Nous avons pu remarquer au quatrième dimanche du Grand carême, dit de saint Jean Climaque, en référence au saint higoumène du Sinaï à qui nous devons ce joyau de la littérature monastique qu’est « L’Échelle sainte », que l’évangile devant être lu pour la fête du saint était justement celui des Béatitudes du « Sermon sur la montagne » tel que nous les trouvons au début du cinquième chapitre de l’évangile de saint Matthieu.
Cette coïncidence n’est pas fortuite puisque les Béatitudes qui ouvrent le discours inaugural du Christ, sont semblables à une échelle qui doit nous permettre de faire l’ascension de la montagne de Dieu, à un itinéraire, un exode, qui doit nous conduire vers Lui, et dont seuls ceux qui sont « pauvres en esprit » peuvent espérer, avec Son aide et Sa grâce, parvenir au sommet, celui de la « vision » de Dieu. Écoutons ce que nous dit saint Grégoire de Nysse : « Qui parmi nous se met à l’écoute de la Parole pour s’élever au-dessus des pensées et des aspirations terrestres à ras du sol, jusqu’à la montagne de la haute contemplation ? […] Les réalités et les dimensions de ce qui se découvre de la hauteur, Dieu le Verbe lui-même les expose en appelant bienheureux ceux qui ont fait l’ascension avec lui ; il montre en quelque sorte du doigt d’un côté le Royaume des cieux, de l’autre l’héritage de la nouvelle terre, puis la miséricorde, la justice, la consolation, la parenté de toute la création avec Dieu, le fruit des persécutions qui nous unit au mystère divin : tout ce que la main du Verbe nous fait découvrir depuis la cime, quand dans ce haut lieu on regarde avec espérance »1.
Cette charte de l’ascension vers Dieu que sont les Béatitudes, commence ainsi : « Bienheureux les pauvres en esprit car le Royaume des cieux est à eux ». Le terme πτωκόϛ pauvre, pluriel πτωκοί, d’où l’expression πτωκοί τῷ πνεύματι pauvres en esprit, traduit dans la Bible des Septante l’hébreu ‘ani, terme polysémique qui signifie à la fois pauvre, nécessiteux, indigent, malheureux (au sens matériel) humble (au sens social). Or nous savons par l’Écriture sainte que le Seigneur est plein de sollicitude envers ces pauvres et qu’il ne cesse de leur manifester Sa compassion, car nombre de psaumes décrivent leurs souffrances, mais aussi leurs cris vers Lui, leurs prières et leurs espoirs.
Au psaume IX il est dit : « Que les pécheurs s’en aillent aux enfers,et toutes les nations qui oublient Dieu ; car le pauvre ne sera pas toujours oublié, la patience des malheureux ne sera pas vaine à jamais » (versets 18-19)2. Le Seigneur voit leur détresse et il agit : « À cause de la misère du pauvre, du gémissement du malheureux, maintenant, je me lève, dit le Seigneur, je le mettrai en sécurité, je me prononcerai ouvertement pour lui » (Ps. XI, 6). Ou encore, le psaume CI nous montre le Seigneur tourné vers la prière des humbles : « Il s’est tourné vers la prière des humbles et n’a pas méprisé leur supplication » (verset 17).
Les références scripturaires au sujet de ces pauvres, ne se limitent pas à celles citées ici. Comme nous le savons, ces pauvres le Christ les déclare heureux : « Heureux vous, les pauvres, car le Royaume des cieux est à vous » (Lc. VI, 20). Ce terme de « pauvre » est à double entente et sa signification dans l’Écriture va bien au-delà de l’ordre matériel. Une chose est la pauvreté matérielle, une autre est l’espérance du Royaume des cieux et il n’y a pas nécessairement de lien entre les deux. La première béatitude : « Bienheureux les pauvres en espritcar le Royaume des cieux est à eux » (Mt. V, 3) décrit ceux qui, parmi les hommes, servent Dieu fidèlement, qui cherchent à être justes selon Ses commandements et qui refusent de vivre selon les dérèglements du monde déchu. C’est d’abord ceux-là qui font l’objet de la sollicitude du Christ dans le « Sermon sur la montagne » dont les paroles sont prononcées par le Maître au début de son ministère public.
Lorsque le Christ déclare « Bienheureux les pauvres en esprit » on voit qu’il oppose la vraie et la fausse pauvreté, comme ailleurs dans l’Évangile il oppose vraie et fausse richesse. Autrement dit ce n’est pas la pauvreté matérielle qui serait bienheureuse en soi, mais seulement celle qui est « pauvreté en esprit », celle de ceux qui se sachant pécheurs savent qu’ils sont pauvres devant Dieu et qui attendent et reçoivent avec confiance et action de grâce les dons du Seigneur pour en vivre. « Le riche c’est celui pour qui tout est dû, le pauvre c’est celui pour qui tout est don »3. Cette pauvreté en esprit ne s’acquiert, avec l’aide Dieu, que dans l’observance des commandements du Christ.
Cette pauvreté résulte d’un choix comme le fait remarquer saint Grégoire de Nysse : « Celui qui est pauvre de propos délibéré, de tout ce qui constitue le mal, qui ne cache aucun des biens diaboliques dans le secret de son trésor mais dont l’esprit brûle d’ardeur et cultive la pauvreté de tout ce qui appartient au Mauvais, celui-là le Verbe de Dieu l’appelle bienheureux pour sa pauvreté et héritier du Royaume des cieux »4. Saint Grégoire de Nysse identifie la pauvreté en esprit à l’humilité et il ajoute : « Qu’on ne s’imagine pas qu’il est aisé et facile d’acquérir l’humilité. Au contraire, ceci est plus difficile que l’acquisition de toute autre vertu […] Comme presque tous les hommes sont naturellement portés à la superbe, le Seigneur commence les Béatitudes, en écartant le mal initial de l’orgueil et en conseillant d’imiter le véritable Pauvre volontaire qui en vérité est bienheureux, de manière à lui ressembler, selon notre pouvoir, par une pauvreté volontaire, pour avoir part à sa propre béatitude »5 et de citer Ph. II, 5-7 à propos de la kénose du Verbe de Dieu qui a pris la condition d’esclave pour sauver les hommes.
À la question de savoir ce qu’est la pauvreté en esprit, saint Macaire d’Égypte répond : « C’est quand on est juste et élu de Dieu, de ne pas se croire quelque chose, de mésestimer son âme et de la tenir pour rien, de faire comme si on ne savait rien et ne possédait rien tout en connaissant et ayant quelque chose. Ceci doit devenir dans l’intellect des hommes comme une disposition naturelle et stable. Ne vois-tu pas ? Abraham notre ancêtre, un élu s’il en fut, s’est dit poussière et cendre (Gn. XVIII, 27) Et David, qui avait reçu l’onction royale et avait Dieu avec lui, que dit-il ? ‘Je suis un ver et non un homme, l’opprobre des hommes et le rebut des peuples (Ps. XXI, 7)’ »6.
Macaire continue en précisant que ceux qui désirent être cohéritiers et concitoyens de la Cité céleste, avec Abraham, David et tous les Justes, doivent acquérir une semblable humilité, ce qui revient à identifier la vie chrétienne comme une crucifixion des pensées et des passions : « Il faut, en effet que tu sois crucifié avec le Crucifié, que tu souffres avec Celui qui a souffert, afin que tu sois glorifié avec Celui qui est dans la gloire. Il est nécessaire que l’épouse souffre avec l’Époux pour devenir participante et cohéritière du Christ »7.
Saint Isaac le Syrien va dans le même sens : « C’est pourquoi quiconque s’est couvert de ce vêtement de l’humilité sous lequel le Créateur est apparu lorsqu’il s’est revêtu d’un corps,a revêtu le Christ lui-même. En effet, il a désiré revêtir dans son homme intérieur la ressemblance de cet état dans lequel le Créateur s’est manifesté à sa création, et être vu ainsi par ses compagnons de service. Au lieu d’un vêtement de gloire et d’honneurs extérieurs, il s’est paré de cette humilité […] Est véritablement humble, celui qui a, dans le secret de son âme, de quoi s’enorgueillir, et ne s’enorgueillit pas, mais considère cela comme de la poussière »8.
Isaac le Syrien répond également très concrètement à la question de comment parvenir à cet état de pauvreté en esprit qui est, comme chez Grégoire de Nysse et Macaire d’Égypte, identifiée à l’humilité : « Mais quelqu’un me demandera : ‘Que dois-je faire ? Comment puis-je acquérir l’humilité ? De quelle façon serai-je digne de la recevoir ? Vois, je me fais violence à moi-même, et quand je crois l’avoir acquise, je m’aperçois que des pensées qui lui sont contraires tourbillonnent dans mon esprit. Et aussitôt je tombe dans le désespoir’. À celui qui interroge ainsi on répondra : ‘Il suffit au disciple d’être comme son Maître et au serviteur d’être comme son Seigneur’ (Mt. X, 25). Vois comment l’a acquise Celui qui a prescrit l’humilité et en fait don. Deviens-lui semblable, et tu la trouveras’ »9.
Les Béatitudes ont une dimension eschatologique : l’emploi du verbe au présent : « car le Royaume des cieux est à eux » dans l’évangile montre que ces pauvres en esprit sont déjà sujets du Grand Roi, comme par anticipation, dès cette terre, Royaume qui est déjà au milieu de nous avec la venue du Messie-Christ parmi les hommes. Le Seigneur lui-même, après la lecture qu’il fit de la haftara à la synagogue de Nazareth, n’avait-il pas annoncé en commentant Isaïe LXI. 1-2 l’accomplissement de la promesse de Dieu ? (Lc. IV, 16-20). Pauvreté en esprit, humilité et repentir sont des vertus que doivent cultiver sans cesse ceux qui se sont liés au Christ comme le dit saint Théophane le Reclus. En commençant par être conscient de ses propres ténèbres intérieures, on s’ouvre à l’action du Saint Esprit en nous, à la grâce divine.
« Bienheureux les doux : ils auront la terre en héritage ». La seconde béatitude est à mettre en parallèle avec le psaume XXXVI : « Renonce à la colère, laisse la fureur, ne sois pas jaloux au point de faire le mal ; car ceux qui font le mal seront exterminés, mais ceux qui attendent le Seigneur auront la terre en héritage. Encore un peu et le pécheur ne sera plus, tu chercheras où il était et tu ne le trouveras plus. Mais les doux auront la terre en héritage, ils jouiront d’une profonde paix » (versets 8-11). L’hébreu ‘ânâw traduit dans la Septante par le terme πραεῑϛ, doux, contient l’idée de piété de celui qui espère en toute chose l’aide de Dieu, celui qui tourne résolument le dos à l’orgueil, qui se soumet à la volonté divine et qui supporte les épreuves avec patience, sachant que Dieu éprouve celui qu’il aime. Le Seigneur « guide les doux dans la justice, aux doux il enseigne ses voies » (Ps. XXIV, 9). Inutile de rappeler que les doux, ici au sens biblique du terme, sont souvent victimes d’injustice, l’Écriture en rend de nombreux témoignages, à commencer par Celui qui est doux et humble de cœur et qui fut crucifié, « Venez à moi, vous tous qui ployez sous le fardeau, et moi je vous soulagerai. Chargez-vous de mon joug et mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez soulagement pour vos âmes » (Mt. XI, 28-29). C’est la mise en pratique des commandements du Christ qui donne la paix et la joie pour l’âme. Ces doux auront la terre en héritage. Ici le verbe est au futur, car si le Royaume des cieux est secrètement au milieu de nous avec la venue du Sauveur, il n’est pas encore en plénitude. Il en est de même, pour le temps du verbe, jusqu’à la septième béatitude. De quelle terre s’agit-il ? L’emploi de ce mot est métonymique pour désigner le Royaume messianique inauguré par le Christ. Il ne s’agit plus ici de la terre dans laquelle les Hébreux sont entrés, conduits par Josué.
La troisième béatitudeparle ce ceux qui pleurent et qui seront consolés. Il s’agit ici de tous ceux qui sont affligés par la souffrance, toute forme de douleur et de détresse, d’affliction, mais aussi de persécution. La troisième béatitude est en lien avec le chapitre LXI. 1-12 de la prophétie d’Isaïe repris par saint Luc au quatrième chapitre où le Messie annoncé est la source de toute consolation, puisque avec l’incarnation du Verbe de Dieu, la parole prophétique est accomplie comme le dit le Christ lui-même à la synagogue de Nazareth, comme nous l’avons vu. Les affligés seront consolés et les cœurs purs verront Dieu. Nous pouvons ainsi voir les liens entre les Béatitudes, ici entre la troisième et la sixième.
Cette béatitude a également en vue ceux qui pleurent en raison des péchés commis, selon saint Jean Chrysostome, ce qui nous renvoie directement aux larmes pénitentielles, larmes liées au repentir, à l’humilité : « La tristesse est donc salutaire pour les âmes vraiment repentantes. De même il sied à merveille aux pécheurs de pleurer sur leurs prévarications […] Pleurez sur votre péché, pour ne pas pleurer sur votre supplice ; désarmez votre juge, avant de comparaître à son tribunal… »10. Chrysostome ajoute que cette tristesse est salutaire car elle est selon Dieu et non selon le monde : « La tristesse selon Dieu produit en effet un repentir salutaire qu’on ne regrette pas, la tristesse du monde, elle produit la mort »11.
La promesse de la troisième béatitude concerne un temps à venir, celui de la plénitude du Royaume : « Amen, amen, je vous le dis, vous allez pleurer et vous lamenter ; le monde, lui se réjouira ; vous serez dans la tristesse, mais votre tristesse se changera en joie » (Jn. XVI, 20). Mais cette promesse est déjà à l’œuvre dans le temps présent car la foi au Christ est une source indicible de joie au milieu même des afflictions : « La foi est la garantie des biens que l’on espère, la preuve des réalités qu’on ne voit pas » (Hb. XI, 1).
La quatrième béatitudeévoque « ceux qui ont faim et soif de justice ». La faim et la soif sont des affections naturelles dont la satisfaction est nécessaire au maintient de la vie. Leur évocation dans cette béatitude indique un désir intense de l’homme vers Dieu seul en capacité de combler sa soif d’absolu. Quelle est la nature de cette justice, δικαιοσύνη, qui traduit l’hébreu sedeq, mais aussi sedaqa, équité ? C’est la justice à laquelle aspirent ceux qui accomplissent les commandements divins, ceux qui en sont affamés et assoiffés, ceux qui sont habités par le désir ardant de sainteté. Ceux-là reçoivent ici la promesse d’être rassasiés : « Moi, dans la justice, je paraîtrai devant ta face, et je serai rassasié quand paraîtra ta gloire » (Ps. XVI, 15). Le verbe χορτάζω, rassasier, est au futur car il n’y a pas de vrai rassasiement du cœur de l’homme en ce monde dont la justice n’existe pas. Ce que vise cette béatitude c’est la justice éternelle qui sera donnée avec la plénitude de l’amour de Dieu.
La cinquième béatitudedéclare : « Bienheureux les miséricordieux car ils obtiendront miséricorde ». Le bon Samaritain de l’Évangile – le Christ – est celui qui compatit aux souffrances et aux détresses des autres, celui qui pardonne et l’Écriture dit que ceux qui font miséricorde, le Seigneur les traitera comme ils auront traité le prochain. Le verbe ἐλεέω, avoir pitié de, et le substantif ἔλεοϛ, miséricorde, renvoient à l’hébreu rahamîm, miséricorde, compassion, générosité, de rehem qui signifie matrice, sein maternel. Ces termes décriventla profondeur de l’amour divin. Cette miséricorde se manifeste d’abord par le pardon des péchés, la remise des dettes comme dans la parabole du débiteur impitoyable : « ne devais-tu pas, toi aussi, avoir pitié de ton compagnon comme moi j’ai eu pitié de toi ? » (Mt. XVIII, 33) et ensuite par la compassion manifestée par le Christ de nombreuses fois dans l’Évangile : « Quand il fut proche, à la vue de la ville [Jérusalem], il pleura sur elle… » (Lc. XIX, 41). Être miséricordieux vis-à-vis de nos semblables, c’est refléter la miséricorde et l’amour de Dieu pour tous les hommes, car le soleil se lève sur les bons comme sur les méchants. Ainsi, ceux qui font miséricorde reçoivent la miséricorde divine : « Avec le saint tu seras saint, avec l’homme sans reproche tu seras sans reproche, avec celui qui est droit tu seras droit, mais avec celui qui est retors tu te montreras retors ; ainsi tu sauveras le peuple des humbles et tu feras baisser les yeux des orgueilleux » (Ps. XVII, 26-28). Pour autant nous dit saint Jean Chrysostome «’Car ils obtiendront miséricorde’ Dans les termes ce n’est que l’équivalent ; mais en réalité, la récompense l’emporte de beaucoup sur la bonne œuvre. Eux exercent la miséricorde comme il est possible à des hommes de l’exercer, tandis qu’ils la reçoivent du Dieu de l’univers. Or,il n’existe aucune comparaison entre la divine miséricorde et la miséricorde humaine ; elles diffèrent autant que la bonté diffère de la malice »[12]. Justice et miséricorde vont de pair.
La sixième béatitude : « Bienheureux les cœurs purs car ils verront Dieu ». « Cœur pur » ou « Cœur droit » sont des expressions que l’on trouve dans les Psaumes : « Qui montera sur la montagne du Seigneur, qui se tiendra dans le lieu saint ? Celui qui a les mains innocentes et le cœur pur… » (Ps. XXIII, 3a). Chez l’homme pécheur, le cœur (profond) en tant que siège des pensées est encombré d’autant de passions qui font obstacle au Christ qui pourtant veut en faire Sa demeure. Or il faut que le cœur de pierre devienne cœur de chair et la source de la purification c’est Dieu : « Ô Dieu, crée en moi un cœur pur, renouvelle en mon sein un esprit de droiture » (Ps.L, 12). La purification du cœur, avec l’aide de Dieu, est un rude combat intérieur de toute la vie en Christ, c’est le combat contre les pensées, les passions, la soumission de notre volonté propre à celle du Seigneur, l’observance de ses commandements et la prière incessante. La promesse qui est faite c’est la vision de Dieu. Mais que signifie-t-elle ? Saint Paul affirme que nous n’avons ici-bas qu’une connaissance incomplète, nous ne voyons que comme dans un miroir : « Aujourd’hui, certes, nous voyons dans un miroir, d’une manière confuse, mais alors ce sera face à face. Aujourd’hui je connais d’une manière imparfaite ; mais alors je connaîtrai comme je suis connu » (I Cor. XIII, 12). Cette connaissance face à face, autrement dit cette vision de Dieu est la promesse faite aux cœurs purs, car nous dit l’Apôtre, si Dieu est invisible à l’homme pécheur, il se rendra visible aux cœurs purs et cela correspond à l’aspiration la plus profonde de l’homme.
La septième béatitudedéclare que les pacificateurs seront appelés fils de Dieu. Ceux qui sont des artisans de paix entre Dieu et les hommes et entre les hommes entre eux seront appelés « fils de Dieu ». Ce nom désigne la filiation divine, par l’adoption. Le Christ-Fils-de-Dieu est Dieu-Homme, le pacificateur est appelé fils de Dieu par une adoption qui résulte du vécu des commandements du Christ. Cette paix c’est celle que le Père a voulu établir par le Christ, justement salué par le prince des Prophètes, Isaïe, comme Prince de la Paix, le Christ notre paix comme le dit saint Paul en Éphésiens II, 14. Les pacificateurs œuvrent à la suite du Christ comme propagateurs de la paix véritable, celle de Dieu.
La huitième béatitude : « Bienheureux les persécutés pour la justice, car le Royaume des cieux est à eux ». Nous avons vu ce que signifie la justice dans les Béatitudes. Ici, comme dans la première béatitude, le verbe est au présent. En vertu de l’opposition irréductible entre la foi en Christ et l’esprit de ce monde, ceux qui sont persécutés pour la justice, c’est-à-dire ceux qui désirent avec ardeur vivre des préceptes du Christ et en témoigner auprès de leurs semblables sont persécutés, à l’image de leur Maître, qui est allé à la mort volontaire pour en détruire la puissance. Pour tragique que cela puisse paraître, il n’y a pas lieu de s’en affliger : au contraire, le Christ nous dit : « Réjouissez-vous et soyez dans l’allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux » (Mt. V, 12a).
À la fin des huit béatitudes le Christ prévient de ce qui arrive aux disciples : insultes, calomnies, persécutions à cause de son Nom béni, disciples persécutés comme l’ont été avant eux les Prophètes de l’ancienne alliance et la cause de ces persécutions c’est la victoire que le Christ a remporté sur le monde, ce qui pour le monde déchu est insupportable.

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