« Je suis plein de reconnaissance envers celui qui m’a donné la force, le Christ Jésus notre Seigneur : c’est Lui qui m’a jugé digne de confiance en me prenant à son service […]. Oui, elle a surabondé pour moi, la grâce de notre Seigneur, avec la foi et l’amour qui sont dans le Christ » (1 Timothée 1, 12-14)
Un peu d’histoire contemporaine…
Par les prières de nos saints Pères, rappelons, en ce vingtième anniversaire de la chirotonie de notre Père spirituel, comment le saint Esprit a œuvré avec nous, petite communauté de la Métropole orthodoxe roumaine d’Europe occidentale. Il est au-dessus de nos forces d’avoir de la réalité historique une vraie connaissance. Il faudrait voir l’histoire humaine du point de vue de Dieu, ce dont seuls les grands saints ont la capacité charismatique. Nous souhaitons une théologie de l’histoire, particulièrement de l’histoire de l’Église, et, tout particulièrement, de l’histoire de l’Église orthodoxe en Occident ou d’Occident… Modestement, nous proposons quelques lignes pour ne pas oublier ce qui s’est passé, autant que nous le sachions, depuis 1998, avec S.E. le métropolite Joseph et autour de lui.
Par où commencer ? Quel est le début ? Quel est le « principe », comme dit la Genèse ? Quelle est la genèse de notre vie ecclésiale ? Nous savons que le projet du Seigneur est le Salut de tous les hommes par le ministère de son Église, par la manifestation de son amour et de sa vérité. Mais, comment s’y est-Il pris pour faire germer cette belle communauté et appeler à sa tête un jeune prêtre roumain innocent, un étudiant parlant le français, desservant le saint monastère de Bussy-en-Othe, suivant les cours de l’Institut de théologie Saint-Serge, remplaçant des prêtres par-ci par-là, visitant des monastères catholiques, doué par le saint Esprit pour rencontrer les personnes et être leur ami ? « Dans le principe », de façon atemporelle, le Seigneur fait advenir des personnes humaines, organise d’une main providentielle les circonstances favorables à son projet de vie. Passionnant est le comportement divin dans la Création et dans l’histoire de son peuple !
Un ministère était à pourvoir : celui d’archevêque de l’Archevêché roumain qui s’origine dans la présence orthodoxe roumaine en France au 19è siècle – et probablement auparavant. Dans la sainte liturgie, il est fait mémoire du métropolite Bessarion, de l’archimandrite Josaphat, ainsi que de hiérarques plus proches selon la chronologie : l’archevêque Théophile et l’archevêque Hadrien, de bienheureuse mémoire. Dans cette généalogie spirituelle, nous prononçons également le nom du grand patriarche Justinien qui, par une vision prophétique, voulut œuvrer à la connaissance de l’Orthodoxie en Europe occidentale et constitua dans les années 70 une véritable petite Église sous la forme d’un diocèse autonome pour y accueillir les Français1.
Dans l’élection du si jeune Père Joseph, par l’Esprit saint d’abord, puis par le peuple sacerdotal de l’Église, se rencontraient le courant roumain parisien et le courant français de quête de la Vérité. La problématique occidentale de l’Orthodoxie est présente dès le début, dès le principe, dans la genèse de cette éparchie. Dieu a voulu que celle-ci reçut le nom de Métropole Orthodoxe Roumaine, non pas « en » Europe, mais « d’ » Europe occidentale.
Depuis 1993, se réunissait à Paris, autour de S.E. le métropolite Séraphim, lieutenant de l’Archevêque orthodoxe roumain d’Europe occidentale, un groupe d’amis formé de prêtres, de diacres et de fidèles roumains et français, dont l’archiprêtre Grégoire Bertrand-Hardy, un homme qui avait la confiance de tous 2. Les premiers avaient courageusement maintenu, en France et en d’autres pays d’Europe, des communautés roumaines, malgré toutes sortes de difficultés. Les seconds étaient restés fidèles au Patriarcat roumain qui s’était toujours montré bienveillant à l’égard des Français3. Ce groupe donna naissance au Conseil du Métropolite : celui-ci venait régulièrement depuis l’Allemagne discuter ou approuver le travail qui lui était présenté. Au cours des réunions du Conseil, il demanda que lui fussent proposés des candidats au poste d’archevêque, car il lui incombait, de la part du Saint-Synode, d’organiser l’élection du titulaire. Parmi les noms prononcés, notamment par les Français, il y eut celui du hiéromoine Raphaël, que de nombreux fidèles et prêtres avaient fréquenté pendant des années alors qu’il était moine du monastère Saint-Jean-Baptiste à Maldon en Grande-Bretagne. La présentation de ce prêtre était significative. Dieu voulait pour son peuple un hiérarque qui fût un père spirituel, c’était tout simple.
On reconnaissait en Père Raphaël, disciple de Père Sophrony, la lignée spirituelle de saint Silouane l’Hagiorite. Le renouveau de la vie ecclésiale passe par le renouveau permanent de l’épiscopat, ministère pastoral, ministère de la paternité spirituelle dans l’Église. Ainsi s’organisa, de façon tout à fait régulière, la présentation de trois candidats à l’élection : Père Raphaël fut élu, contre son gré. Et il refusait toujours d’être évêque ! Il invoquait le fait que son père spirituel, l’archimandrite Sophrony, lui ayant donné la bénédiction pour être ermite dans les montagnes roumaines, il n’avait pas la liberté de changer par lui-même ce canon. Père Raphaël témoignait ainsi de l’obéissance monastique. Une petite délégation se rendit, en décembre, avant la neige, dans le village perché sur les collines, pour y rencontrer l’ermite ! Une voiture la conduisit jusqu’au village dans la vallée : il fallut ensuite marcher, chaussés de bottes, soutanes relevées jusqu’à la ceinture, dans les sentiers boueux de la montagne, pour arriver là-haut, parmi les arbres, à quelques maisons de paysans, dont fumait la cheminée. L’Ermite au beau visage se montra tel qu’il est : aimable, accueillant, souriant, calme. C’était vraiment un moment merveilleux que cette rencontre, à l’abri du froid et des soucis du monde, dans la petite ferme… Mais, avec amabilité, le hiéromoine nous redit son obéissance : il ne pouvait accepter l’épiscopat, n’ayant, pour le moment, la bénédiction de son père spirituel que pour prier dans la montagne ! Plus tard, il répéta ces paroles à Sa Béatitude le patriarche Théoctiste. Il fallait donc organiser une nouvelle élection !
Avec la bénédiction du métropolite Séraphim, les conseillers, à la recherche de nouveaux candidats, eurent, de la part du saint Esprit, l’inspiration de proposer Père Joseph. Les fidèles français le connaissaient depuis son arrivée en 1990. La genèse de l’élection restait conduite par le même appel spirituel : choisir un pasteur qui, avec toutes les qualités de gouvernement et d’administration de la maison de Dieu – littéralement l’ « économie » – recevrait également du saint Esprit, les charismes indispensables à notre temps – et à tous les temps – : la paternité spirituelle, l’amour paternel, l’esprit apostolique et missionnaire ; un homme qui serait l’évêque de tous, Roumains, Français et autres ! Dès sa rencontre, le jeune homme qui acceptait,à notre demande et par esprit de sacrifice, d’être « épiscopable », témoignait d’une vision universelle de l’Orthodoxie.
« Le Seigneur nous a commandé d’aimer nos ennemis, et l’Esprit de Dieu nous donne la force de les aimer. Si nous en sommes incapables et si nous sommes sans amour, adressons d’ardentes prières au Seigneur, à sa très-pure Mère et à tous les saints, et le Seigneur nous aidera en tout, Lui dont l’amour pour nous est infini. À peine a-t-Il touché notre âme et notre corps, que tout change en nous, et il y a une grande joie dans l’âme parce qu’elle connaît son Créateur et son inconcevable miséricorde. »4
Quand on lit les écrits spirituels de saint Silouane, du bienheureux archimandrite Sophrony et de Père Raphaël lui-même, on rencontre cette attitude d’amour, ouverte sur tous ceux qui cherchent à suivre le Christ selon la tradition qu’Il a Lui-même léguée aux Apôtres et, par eux, aux Pères. L’esprit orthodoxe – « catholique », comme on disait autrefois, c’est-à-dire « en plénitude » – t’accueille dans la vérité et l’amour du Christ ; il t’accueille avec amitié, avec affection, sans pouvoir. C’est un esprit d’amour prêt à tout supporter de la personne qu’il aime. L’Église est le lieu de la rencontre divino-humaine, et cette rencontre se fait, soit directement avec le Christ par le saint Esprit, soit par des personnes,de saintes personnes que le Seigneur met sur notre chemin – saints et saintes fidèles, saints prêtres, saints évêques de notre époque bénie ! La rencontre avec celui qui serait notre Père en Dieu et notre archi-pasteur était un événement divino-humain remarquable. Le Christ Lui-même se tenait derrière lui pour répondre à l’attente de son peuple : tous ces courageux croyants roumains dispersés de par le monde et notamment en Europe ; tous ces Français en quête de vérité et de vie. Une grande confiance se fit jour parmi nous. L’élection elle-même, due à une grande assemblée de clercs et de laïcs venus de France, de Belgique, de Grande-Bretagne, d’Italie et d’Espagne, actualisait la Pentecôte, l’Esprit descendant sur nous et guidant notre choix vers celui des trois candidats que Dieu voulait pour son évêque. « Sois mon évêque ! », disait le Christ à son cœur tremblant… C’était un moment impressionnant, presque terrible. On comptait les voix : le très jeune prêtre devenait de plus en plus pâle, rempli de crainte à la vue de la croix qui lui était tendue. Il était – notre amour pour lui nous le montrait – accablé, conscient de sa propre faiblesse, ne mettant son espoir qu’en Dieu et dans la confiance que lui manifestait l’Église. Tous étaient dans la prière, conscients qu’un moment unique de l’histoire de l’Église et de l’histoire universelle avait lieu dans la crypte parisienne de Saint-Sulpice, où tant de vrais chrétiens ont sans doute été martyrs.
La grâce du Saint Esprit manifestée dans les charismes et les œuvres
Les vingt ans d’épiscopat de Son Éminence l’archevêque Joseph, métropolite depuis le 21 octobre 2011, sont vingt années de notre vie. Nos enfants ont vingt ans. La carte religieuse de l’Europe est modifiée. Le contexte français de l’Orthodoxie s’est enrichi. Une innombrable migration d’Orthodoxes de tous les pays est venue ranimer l’âme des pays qui les accueillent. La Métropole porte en son sein trois diocèses, l’Archevêché d’Europe occidentale, l’Évêché roumain d’Italie, l’Évêché roumain d’Espagne et du Portugal. Son titulaire œuvre avec un beau synode métropolitain. Et il reste l’homme de prière que Dieu nous a donné, l’homme simple et souriant. Ses collègues, l’évêque Silouane – portant le nom du grand saint de notre temps –, l’évêque Timothée – « véritable enfant dans la foi » (1 Tim.1, 2) –, l’évêque Marc – qui donne le « principe de l’Évangile » (Marc 1, 1) –, l’évêque Ignace – animé du doux « feu » missionnaire –, consacré maintenant à une autre mission, croient à la prière et ne veulent que nous inviter à être, nous aussi, des hommes et des femmes de prière.
Tout ce que l’Esprit de Dieu a suscité parmi nous – mouvement de jeunesse NEPSIS, associations AXIOS, Saint-Nicolas-et-saint-Silouane, Saint-Cosme, Fraternité franco-roumaine, Maison roumaine européenne, ateliers d’iconographie, Centre de pèlerinages, Centre de coordination pédagogique, Université d’été, Festival Pour l’Amour de la Beauté, Centre Orthodoxe d’Étude et de Recherche Dumitru-Stăniloae, multiplication des paroisses, des monastères et des filiales, retour de la Cathédrale des Saints‑Archanges dans la Métropole, revue et éditions théologiques APOSTOLIA, avec l’attention de notre Pasteur aux charismes de chacun pour la mission, encourageant par exemple la mémorisation de l’Évangile – tout cela ne constitue rien qu’un prétexte et des occasions pour la prière – prétexte et occasions d’aimer. Rendons grâce au Seigneur également pour un véritable renouveau parmi nous de la confession et de la communion eucharistique.
Est-ce que nous nous glorifions ? – Non ! Est-ce que nous triomphons ? – Non ! Avons-nous gagné le bon combat ? – Non : pas encore ! Comment savons-nous que l’Esprit saint agit parmi nous ? – Par notre faiblesse ! Sans lui, rien ne tient. L’Église est suspendue par le Christ Pneumatophore au-dessus du néant d’où le Créateur nous a appelés. Nous n’avons ni argent, ni compétence humaine, ni pouvoir politique, ni appuis mondains, ni patience, ni vertu, ni force, ni courage ; nous ne guérissons pas souvent les malades ; nous ne ressuscitons pas encore les morts (cf. Matt. 10, 8) ; nous n’arrivons pas à réconcilier les ennemis ; nous ne dépassons encore ni le nationalisme, ni le formalisme, ni le ritualisme ; nous n’avons pas gagné à la vraie foi ceux qui s’en sont éloignés ; nous sommes incapables d’accueillir les Occidentaux en mal de vérité et de vie ; nos paroisses et nos communautés sont si fragiles ! – nos prêtres débordés ou fatigués ; nos fidèles, aimantés par les puissances de ce monde…
Et pourtant, nous sommes vivants, car le Christ est ressuscité ! Nous voyons les saints Dons transfigurés après l’épiclèse. Nous sommes protégés par la Mère de Dieu et tous les saints de Roumanie, de France et de tous les pays que comprend la Métropole roumaine. Nous ferons des miracles, nous œuvrerons avec tous les Orthodoxes des diverses éparchies présentes en Europe ; nous saurons parler aux Occidentaux qui frappent à la porte de nos églises ; nous témoignerons de l’Orthodoxie auprès de tous ceux qui se veulent chrétiens ; nous convaincrons le monde que le Christ est vivant. Tout cela, et des œuvres plus grandes encore, malgré notre insigne faiblesse, l’Esprit saint l’accomplira par nous et par nos enfants, à une condition toutefois : que nous restions fidèles à l’Église, que nous ne désertions pas nos assemblées, que nous conduisions aux offices liturgiques les enfants baptisés, que nous ayons du repentir, que nous nous confessions souvent et que nous communiions souvent au Corps et au Sang du Christ ressuscité. Car, c’est pour cela qu’un pasteur nous a été donné. Par son ministère, le Christ nous appelle, et appelle tous les hommes, à la sainte communion : « avec crainte de Dieu, foi et amour, approchez ! »
Archiprêtre Marc-Antoine Costa de Beauregard, Doyen de France

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