C’est seulement dans la perspective du corps ressuscité, du corps liturgique, que l’on peut comprendre l’ascèse. Celle-ci est l’effort – non pas volontariste mais comportant sans cesse une sorte d’abandon à la grâce, d’attention sans tension –, pour arracher les masques incorporés à notre visage, les personnages névrotiques qui usurpent notre vocation personnelle, en somme pour dépouiller les peaux mortes et laisser monter en soi, dans la confiance et l’humilité, la vie du Christ ressuscité, c’est-à-dire le souffle de l’Esprit (qu’on pardonne ce pléonasme). C’est l’effort/abandon d’ouverture et de foi qui permet à ce souffle de transformer le corps anonyme de l’espèce en corps langage de la personne et de la communion des personnes, de sorte que nous passions peu à peu du corps possessif, qui traite le monde comme une proie, au corps de célébration, qui s’unit à la liturgie ecclésiale et par elle à la liturgie cosmique.
Olivier Clément, Corps de mort et de gloire, Desclée de Brouwer, 1995

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