Dans la fête de la Nativité du Seigneur, nous célébrons la réalisation de l’annonce proclamée par le prophète Ésaïe : « Un enfant nous est né... on appellera son nom... Prince de Paix » (Ésaïe 9, 6). Cependant, nous sommes en train de rechercher la paix. On l’a perdue, et on la recherche, parfois, d’une manière maladroite.
Dans les circonstances actuelles dans lesquelles nous vivons, je ne peux que me souvenir du sens de la paix et des moyens d’y parvenir, que son Éminence le Métropolite Paul d’Alep avait présentés lors de sa dernière homélie (inédite) sur la fête de la Nativité, prêchée à Alep en 2012 : « La paix est la réalité de ce qui est sain. Lorsque celle-ci est perturbée par nos péchés, nos intérêts, notre pratique religieuse erronée, etc..., alors ce qui est sain, ne l’est plus, et la paix est perdue. »
Pour parvenir à la paix, Mgr Paul distingue trois voies que les hommes ont entreprises à travers l’histoire. La première est celle de « recourir à la violence », aux guerres et aux armes pour résoudre les conflits. De cette voie, il n’y a point de gagnants, puisque toute guerre gagnée l’est au prix de vies humaines, alors que l’être humain est plus précieux que tout intérêt et toute victoire.
La seconde voie est celle de « la formation d’alliances » où les plus forts vainquent les plus faibles. Ce sont des alliances qui ne peuvent nullement assurer la paix, parce que la paix disparaît chaque fois que ces alliances se fondent.
La troisième voie est celle marquée par la parole du Seigneur : « Je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée » (Mt 10, 34). C’est une parole proclamée par le « Prince de Paix » par laquelle Il indique que la paix est fondée sur « la parole de la vérité », « l’épée de l’Esprit » (Eph 6, 17), et non pas sur la domination des plus forts. La paix est, d’une part, l’un des fruits de l’Esprit Saint (Gal 5, 22), et d’autre part, c’est un don du Seigneur : « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix ; je ne vous la donne point comme le monde la donne » (Jn 14, 27 ».
Mgr Paul conclut que la paix est celle fondée sur les vertus chrétiennes, comme l’amour, le pardon, l’humilité et le don de soi. C’est en pratiquant ces vertus que nous parvenons à la paix ; « on ne peut y parvenir au détriment des autres, parce que chaque être humain est précieux » devant Dieu. Par conséquent, tout différend ne doit nullement se transformer en un conflit, mais doit être une raison pour entamer le dialogue dans le but d’arriver à la vérité. Et on y arrive si nous obéissons à la parole de Dieu, l’ayant comme notre ultime « cour d’appel », parole qui nous oriente dans la vie, et vers laquelle nous orientons notre prochain.
Si j’ai emprunté cette approche à notre réalité du Métropolite Paul d’Alep, ce n’est pas dans le seul but de rappeler sa présence vivante parmi nous, depuis son enlèvement en Syrie le 22 avril 2013, mais aussi parce que, dans les conditions de désarroi et de recherche que nous vivons, il convient de lui donner la parole pour deux raisons. D’une part, il est l’une des victimes de la perte de paix. D’autre part, il est un porte-parole authentique de tous ses frères qui souffrent l’enfer de la première voie (la violence) et de ceux qui se trouvent sous la domination de la deuxième voie (les alliances). Mais, mon motif réel est l’espoir que ses mots, comme cette étoile divine qui s’est manifestée en Orient, illumine la grotte sombre de notre réalité, nous conduisant dans la troisième voie, celle de la réception du « Prince de Paix ».
Bien que l’enfant né « emmailloté et couché dans une mangeoire » (Lc 2, 12) semble être sans défense, cette faiblesse apparente ne modifie en rien notre conviction et notre foi sur la justesse de notre choix de la troisième voie. En l’empruntant pour arriver à la grotte de Bethléem, nous sommes privilégiés d’apporter à l’Enfant nouveau-né, les cadeaux que nous avons cultivés, ces cadeaux qui nous rapprochent du cœur de l’Église et qui ont été signalés par saint Jean Chrysostome, à savoir, « la connaissance, la sagesse et l’amour ». Faute de quoi, la paix restera un simple désir, quoique très saint, mais jamais une réalité vivante dans notre monde.
En vous saluant dans la paix de l’Enfant né à Bethléem, nous restons unis dans la prière fervente pour la paix du monde entier.
† Métropolite Silouane, Buenos Aires, 2015

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