Ajouté le: 14 Septembre 2017 L'heure: 15:14

Mémoire de notre vénérable Père Silouane l’Athonite*

Cet astre nouveau dans le firmament de l’Église vit le jour en 1866, au sein d’une pauvre famille paysanne de la province de Tambov en Russie. Dès l’âge de quatre ans, il disait : « Où est Dieu ? Quand je serai grand, j’irai le chercher par toute la terre ! » Les récits des ascètes et des saints enflammaient son cœur d’amour pour Dieu et, s’attachant au souvenir de Dieu, il aspirait avec larmes à la vie monastique. Mais il perdit peu à peu cette ferveur d’enfant et, jouissant d’une très grande force physique et d’un caractère jovial, il mena une vie dissolue, comme les autres paysans, de telle sorte qu’un jour, au cours d’une rixe, il faillit tuer l’un de ses rivaux. Cet événement contribua à le faire revenir à lui-même. Quelques jours plus tard, pendant son sommeil, il vit un serpent lui entrer dans la bouche, et il entendit la voix de la Très Sainte Mère de Dieu lui dire avec une ineffable douceur : « De même que ce serpent te répugne, de même je n’aime pas ta manière de vivre ! » Bouleversé par cette révélation, il changea alors radicalement l’orientation de sa vie et, animé d’un ardent repentir, il ne pensait plus qu’au Mont Athos et au Jugement Dernier. En 1892, dès qu’il eut achevé son service militaire, il s’embarqua pour la Sainte Montagne et devint novice au grand monastère russe de Saint-Pantéléimon, qui se trouvait alors dans sa plus grande prospérité, avec presque deux mille moines.

En apprenant, à l’issue de sa confession générale, que tous ses péchés étaient pardonnés, le jeune novice, emporté par la joie, oublia son profond repentir et fut aussitôt victime des pensées charnelles. Inexpérimenté dans l’art de la lutte contre les pensées, il fut rudement éprouvé, et même tenté de retourner dans le monde pour se marier. Son confesseur lui recommanda de ne plus jamais accepter la suggestion des mauvaises pensées et de les repousser par la Prière de Jésus, dès qu’elles prenaient forme dans son esprit. C’est ainsi que, pendant les quarante-cinq ans de sa vie monastique, le serviteur de Dieu n’accepta plus jamais aucune pensée mauvaise et, se souvenant de l’amour du Seigneur et de la douceur du Saint-Esprit, il ne se mit jamais en colère. Initié à la vie spirituelle, plus par le rythme régulier de la vie monastique que par un enseignement théorique, il s’appliqua avec zèle à la Prière de Jésus continuelle : au cours de la journée, pendant les obédiences qu’il accomplissait avec promptitude, en renonçant à toute volonté propre, mais surtout pendant la nuit qu’il consacra, peu à peu, tout entière à la prière, debout ou assis sur un tabouret, en n’accordant qu’une ou deux heures au sommeil, par intermittence.

Il était au monastère depuis trois semaines seulement quand, alors qu’il priait devant l’icône de la Mère de Dieu, la prière entra dans son cœur et se mit dès lors à y jaillir d’elle-même, continuellement et sans effort. À cette grâce, que Dieu accorde parfois aux débutants, succéda un combat implacable contre les pensées suggérées par les démons qui tantôt le traitaient de saint et tantôt l’incitaient à désespérer de la miséricorde divine. Une nuit, sa cellule fut soudain remplie d’une lumière éclatante, qui pénétra aussi son corps ; mais quand il sentit que la contrition dans la prière le quittait, il comprit qu’il était victime d’une illusion satanique. Pendant six mois, il mena un combat acharné contre les suggestions diaboliques, priant de toutes ses forces partout où il se trouvait, que ce soit à l’église ou pendant son service au moulin. Un jour, parvenu à la limite du désespoir et restant longtemps, hagard, assis sur son lit, il se dit : « Dieu est inexorable ! » En un instant, l’effroi glacial du désespoir l’enserra, et il resta pendant une heure environ dans d’indescriptibles et angoissantes ténèbres. Au cours des vêpres, qui étaient célébrées dans la chapelle du moulin, dès qu’il prononça la prière : Seigneur, Jésus-Christ, aie pitié de moi, pécheur, en regardant l’icône du Christ de l’iconostase, il fut soudain envahi par une immense lumière – douce et paisible cette fois-ci –, et il vit le Christ vivant, qui le regardait doucement et avec joie, inondant tout son être d’un amour qui transporta son esprit dans une contemplation de Dieu dépassant toute image. Il disait par la suite que c’est dans le Saint-Esprit qu’il avait alors connu, sans aucun doute, que c’était le Seigneur Jésus-Christ lui-même qui lui était apparu et lui avait fait connaître sa grâce dans sa perfection. Lorsque la vision se dissipa, son âme resta altérée d’un tel amour de Dieu qu’insatiablement, jour et nuit, son esprit se tendait vers l’Aimé, en criant : « Mon âme languit après le Seigneur et je le cherche avec des larmes. Comment pourrais-je ne pas te chercher ? Car toi le premier tu m’as trouvé. Tu m’as donné de vivre de ton Saint-Esprit et mon âme t’a aimé. »

Aussitôt après cette apparition du Seigneur, les démons reprirent leurs offensives, au moyen cette fois des pensées d’orgueil. Il recevait parfois de brèves consolations de la grâce, mais lorsque celle-ci se retirait et que les démons passaient de nouveau à l’attaque, son âme était soumise à une indescriptible souffrance. Pour garder cette grâce, il mena durant quinze ans un combat ascétique, qui souvent dépassait les forces humaines. En 1896, il fut tonsuré moine du Petit Habit. Extérieurement sa vie semblait identique à celle de tous les autres moines, mais l’intensité de son combat intérieur l’initiait peu à peu à la perfection des grands ascètes de jadis.

Au cours d’une de ces nuits de lutte contre les pensées, alors qu’un démon était apparu devant l’icône du Christ, afin qu’il le vénérât, Silouane appela le Seigneur à son secours. Et il entendit le Christ lui répondre : « Les âmes orgueilleuses souffrent toujours des démons. » – « Quelles doivent être mes pensées, Seigneur, pour que mon âme trouve l’humilité ? » demanda-t-il. – « Tiens ton esprit en enfer, et ne désespère pas ! » lui répondit le Seigneur. Par cette parole – transmise de manière prophétique à notre génération – Dieu lui révélait que tout effort ascétique doit tendre vers l’humilité du Christ, qui a dit : Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur (Mt 11, 29), et que cette humilité est la voie royale menant à la prière pure et à l’impassibilité. Dès lors, la grâce de Dieu habita de manière permanente en saint Silouane, lui procurant la paix et la souveraine maîtrise de tous les mouvements de l’âme. Il disait que, dès qu’il laissait son esprit sortir du feu de l’enfer, les pensées retrouvaient immédiatement leur force. Avec ce don de l’humilité divine, le Christ remplit son cœur d’un amour ineffable pour tous les hommes, pour l’Adam total, et c’est avec des larmes de feu qu’il priait sans cesse pour tous – surtout pour les défunts – et qu’il enseignait que le critère ultime de la connaissance de la vérité est l’amour des ennemis. Il disait à ce propos : « Prier pour les hommes, c’est verser son sang. »

Peu après avoir reçu le Grand Habit (1911), dans son désir de prier sans cesse, il demanda d’aller vivre au Vieux Roussikon, une dépendance du monastère située dans la montagne, où demeuraient alors des ascètes rigoureux. Mais il y attrapa un « coup de froid » et, tout le reste de sa vie, il souffrit de maux de tête qu’il considérait comme un châtiment à sa désobéissance. Un an et demi plus tard, il fut rappelé au monastère pour occuper la fonction d’économe. Il avait sous sa responsabilité plus de deux cents ouvriers, mais il ne relâchait en rien sa vie ascétique et, loin de s’affaiblir, sa prière gagna un surcroît d’ardeur. Le matin, il passait dans les ateliers pour répartir les travaux, et il retournait ensuite dans sa cellule, afin de prier avec larmes pour ces hommes, leurs familles et le monde entier.

Cet humble moine athonite, qui vécut toute sa vie, dans l’effacement, le martyre de la prière pour le monde, légua à l’Église, tel un nouveau prophète, le condensé de tout le message chrétien et la voie assurée pour parvenir à la perfection. Il passa le reste de sa vie en soutenant le monde par sa prière et en suppliant le Seigneur pour que tous les hommes le connaissent par la grâce de son Esprit Saint. Ayant accompli sa course ici-bas, il s’endormit en paix, le 24 (11) septembre 1938.

 

Texte extrait du livre « Le Synaxaire, Vie des Saints de l’Église Orthodoxe »,
par le Hiéromoine Macaire de Simonos Pétra - Tome 1 (septembre, octobre) - Éditions Indiktos.

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