère elle-même comme la pire de toutes, elle est heureuse de voir les hommes dans le Saint-Esprit, rayonnants et semblables au Christ. […]

Rien n’est mieux que de vivre avec humilité et amour ; alors l’âme jouit d’une profonde paix, et elle ne cherche pas à s’élever au-dessus de son frère.

Saint Silouane l’Athonite, Écrits, « De l’humilité », in Archimandrite Sophrony,
Saint Silouane l’Athonite (1866-1938) Vie, doctrine et écrits, Cerf, 2010

En un mot, si l’on s’élève par la pensée au-dessus des choses humaines, si l’on n’envisage que ce qui est vraiment beau et louable, on n’aura garde de croire qu’aucun des biens périssables et terrestres soit capable de rendre heureux. Or, un homme qui est tellement disposé que les grands avantages du monde ne le touchent pas, il est impossible qu’il soit dominé par l’envie.

Saint Basile le Grand, Homélie sur l’envie, ibid

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