Le vrai repos du sabbat, que Dieu a béni et durant lequel le Seigneur s’est reposé après avoir accompli sa tâche quand Il s’est plongé, pour le salut du monde, dans l’inertie de la mort, touche déjà à son terme. Ce jour a révélé sa grâce particulière à nos yeux, à nos oreilles, à notre cœur, car c’est de toutes ces manières que la fête s’est déroulée pour nous : nous avons vu, nous avons entendu, nous avons reçu la joie en notre cœur. Nos yeux pouvaient contempler la lumière visible que les torches nous apportaient en procession dans la nuit en une nuée de feu ; toute la nuit l’écho de psaumes, d’hymnes et de chants spirituels frappait nos oreilles, il s’écoulait par elles vers notre âme comme un fleuve de joie et nous a remplis de bonne espérance ; notre cœur, lui, réjoui par ces textes et ce spectacle, recevait l’empreinte de la béatitude indicible, conduit vers l’invisible par ce qu’il pouvait voir. De la sorte, ces biens que « l’œil n’a pas vus et que l’oreille n’a pas entendus, et qui ne sont pas montés au cœur de l’homme » (cf. 1Co 2, 9) se trouvaient reflétés par les biens de ce jour de repos, garantissant, par eux-mêmes, l’espérance ineffable en ceux qui nous sont réservés.
Puisque cette nuit lumineuse a mêlé l’éclat des torches aux rayons matinaux du soleil et a ainsi fait un jour unique et continu, ininterrompu par l’interposition des ténèbres, considérons, mes frères, la prophétie qui dit : « Voici le jour qu’a fait le Seigneur » (cf. Ps 117, 24). Agir n’est en ce jour ni pesant ni difficile, mais est plaisir, joie, jubilation. L’écriture proclame ainsi : « En lui jubilons, soyons heureux » (Ps 117, 24). Quels beaux commandements ! Quelles douces lois ! Qui peut tarder à obéir à de tels ordres ? Qui ne voit pas non plus comme un tort le plus petit retard dans ces commandements ? Notre tâche est joie et le commandement est jubilation ».
Alors un seul a ouvert les portes de la mort ; maintenant aussi, par un seul, celle-ci laisse la place à la vie. […] Alors nous avons perdu la vie à cause de la mort ; maintenant la vie a aboli la mort. […] Alors nous avons été chassés du paradis pour avoir désobéi ; maintenant notre foi nous place à l’intérieur de ce paradis. De nouveau le fruit de la vie est là, pour notre bonheur, à notre portée. De nouveau la source du paradis, qui se divise en quatre selon les fleuves des évangiles, abreuve toute la personne de l’Église. […] Que convient-il donc de faire encore dans ces circonstances ? Quoi d’autre que d’imiter les montagnes du prophète et les collines en bondissant ? « Les montagnes bondirent comme des béliers, les collines comme des agneaux » (Ps 113, 4). Allons donc, réjouissons-nous dans le Seigneur qui a ravi la puissance de l’ennemi et qui a élevé le grand trophée de la croix pour notre salut, par la chute de l’adversaire. Poussons des cris de guerre. Ces cris sont des chants de victoire, entonnés par les vainqueurs contre les vaincus.
Grégoire de Nysse, Le Christ Pascal : cinq homélies pascales, homélie sur l’Ascension,
« Quand le Fils aura tout soumis », Coll. « Les pères dans la foi », N° 55, Migne, Paris, 1994

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