Le chemin de la vie apparaît composé de beaucoup de tangages et de nombreuses surprises. Les calculs et les programmations se révèlent vains dès que les événements surviennent différemment. Je crois cependant que parmi ceux-ci, rien n’est aussi douloureux que d’être déçu par les hommes. Déçu par ceux dont tu attends d’être aimé comme tu as aimé, de recevoir comme tu as donné, ou qu’ils soient auprès de toi comme tu as été proche d’eux-mêmes.
Là apparaît la souffrance puissante de la déception qui est en elle-même très thérapeutique pour notre âme ! Si tu t’abandonnes aux effets de la déception, ton monde intérieur est irrité, il chavire et il est anéanti. Si tu peux patienter, tu verras le médicament qu’est la souffrance guérir tes désordres, tes dépendances et tes erreurs. Surtout tu la verras frapper le centre du moi, l’égoïsme, qui est masqué par l’amour, par le don et par la proximité d’autrui. Parce que si tu aimes, si tu donnes et accompagnes ton prochain et si tu attends de lui les mêmes choses, il est sûr que tu n’aimes pas, que tu ne te donnes pas, que tu ne l’accompagnes pas « comme Lui ». Cette exhortation du Seigneur Jésus, que nous nous aimions « comme Lui nous a aimés », renverse les comportements conventionnels et intéressés et conduit « au renoncement à soi-même ». Alors tu es amené à comprendre ton propre petit amour et la grandeur du sien. Tu découvres dans ta souffrance et ta déception que ton amour a ses limites et que le sien n’a pas de limites.
Ainsi, le médicament de la déception est nécessaire et salutaire pour trouver le chemin de la mort qui revivifie. Portant cette petite croix, si tu aimes, donnes, accompagnes sans rien attendre en retour, tu as tout. Et si dans notre vie rien n’est livré au hasard, alors les choses agréables mais surtout celles qui sont désagréables ont leur raison d’être.
Nous apprendrons cela peut-être bientôt, peut-être plus tard. Mais de toute façon nous le connaîtrons « au jour ultime du retour de notre Seigneur » là où tout nous sera révélé. Nous connaîtrons surtout l’amour caché de notre Dieu avec tous ses dons, et ses bienfaits révélés ou ignorés qui nous ont conduits au cours de notre cheminement spirituel. Pourtant, sachant que notre développement spirituel qui nous conduit vers l’union et la communion avec le Seigneur n’est pas atteint sans l’ascèse, la douleur de l’effort, l’élan amoureux vers notre Dieu, nous comprendrons, dans notre vie présente, l’importance de la déception que nous avons goûtée. Comme d’ailleurs aussi, l’importance du silence et de la patience de Dieu qui accepte que nous souffrions, que nous allions plus loin, nous rapprochant plus profondément de Lui, en vivant comme Lui et en approchant vraiment les hommes, en les aimant tels qu’ils sont, en les aimant « comme Lui nous a aimés ».
Père Andréa Agathokleous, Monastère de la Sainte Trinité, Larnaka, Chypre
Enseigner les autres est aussi facile que de jeter des pierres du haut d’un clocher mais appliquer ce que tu enseignes, c’est comme si tu remontais les pierres là où elles étaient. En effet, tellement sont différents le fait d’enseigner et l’effort d’appliquer à toi-même ce que tu enseignes.

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