U ne petite fille se tenait recroquevillée sur un banc au coin d’une gare. Elle regardait au loin de ses yeux tristes, comme si le train attendu n’allait plus jamais arriver. Elle serrait dans ses bras un petit nounours à la fourrure usée, au nez écrasé et qui n’avait qu’un œil.
A un moment donné un mécanicien descendit d’une locomotive et lui demanda :
– T’es toujours là toi ? Tu attends qui ?
– J’attends l’Amour, dit la petite, en tournant son regard vers son nounours, le seul qui semblait comprendre sa nostalgie.
– Les enfants d’aujourd’hui sont devenus fous, dit le mécanicien pour lui-même. On leur demande quelque chose et ils répondent de travers. Ils n’ont plus aucun respect. Reste donc où tu es, fit le mécanicien sans réfléchir, et il s’empressa de rentrer chez lui.
La petite fille regarda son nounours avec attention. Lui aussi avait l’air fatigué de ces paroles, toujours les mêmes. Il les avait entendues des dizaines de fois pendant les quelques mois depuis que la petite fille venait chaque jour attendre l’Amour.
– Allons, allongeons-nous et faisons un petit somme. Peut-être que l’Amour viendra aussi pendant ce temps, murmura la petite fille à son nounours et ils s’allongèrent ensemble sur le banc.
Les yeux de la petite se fermèrent rapidement et les rêves se mirent à encourager son attente. Elle regardait avec émerveillement le visage de l’Amour qui lui manquait tellement et son cœur se remplissait de joie.
– Réveille–toi et rentre à la maison, cria une femme qui secoua la petite fille et la ramena à la réalité. Ta grand-mère t’attend. Tu sais très bien qu’elle est trop vieille pour pouvoir courir après toi. Qu’est-ce que tu viens faire ici ?
– J’attends l’Amour, répondit encore la petite fille, sans espoir d’être encore comprise par une grande personne.
C’était une voisine qui pensait que la petite fille n’avait plus toute sa tête. C’était plus facile de poser un diagnostic que d’ouvrir ses bras pour un moment et assouvir le besoin d’Amour de la petite fille.
Une autre nuit se hâtait de jeter ses ténèbres sur la ville. Pour Lutsi, la joie de rêver allait revenir. Elle prit le chemin de la maison. La nuit était un refuge dans le domaine des rêves. Le jour n’était que retour à un monde qui semblait s’obstiner à rester froid envers sa douleur.
La grand-mère l’attendait les yeux mi-fermés dans la seule chambre qu’elles avaient.
– Viens, mon enfant. Je t’ai attendue tout le jour. J’ai gardé le repas chaud pour toi. Ne sois plus triste, l’Amour va venir.
Lutsi s’assit à table, et les quelques bouchées de ragoût qu’elle avalait se mélangeaient aux larmes de nostalgie.
– L’Amour m’a promis qu’il allait arriver bientôt. Bientôt est passé déjà. Qu’arrive-t-il après bientôt ? demanda Lutsi à sa grand–mère.
– Ne sois plus triste, ma petite fille, lui dit la grand–mère en la prenant dans ses bras vieillis et tremblotants. Maman est partie à l’étranger pour que tu aies un meilleur avenir.
– Mamie, est-ce qu’un présent sans amour peut m’apporter un meilleur avenir ? demanda la petite fille, et le cœur de la grand–mère se fit encore plus lourd.

Publication de la Métropole Orthodoxe Roumaine d'Europe Occidentale et Méridionale
Le site internet www.apostolia.eu est financé par le gouvernement roumain, par le Departement pour les roumains à l'étranger
Conținutul acestui website nu reprezintă poziția oficială a Departamentului pentru Românii de Pretutindeni
Copyright @ 2008 - 2023 Apostolia. Tous les droits réservés
Publication implementaée par GWP Team