Ajouté le: 7 Juin 2019 L'heure: 15:14

Le Fiancé

Personne n’a jamais pu aimer quelqu’un d’immatériel, par conséquent, l’âme ne veut pas d’un Christ invisible. Il est impossible qu’elle puisse accueillir avec bienveillance un Dieu qu’elle ne verrait pas. Voilà pourquoi l’expérience de l’Église nous parle du Verbe incarné. Le Verbe n’est pas un homme qui serait passé par un homme incarné, comme le disaient les hérétiques, mais celui qui s’est incarné dans le sein de la Vierge. Il est celui qui a été conçu de façon virginale dans la Mère de Dieu, de qui il a pris la nature humaine de façon indivise et sans changement. Le Christ est le seul qui se soit revêtu de chair.

Nous avons aimé le Christ, parce que nous l’avons ressenti comme chair. Il nous a sauvés, parce qu’il « s’est fait chair ». Le Christ ne se défera jamais de sa chair car ce serait contre nature ; il est assis avec sa chair à la droite du Père. De même, il n’est pas naturel que l’âme humaine soit séparée du corps. C’est la raison pour laquelle la mort, telle que nous l’envisageons en général, est la chose la plus absurde qui soit. La mort est tout simplement le prélude à la résurrection, et à la résurrection l’âme prend de nouveau chair. C’est une recréation, en quelque sorte, de la nature humaine et de la personnalité.

Donc, le Christ n’est ni invisible ni désincarné : il est chair. Nous avons aimé Dieu qui est apparu dans un corps. « Dieu, dit Timothée, a été manifesté dans la chair », et c’est comme Dieu incarné qu’il a été proclamé à toutes les nations. C’est dire que cette chair, revêtue par le Christ, était la révélation de Dieu.

Le Christ est celui qui porte un corps de manière unique, il est donc impossible qu’il soit inactif. C’est une duperie lorsque nous prétendons sentir le Christ comme étant invisible et non incarné ; c’est un leurre si nous pensons aimer une imagination, un concept, un désir.

Qui enlace ses désirs ? Qui embrasse son rêve ? Qui peut attraper l’air ? Ce que l’homme désire, il le trouve en plénitude dans le Christ.

« Dieu s’est manifesté dans la chair ». Ces mots ont une puissance exceptionnelle. Le Christ est exactement comme nous le voulons, à cela près qu’il est bien plus Fiancé que n’importe quel autre fiancé du monde.

Lorsque le Christ est, pour nous, un Fiancé tel que nous venons de le décrire, comment ressentons-nous son étreinte ? Comment éprouvons-nous la joie d’être avec lui ? Comment percevons-nous sa douceur ? Comment aimons-nous le Christ ? En bref, comment le Christ devient-il le Fiancé réel et visible d’une âme ? [...]

Nous sommes donc en présence du Fiancé, le Christ, et de l’âme. Cette âme est censée comprendre qu’elle est vraiment fiancée, qu’elle a une certaine possibilité de voir le Seigneur.

Puisque le Christ est visible, il est vu par nos yeux spirituels et par nos yeux charnels. Puisque le Christ est incarné, nous avons la possibilité de participer, nous aussi à « la chair de Dieu ». Et c’est vrai, nous participons à Dieu par des milliers de moyens. [...]

Lorsque le Christ est devenu notre seul compagnon, par l’intention, la sensation, la connaissance, et que nous n’avons qu’une seule occupation : le Christ, sans que rien ne puisse nous distraire, alors commence une autre étape spirituelle.

Jusqu’à présent, nous vivions les bonds du Christ dans notre existence. Maintenant nous sentons qu’il se produit un ravissement de notre être intérieur en prière. C’est une expérience que nous faisons de nombreuses fois. Toutes les âmes qui aiment le Christ, qui veulent vivre pour lui, la font. Quand cela se produit, nous nous inquiétons, nous nous troublons et nous nous interrogeons : « Peut-être est-ce quelque chose de mal ? Peut-être ai-je perdu la tête ? Peut-être cela vient-il de Satan ? » Aucunement ! Rendons grâce à Dieu qui nous a amenés à ce stade initial de la vie spirituelle.

Nous sentons donc, que notre être intérieur en prière est ravi. Sans que nous nous y attendions, notre intellect se met à prier tout seul. Nous ne faisons pas d’efforts pour prier, c’est lui qui prie. Nous marchons, nous discutons, nous rions, et nous découvrons que, de l’intérieur, notre intellect est entraîné à dire le « Seigneur Jésus-Christ, aie pitié de moi, pécheur. »

L’intellect est ravi, puis il revient à la réalité quotidienne. Il est de nouveau ravi, revient, repart pour revenir encore. Tout comme une balle fixée au poignet par un élastique, revient après avoir été lancée, ainsi le Christ devient pour nous le partenaire d’un tel jeu. Nous sommes désormais en présence des plus grandes joies que l’homme puisse éprouver : le ravissement de l’intellect en prière.

Géronda Aimilianos,
Sous les ailes de la colombe, Ormylia 2000, pp. 200-210

 

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